ACTE II, SCÈNE III
un pâtre, sur des peaux garnies de leur toison. Levé dès l’aurore, je priai le pâtre hospitalier de m'indiquer le chemin du pays des Franks. Derrière ces montagnes, me répondit-il , sontencore des montagnes , puis d’autres et d’autres encore; et par-delà, loin, bien loin, est le pays des Franks: imais il n'y a pas de chemin pour y aller; et les monts qui nous en séparent sont sang nombre, tous escarpés, tous effrayans, plus hauts que les nuages, inaccessibles pour l’homme, et fré- . quentés uniquement par des esprits. Les voies de. Dieu sont plus nombreuses que celles del’homme, répondis-je , et c’est Dieu qui m'envoie. Qu'il te conduise donc, ajouta le pâtre ; et prenant, de sa rustique provision, autatit de paîns que peut en porter un pèlerin qui chemine par des sentiers scabreux, il en remplit un sac grossier, qu'il chargea sur mes épaules. Je priai le ciel de le récompenser pour moi; et poursuivant mon chemin, je gagnai rapidement le fond de la vallée. Il était. fermé par une grande montagne qu'il fallait traverser. Ayant mis en Dieu mon espoir, je commencai à la gravir, et m’élevai peu à peu jusqu'à des lieux où ne paraissait nul vestige d'homme. Ce n'étaient, de toutes parts, que forêtsintactes, que rivières sans nom, que vallées perdues; et partout un silence profond. à travers lequel je ne
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distinguais d’autre bruit que le résonnement de mes pas, et, par intervalles, le fracas des cascades , le craquement des cônes de pin frappés, vers midi, par l’ardeur du soleil, et le cri du faucon, ou le brusque frémissement de l'air battu par le vol de l’aigle, s’élançant, le matin, de son aire. Je gravis, descendis de la sorte, trois jours entiers ; et trois nuits, je me reposai sur des cimes ombragées de sapins, ou dans le creux des précipices. Le soleil était mon guide : je me levais, me couchais avec lui , me dirigeant toujours vers le côté du ciel où je le voyais disparaître. J’allais ainsi , Sans savoir où, de mont en mont, de vallée en vallée; et cependant, plein de confiance et d'espoir, je ne songeais qu’à avancer. De chaque haute cime que je venais d'atteindre , je découvrais aussitôt devant moi, derrière moi, près et loin, d'autres cimes plus hautes; les unes blanches de neige, et semblables à des pavillons aigus et droits, fixés en terre; les autres de couleur brunâtre, et tranchées à pic, comme d’énormes murailles. Le troisième jour, vers l'heure où le soleil commençait à décliner, j'arrivai en face d'une montagne couronnée de bois, qui dominait toutes celles d’alentour , et dont la pente se déployait, de la crête au pied, comme un immense tapis de verdure. C’est le revers oriental