SCENE I
( Camp des Lombards, espace libre devant la tente d’Adelghis. ) .
ADELGHIS, ANFRID.
ANFRID, arrivant.
Mon seigneur! o
, ADELGHIS.
Eh bien, cher Anfrid, que font donc ces Franks? ne se disposent-ils pas enfin à plier le reste de leurs tentes ? .
ANFRID. se
Pas encore : ils restent immobiles, comme tu les a vus ce matin, comme ils l'ont été depuis trois jours qu'ils ont commencé leur retraite. J'ai parcouru, pour mieux les observer, toute la longueur de notre rempart, je suis monté sur une. de nos tours, et je les ai vus eh ordre serré de bataille, sur leurs gardes, comme s’attendant à être attaqués, et cherchant d’autant plus à faire bonne contenance, qu'ils se sentent plus
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affaiblis. Je les ai vus enfin, dans l’attitude de lever leur camp, n'épier que le moment de se retirer : sans perte.
Et, pour mon malheur, ils le trouveront ce moment qu'ils épient! Ainsi donc le voilà qui m'échappe, le vil offenseur d’Hermangarde, le cruel qui avait juré d'exterminer ma famille! Il va se retirer sans que je puisse lancer mon cheval à sa poursuite , le terrasser et reprendre ha- Jeine sur son corps. Oh! non, je ne puis l’attaquer en plaine campagne. Derrière ces clôtures, il m'a suffi, pour sauver l’état, de quelques soldats fidèles à qui j'ai pu confier la garde de ces tours, et de quelques compagnons intrépides, pour me suivre dans mes sorties. Je n'ai pas donné aux traîtres l’occasion d'agir; je les ai déjoués en les tenant dans l'incertitude et à l’écart. Mais aux prises avec les Franks, sur un champ de bataille, certes, le moins qu'ils feraient serait de m’abandonner. O contre-temps ! 6 rage! Mais le danger est manifeste, et le braver serait folie. Qu'il arrive donc, le messager qui doit m'apprendre que Charles s’est évadé! qu'il arrive, il sera le bien-venu. Oui, je me féliciterai de voir mon ennemi hors de la portée de mon glaive.
214 ADELGHIS.
ANFRID.
Mon bien-aimé seigneur, ne dédaigne pas ainsi | tes succès. Charles se précipitait sur la terre des Lombards comme ua vainqueur sur le butin, et le voilà qui se retiré vaincu : car il s’est avoué vaincu: en demandant la paix, èn offrant un tribut ; et c'est toi qui las repoussé. Tout le camp proclame ta victoire ;. ton père en est transporté de joie': tes Fidèles sont fiers de ta gloire; et les liches qui se sont condamnés à ne pas t'aimer vont du moins te craindre plus que jamais.
* ADELGRIS.
Tu parles de gloire, Anfrid: ah! mon sort est de soupirer toujours après elle , et de mourir sans l’atteindre. Car, je ne me le dissimule pas, ami ; mon succès n’est pas entore de la gloire. ° Le féroce Charles m’échappe sans être châtié ; il court à de nouvelles entreprises : vaincu ici, il peut aller vaincre ‘ailleurs; car il: règne sur des guerriers soumis, unis d'intérêts et de volontés, formant une masse aussi compacte que le fer de son épée, et qu'il manie avec autant d'assurance. Et moi, à peine à demi vengé du perfide qui, après m'avoir blessé au cœur, venait, pour toute réparation, assaillir mon royaume, je me vois déjà engagé dans une entreprise nouvelle, dans une entreprise que je condamne, où il n'y a ni
Ca