C. — Le mariage des Filles de Ferry Il
1. La minorité des filles de Ferry IL. — 2. Le mariage de Béatrice et de Sophie. — 3. Les origines de Louis de Mousson.
1. — Après la mort de leur père, Sophie et Béatrice encore mineures furent recueillies à la cour impériale, par leur tante maternelle, l’impératrice Gisèle, qui se chargea de les élever 2. D'après Jean de Bayon, le duc de Basse-Lorraine, Gothelon était leur tuteur (3). C’est peu probable, toutau plus Gothelon a-t-il été chargé par l'Empereur de veiller sur les biens des deux orphelines, biens qui rentraient dans le duché dont il avait la garde. Jean de Bayon a commis de nombreuses erreurs sur toute cette époque et l’on ne peut malheureuse-
Ni
ment se fier à aucune de ses assertions : à celle-là pas plus qu'aux autres. Car, il est vraisemblable que si Gothelon
(1) Le lieu de cette bataille a été discuté — L'abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p. 38 et sq. la place entre Bar et Verdun assez près de cette dernière ville sous le prétexte que les morts et blessés furent transportés à Saint-Vannes -- d’Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, la place « à douze lieues environ au nord de Bar-le-Duc sur les bords de l'Orne », t. Ï, p. 337 et sq. — Il y a là une confusion ou plutôt une erreur d'interprétation du texte de Jean de Bayon — lequel d’ailleurs, historien sans valeur, écrivait au xive siècle — qui place la bataille de Bar à Honol-sur-Orne (lieu auj. inconnu). En admettant que Jean de Bayon, trois siècles après l'évènement dise la vérité, le mot Orne désigne ! chez lui non pas l'Orne, affluent de la Moselle et dont la source est en effet proche de Verdun, à douze lieues au nord de Bar, mais l'Ornain, la rivière de Bar-le-Duc, appelé Orne encore aujourd’hui en plusieursendroits (Cf. Neuville-sur-Orne, Meuse, Bar-le-Duc, Revigny, Rembercourt-sur- Orne, Commune de Varney même C°*. Les chroniques sont très précises « Apud Barrum » (Hugue de Flavigny, Sigebert de Gembloux, Laurent de Liège), « Juxta civitatem quæ Bera dicitur » (annales Hildesheimenses).
(2) Chron. de Saint-Mihiel, c. 30 : duabus puellis Sophia et Béatrice que nutriebantur in aula Regia : nam conjux Imperatoris, amita eorum, eas sibi adoptaverat in filias.
(3) Jean de Bayon, loc. cit. € Gozilo qui erat tunc tutor earum ».
avait eu la tutelle des deux jeunes filles, il ne les eût pas laissé partir pour la cour impériale, alors que, pourvues de territoires bien placés, elles formaient pour ses deux fils deux excellents partis. De tels mariages auraient trop bien consolidé sa situation en Lorraine pour qu'il en laissât perdre l'occasion. | Nous n'avons aucun détail important sur la minorité des filles de Ferry IT; la chronique de Saint-Mihiel, qui s'arrête presqu'à ce moment là, nous dit qu’elles intercédèrent auprès de l'Empereur en faveur de Nantère, abbé de Saint-Mihiel. Après que Conrad fut revenu en Allemagne de sa première campagne contre Eudes, en 1033, Nantère se hâta d'aller lui rappeler ses promesses et de lui rendre l'anneau laissé en gage. Il se présenta à la cour, mais jugeant que le trésor devait être considérablement obéré, il se demandait avec anxiété ce qu'il pouvait réclamer en réparation des dommages que le séjour de l’armée impériale avait causés à son abbaye. Il se souvint à propos que Saint-Mihiel avait possédé autrefois d'assez grands biens dans le Xaintois (1), que ces biens avaient été usurpés par les ducs de Mosellane, protecteurs de l’abbaye. Il résolut de les demander à l'Empereur ou plutôt de leslui faire demander parles héritières des usurpateurs en souvenir de leurs parents (2). Sophie et Béa- trice écoutèrent avec bienveillance la requête et n'eurent pas de peine à obtenir ce que désirait l'abbé. Pour défendre ces biens éloignés, Nantère fonda un prieuré dans une des villae récupérées, Haréville (3) et mit ce prieuré sous le vocable de Saint-Calixte. C’est là le seul acte qui nous soit connu. de la minorité des filles de Ferry Il.