‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 51 sur 168 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

complice. Et se fùt-il mêlé à toutes ces émotions un peu de pitié pour un héros, scrait-ce un crime ? Serais-je coupable d'avoir pensé que rien ne peut être aussi avantageux à Venise que ce qui l’honore, et que, pour nous sauver, nous n'avons pas besoin de....

MARINO

En voilà assez ; et si j'ai pu vous écouter si long-temps, c'est qu'il importait aux chefs du conseil de n'avoir aucune incertitude ‘è votre égard. On a bien voulu ne pas vous prendre sur l’égarement de vos premières pensées ; on a voulu voir si la réflexion vous inspirerait mieux : tout est vu. N'imaginez pas que j'aille défendre le sénat contre vous; c’est pour entendre votre propre défense que je suis ici. Ne songez donc plus qu'à vous, et laissez là toute idée de la patrie : ses intérêts sont commis à d’autres mains que les vôtres, à des mains pures et fortes. Que notre décision vous agrée ou non, cela n'importe en rien à l'état. Ce qui lui importe, c’est que notre décision ne soit pas vaine , et que la simple pensée d'y mettre obstacle ne soit pas soufferte. Ainsi tout se réduit entre nous à une question et à votre réponse : la sentence du sénat sur l’homme que vous savez est prononcée ; il faut qu'elle s'exécute : que voulez-vous faire ?

MARCO

Où tend cette question ?...

MARINO

. Vous êtes dans le secret d’une grande mesure, d’un projet dont vous souhaitez ardemment, au fond de votre cœur, voir faillir l'exécution ; n’estil pas vrai?

MARCO

Et que vous fait ce que je souhaite? Ne viensje pas de vous prouver que je consulte pour agir, non mes vœux, mais mon devoir ?

MARINO

Quelle garantie en avons-nous? Il nous en faut une cependant; et je l’exige au nom du conseil des Dix. Si vous refusez, vous êtes un traître à ses yeux; et vous savez ce qu'il réserve aux traîtres. © | |

, MARCO. | De quoi s'agit-il donc?... qu’exige-t-on ?

MARINO

Reconnaissez à son indulgence cette patrie à laquelle vous avez osé préférer dans,votre cœur un étranger, un rebelle ! Elle appesantit toujours tard et toujours à regret sa main sur ses enfans, et ne consent à perdre que ceux qu'elle n'a pu sauver. Elle est prête à oublir votre égare-

Page 1