‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 109 sur 168 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

gloire ni justice ,... et qui sera heureuse et facile. ANFRID. \ Ton pére reviendrait-il à ses anciens projets ? ADELGHIS,

En peux-tu douter? Délivré des. Franks, il va se précipiter contre le souverain pontife ; il va conduire le peuple entier des Lombards aux bords du Tibre; et ce peuple sera. uni et ferme contre un ennemi, sans défense, fidèle dans une guerre qui se bornera à un partage de batin.

Quelle guerre, è Anfrid! et quel ennemi! Nous allons faire encore ce que nous avons toujours fait : entasser ruines sur ruines, brûler palais et chaumières ; égorger les anciens possesseurs. du sol, et tout ce qui se rencontrera par hasard sous nos haches ; et ce qui survivra des vaincus, réduit en servitude, sera divisé entre nous, et divisé de telle sorte, que les plus riches parts echoient aux plus pervers et aux plus féroces. Ah! j'osai me croire né pour être autre chose qu'un chef de brigands rapaces. J'avais espéré que le ciel me donnerait autre chose à faire, sur cette terre, qu’à la parcourir sans gloire, qu'à la dévaster sans péril. O toi, l’unique, toi, le cher compagnon, d’abord des jeux de mon enfance, et puis des hasards de ma vie, toi, que je me suis donné pour frère, et pour qui seul ma pen-

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sée vient tout entière sur mes lèvres, ô Anfrid, que je suis malheureux! Une voix intérieure me commande de grandes et nobles choses, et la destinée me condamne à des iniquités vulgaires! - Je me traîne dans une route ténébreuse et sans issué, dans une route que je n’ai point choisie; et en attendant que j'y périsse, mon cœur se dessèche, comme le germe jeté et promené par les vents sur une terre ingrate. | ‘ ANFRID.

” lustre infortuné, è mon royal ami! je t’ad- mire et te plains ; mais je né puis dissiper les soucis généreux de ton âme. Ce n'est pas moi qui oserai conseiller à Adelghis de ne rien désirer de plus que des hommages, du pouvoir et de l'or. Ce n’est pas moi qui peux te souhaiter le bonheur et la paix des êtres vulgaires. Souffre et reste grand : tel a été jusqu’à présent ton destin; oui, souffre;... mais espère. Ta carrière commence à peine; et qui peut prévoir quelle tâche et quels succès le ciel te destine, le ciel qui t'a fait roi, et qui t’a donné le cœur que tu portes ? |

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