‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 9 sur 168 · XVII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVII PRÉFACE

religieux et solennel de ses dernières paroles, de ses derniers vœux, et plus la fiction de ces sentimens et de ces paroles doit frapper le spectateur; plus le contraste entre ce caractère idéal et les autres caractères donnés par l'histoire devient sensible, et plus l'effet en est douteux, On peut dire, il est vrai, que ce développement du caractère d'Adelghis n’est pas tout-àfait gratuit , que ce n'est pas simplement pour mourir qu'il est apporté dans la tente de Charlemagne, mais pour y faire encore quelque chose de noble , pour y obtenir un adoucissement au malheur de son père. Je ne sais toutefois si une telle action a des motifs assez dramatiques , ni si la prière d'Adelghis est telle, qu'il y ait lieu à la faire d'un ton si solennel, et telle que Charles puisse mettre de l’argueil à la satisfaire. Dans tout cela, c'est toujours le caractère d'Adelghis, c'està-dire ce que ce caractère a de faux ou de hasardé, bistoriquement parlant, qui vise à l'effet dramatique, et qui l’obtient ou le manque. | Je ne pourrais terminer ces observations sans dire un mot des chœurs que M Manzoni a joints à ses tragédies. On peut voir, dans l'analyse que Goethe a donnée du Comte de Carmagnola, quel est le motif poétique de ces chœurs, et comment on pourrait les rattacher à l'exécution dramatique des pièces pour lesquelles ils ont été faits. Il y en a deux dans Adel» ghis, et je m'en tiendrai à dire ici que tous deux sont dignes de celui de Carmagnola, ne croyant pas qu'il soit possible d'en faire un plus grand éloge, Gelui du

DU TRADUCTEUR. XIX troisième acte n'à pas la plénitude et la rondeur de celui du quatrième acte ni de celui de Carmagnola, . et l’on serait tenté d'imaginer qu'il a été tronqué en quelque chose. Mais, à les prendre dans leur ensemble, tous les trois sont des productions éminemment distinguées et même uniques, parmi les chefsd'œuvre de la poésie lyrique moderne, On ne sait ce que l'on y doit admirer le plus; de la vérité, de la chaleur des sentimens, de l'élévation et de la force des idées, ou d'une expression si vive et si franche, qu'elle semble l'inspiration de la nature , et cependant si élégante, si harmonieuse , que l’art n'a rien à y ajouter. Je n'ai pu m'empêcher de joindre à ce volume le texte de ces trois chœurs. Tous ceux qui auront un sentiment assez vif de la langue italienne pour apprécier ces trois chefs-d'œuvre sans modèle me sauront gré de cette addition : ils comprendront pourquoi je les ai si imparfaitement traduits, et verront que l’on pourrait les traduire beaucoup mieux, sans les avoir, pour cela, bien traduits. | | Quant à la traduction des deux tragédies , je l'ai soignée, comme s'il eût dépendu de moi de la faire telle que je la souhaitais et que la méritaient des compositions de M. Manzoni. Je ne me suis point attaché à ce qu'elle fit littérale ; mais j'ai tâché d'y conserver le ton, le caractère et le coloris des originaux , autant que le permettait la différence des vers à la prose et de l'italien au francais. Autorisé par l’auteur à prendre avec son texte les libertés que je ju-

xXx PRÉFACE. DU TRADUCTEUR.

gerais à propos, j'ai quelquefois fait usage de cette permission , quand j'y ai vu un moyen d'entrer plus sûrement et plus librement dans ses sentimens et dans ses idées. En im mot, j'aurais voulu le faire parler en francais comme je me figurais qu'il se serait exprimé lui-même. en cette langue, dont on ‘verra qu'il se sert si bien. |

ET

ADELGHIS.

IMPRIMERIE DE L,-T. CELLOT, rue du Colombier, n° 30. |

Crogrilis. d'Alvandroe Manzoni,

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