DRAWING-MASTER
N° 19, Nortonstreet, near Portlandstreet.
‘ Bizemont sculpsit. London, 1794.
La mode était alors à Londres à l’emploi de ces cartes de visite ornementées, et cette honnête réclame lui attira de nombreuses commandes, pour lesquelles il sut varier les ornements et les attributs suivant les goûts ou la position sociale de ses clients. Il est à regretter que la plupart de ces planches, pour ne pas dire presque toutes, soient dispersées. Les épreuves en sont d’une grande rareté. Il faut le constater à regret, car Bizemont avait dépensé une somme considérable de talent dans la gravure de ces planches.
Il vivait ainsi honorablement. Sa haute éducation, la distinction de son esprit et la nature éminemment sociabb de son caractère, ne tar-
dèrent point à lui créer des relations dignes de sa personnalité, soit dans la haute société anglaise, soit parmi les émigrés plus heureux que lui, fixés à Londres, qui attendaient avec patience le retour à des temps meilleurs. Il fut ainsi de nouveau mis en rapport avec les représentants des princes et mêlé à leurs intrigues, et il accepta de faire partie d’une importante mission qu’ils envoyaient en Turquie.
Bizemont quitta alors l’Angleterre et il s’embarqua pour la Turquie avec les envoyés des princes. La tentative faite auprès de la Porte devait échouer. Mais les membres qui composaient la mission n’en avaient pas moins été accueillis par le sultan Abdul-Hamed, par ses favoris et par les ambassadeurs étrangers, avec tout le respect dû à leur personne et à leur rang.
Le comte de Bizemont se fit distinguer parmi eux par son intelligence supérieure, ses hautes capacités et par sa connaissance profonde du métier militaire. 11 s’attira la confiance du sultan, qui, depuis longtemps, formait le projet de discipliner et d’exercer à la française quelques-unes de ses troupes. Abdul-Hamed l’éleva à un poste éminent, qui pouvait répondre à celui
d’officier général, et le chargea spécialement de l’organisation, de la direction et de l’instruction nouvelles qu’il voulait donner à son armée.
Voici donc Bizemont avec une situation digne de lui, haut fonctionnaire militaire à la solde du Grand Seigneur. Il remplissait sa tâche avec zèle et dévoùment, entretenant autour de lui les relations les plus amicales et les plus distinguées, occupant ses loisirs à parcourir les rives du Bosphore et les rues de Constantinople, et à fixer ses souvenirs par la pointe et par le crayon, lorsque l’arrivée d’un député de la Convention, Auber du Bagel, vint lui susciter de cruels embarras. Il fut menacé des rigueurs de la Convention. Sous le coup d’une arrestation, il allait être incarcéré à la prison des Sept- Tours.
Émus par les dangers qui menaçaient leur ami, les favoris du sultan et les ambassadeurs étrangers employaient toute leur influence pour sauver la liberté du comte de Bizemont. Ils y réussirent et l’engagèrent à quitter la Turquie sans retard.
Au cours de ces années d’aventures et de vicissitudes, l’amour des arts n’avait pas abandonné un instant le comte de Bizemont. Il
n’était point éloigné de la Grèce et se sentit attiré vers elle pour étudier sur place ses ruines magnifiques. Il chercha donc à y pénétrer ; mais ce voyage fut difficile, et le touriste émigré dut s’arrêter vaincu par la fatigue et par la maladie. Il put cependant reprendre sa route avec une caravane de marchands, et déjà depuis quelque temps il foulait le sol de la Grèce lorsque son voyage fut de nouveau interrompu. Une bande de brigands assaillit la petite troupe pendant la nuit, la dévalisa, et emmena Bizemont prisonnier.
Il mit, pour rançon, son talent à la disposition du chef de la bande, et put ainsi, bientôt après, recouvrer sa liberté.
Encore une fois dénué de ressources, il ne vit d’autre parti à prendre que de regagner Constantinople. Il y trouverait du moins des amis.
Son espérance ne fut pas déçue, et à son retour il fut chaleureusement accueilli par l’entourage du sultan.
Mais, à cette époque troublée, les représentants du peuple français à l’étranger subissaient les contre-coups des agitations de la mère patrie, et l’envoyé de la Convention près de la