‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 5 sur 168 · VII | | ‘ PRÉFACE · texte numérisé non relu

VII | | ‘ PRÉFACE

être avec le fond de l’action, mais d’un pathétique admirable, dans laquelle Hermangarde, la fille de Didier et la femme répudiée de Charlemagne, retirée dans le monastère de Saint-Sauveur à Brescia, fait ses adieux à sa sœur et à la vie. Il se termine par une suite de scènes où l'on voit se développer la trahison ourdie dès le début contre les deux rois lombards. Au pied des Alpes, les forces rivales étaient encore intactes ou semblaient l'être, et leur premier choc ne pouvait avoir lieu qu'au grand jour, ne pouvait être qu’un événement d'éclat. Ici, la trahison est beaucoup plus avancée; il ne s’agit plus, pour elle, que d'achever de perdre des rois déjà vaincus et malheureux. Tout se passe entre des conspirateurs, et, par conséquent, dans le silence et dans l'ombre. Ainsi, l’auteur, au lieu de mettre immédiatement sous les yeux du spectateur le tumulte d'une ville trahie et le scandale d’un roi livré par son général, par une :intention non moins dramatique et plus originale, nous découvre ces événemens . avant leur explosion, et ‘pour ainsi dire dans leurs appréts. |

Au début du cinquième acte, Pavie est prise, et Didier dans les fers. Adelghis, renfermé dans Vérone, y tent encore contre une armée de Franks; mais ses soldats sont las, mécontens, et n'attendent, pour se rendre, que la sommation de Charlemagne, qui est venu en personne presser -le siége. Adelghis essaie de s'échapper; mais il est attaqué, blessé à mort, pris dans sa sortie, et conduit dans la tente de

Charlemagne, où il rend le dernier soupir entre les bras de son père, après avoir demandé et obtenu du vainqueur quelques adoucissemens à la captivité du malheureux vieillard.

Pour ce qui est du caractère des personnages, il n'est pas moins historique que leurs actes, qui n'en sont que le reflet, la conséquence et l'expression. Le personnage d'Adelghis fait seul exception à cette règle. Ce n'est pas que l’auteur lui ait attribué d'autres actions que celles dont on trouve, dans l'histoire , ou une mention expresse, ou quelque vague indice ; mais il lui suppose des sentimens , des opinions et des vues qui sont dans une Bpposition plus ou moins saillante avec ces actions: Il a fait d’Adelghis ün jeune-héros qui aime la gloire, sans la séparer de la justice ; qui comprend les avantages de la civilisation, et serait heureux d’appliquer son pouvoir à les répandre ; qui pense noblement et voudrait agir de même, mais condamné par le respect et l'obéissance qu'il doit à son pere, à être l'instrument d'entreprises injustes et dévastatrices.

Didier est un homme brave et fier, mais ambitieux et emporté : c'est un barbare qui n'a guère appris; dans ses relations avec d’autres pouvoirs que le sien, qu'à mettre un peu de ruse et de combinaison dans l'emploi de la violence. Cependant il intéresse par son courage ,. par sa tendresse pour son fils, par la

Justice de: ses ressentimens personnels contre Char-

lemagne, et surtout par l'excès de son malheur.

x PRÉFACE Hermangarde n'est guère que nommée dans l’histoire : tout ce que l'on sait d'elle, c'est que, mariée fort jeune à Charlemagne, elle fut bientôt répudiée par lui. M. Manzoni ne pouvait la mettre en scène sans lui créer un caractère que l'histoire n'indique pas. Mais la situation, le malheur et l’affront de ce personnage étaient du moins des faits positifs et donnés, et c'est de là quest parti M. Manzoni, pour faire d'Hermangarde l'idéal le plus touchant, le plus exquiis et le plus vrai d'un amour exalté,. dans une âme outragée, ‘ et.dans une âme pure, ardente, religieuse et timide. Charlemagne était sans contredit, de:tous les petsonnages de la pièce, le plus difficile à caractériser, et celui qu'il importait cependant le plus de caracte riser avec justesse. M. Manzoni ne voulait et ne devait en faire ni le seigneur chevaleresque des douze Preux , ni le saint de l'Eglise romaine, ni le dévasta- | teur hypocrite de quelques philosophes, ni le fonda» teur d'empire auquel il fut. de mode -de .comparèr -Nappléon. Il n'avait, ce me semble, d'autre parti à prendre, à l'égard d'un personnage tant de fois et si diversbment jugé, que de faire abstraction de ‘tous les raisonnemexia que l'on a faits sur lui d'après l'histoie ,. pour s’en tenir simplement à ce qu'en dit-en effet l'histoire, particulièremeæt en ce qui concerne l'action de la tragédie; or c'est là ce qu'a fait M. Man+ zoni, et, si je ne m'abuse, ce quil a fait avec eucoès. Réduit de la sorte à ses iméamens historiques, Charlemagne fait, dans la tragédie d'Adelghis, une

figure grande encore, mais non colossale; brillante encore, mais non au point d'éblouir’le jugement et la vue. Il est religieux, mais non autant.quil faudrait, ni surtout comme il faudrait l’ètre, pour avoir quelques scrupules sur la justice ou la sainteté des moyens de satisfaire son ambition ; les coups de sa bonne fore tune sont, à ses yeux, les marques les plus certaines de la faveur du ciel Magnanime toutes les fois qu'il peut l'être sans compromettre son pouvoir, généreux quand il n'y a pas d'imprudence à la générosité, il est toujours également prêt à encourager par des récompenses ou des promesses la bassesse .qui se vend à ce prix, et à flatter l'orgueil désintéressé de la loyauté et de la bravoure. Enfin, comme celui de l'histoire, le Charlemagne de M. Manzoni est un homme d'un sens élevé, avide de savoir et de lumières, épris d'une adrairation un peu pédantesque pour les traditions. les monumens et les idées de la civilisation romaine } ne faisant toutefois rien aussi bien ni aussi volontiers que la guerre, ne la faisant guère autrement quun chef de barbates; mais la faisant du moins contre les barbares, et semblant, par là, la faire au profit dela civilisation. ot

Hn'ya que deux personnages italiens qui figurent dans la pièce, et tous deux sont ecclésiastiques, et 9 représentent moins l'intérêt politique de l'Italie que l'intérêt particulier de leur ordre. L'un est le légat d’Adrien auprès de Charlemagne; l'autre est le diacre Martin , député de l'archevêque de Ravenne au camp

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