‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 2 sur 168 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

ont été faites jusqu'à ce Jour, et qu'elle y marquera une période nouvelle dans l'histoire de l’art dramatique. Au lieu d'examiner à nouveaux frais un ouvrage déjà si connu, j'ai traduit , et l’on trouvera dans ce volume, l’examen ‘que Goethe en a publié.

Quant aux autres pièces du recueil, j'ai dit, dans des avertissemens séparés, le peu que j'avais à dire, comme éditeur, de chacune en particulier. Les observations que .je puis ajouter ici se borneront à la lettre qui termine le volume, et à la nouvelle tragédie de M. Manzoni, intitulée Adelghis.

L'objet : spécial de la lettre est de prouver qu'il n'existe, ni dans la nature de l'esprit humain, ni dans celle de l’art dramatique, de principe en vertu duquel on doive considérer l'uriité de temps et de lieu comme une règle absolue et fondamentale de la tragédie ; et que, dans les cas particuliers où cette règle peut être utile ou convenable, sa convenance résulte d’un autre principe que celui dont on la déduit communément.

Prises dans l’ensemble de leur développement, de leurs applications, et dans les bornes où elles se renferment, les idées de M. Manzoni ne me paraissent pas seulement ingénieuses, je les trouve justes, profondes et concluantes.

Au surplus, s'il restait, par hasard, à découvrir, à l'appui du système des deux unités, quelques raisons plus solides que celles par lesquelles on l’a soutenu jusqu'à ce jour, les objections de M. Manzoni, outre

DU TRADUCTEUR. “un

qu'elles fourniraient de nouveaux motifs de chercher ces raisons, indiqueraient aussi de nouvelles voies pour y parvenir; et ce serait encore là un véritable service qu elles auraient rendu à notre littérature.

Tout en se proposant spécialement de traiter de la question des unités, dans la tragédie, M. Manzoni ne sest heureusement pas astreint à ce qui aurait suffi pour justifier son opinion sur cette thèse particulière. Il a rattaché fortement, et par divers points, ses idées sur la manière de concevoir l'unité de temps et de lieu, à des considérations plus hautes, plus générales, qui touchent de plus près à l'essence et au but de la tragédie, et forment, si je ne me trompe, la partie la plus originale et la plus intéressante de son travail. On sera frappé surtout de la manière dont il établit les rapports intimes qui existent entre l'histoire et la tragedie, et de la sagacité avec laquelle il fait entrevoir les ressources que celle-ci est sûre de trouver dans la première, pour obtenir des effets durables, sérieux et variés.

Je ne sais, mais j'ai cru apercevoir, dans eetté partie du travail de M. Manzoni, des vérités importantes, auxquelles il me semblerait heureux que l'on fit, parmi nous, l'attention qu'elles méritent et. provo- ‘quent. On deviendrait peut-être alors un peu plus difficile pour toutes ces tragédies prétendues tirées de l'histoire, et où il n’y a d'historique qu'une partie de la liste des personnages ; où tout est falsifié, dénature ,. décoloré, les événemens et les hommes, les

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