‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 27 sur 168 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LES PAECEDENS, TORELLO.

SFORZA. |

Eh bien, Torello; avez-vous changé d'avis?

Aver-vous vu l’ardeur des soldats?

| TORELLO

Qui, j'ai va l’ardeur des saldats; oui, j'ai entendu les cris de l'impatience et de la fureur, les fiers accens de la confiance et du courage ; et j'ai détourné la tête, afin qu'aucun brare ne pùt lire sur mon visage la pensée qui a da s'y peindre malgré moi C'était une triste pensées il m'a semblé que toute. eette joie que je.voyais éclater

était la fausse joie d’un moment, que toute cette ardeur était l’aveugle ardeur de braves qui courent à leur perte. J'ai parcouru à cheval toute la longueur du front de l’armée, portant de tous côtés mes regards, aussi loin qu'ils pouvaient s'étendre ; j'ai revu ces bouquets de bois dont sont hérissés çà et là les campagnes marécageuses que domine la chaussée, et je jurerais qu'il y a là des embuscades. J'ai considéré de nouveau cette double rangée de chars fortifiés qui forme autour du camp de l’ennemi un retranchement derrière lequel il pourrait se rallier pour une seconde attaque, dans le cas où une première n'aurait pas réussi. Ce doit être là une invention de Carmagnola, pour écarter de l'esprit de ses soldats la première idée qui se présente toujours aux vaincus, l’idée de la fuite. Il nous faut ainsi déux coups pour l’abattre, et lui peut nous terrasser du premier. À quoi servirait de le dissimuler? nos guerres d'aujourd'hui ne sont plus celles où chaque combattant défendait sa femme, ses enfans, la patrie, et les lois qui rendent la patrie si chère ; nos soldats ne sont plus de ceux que les généraux étaient sûrs de retrouver victorieux ou morts au poste qu'ils leur avaient assigné. Nous commandons à des bandes mercenaires auxquelles la fureur est plus naturelle que

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