‹ Le comte de CavourChapitre 4 sur 21 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

doutes et à ses fantaisies; il pensait pour elle^ et au moment voulu , il ne redoutait pas la responsabilité des grandes initiatives. Lopqu'il puisait en luimôme le conseil de l'alliance avec la France et l'Angleterre pour la guerre de Crimée, lorsqu'il proposait à son petit Piémont des œuvres comme la réforme économique ou le percement du mont Cenis, il montrait certes qu'il n'était pas disposé à laisser le gouvernement s'énerver ou dépérir entre ses mains. Si respectueux qu'il fût pour l'opinion, pour les Chambres, il savait les devancer et leur ouvrir la route.

Il s'appuyait, j'en conviens, à une monarchie solide et populaire, il y trouvait sa force; il était soutenu par un Roi, modèle du souverain patriote et constitutionnel; il était aidé par des collaborateurs tels que La Marmora refaisant une armée. Il fournissait, lui, l'argent pour refaire cette armée et les occasions pour s'en servir, ajoutant à la fécondité, à la sûreté des combinaisons, une puissance de volonté et d'exécution indomptable. S'il avait dû attendre le bon plaisir des partis dans toutes ses

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résolutions, il aurait attendu longtemps, et il s'est risqué beaucoup quelquefois, avec La Manuora, pour des travaux militaires qui ont été plus tard le salut du Piémont dans des moments difficiles. Il n'hésitait pas à s'engager, convaincu qu'on n'a entre les mains les affaires d'un peuple que pour les diriger, pour en régler la marche, même sous le régime parlementaire, et c'est ainsi qu'il a su allier dans la plus large mesure le sens du gouvernement au sens libéral ; c'est ainsi qu'il a été au pouvoir plus qu'un homme éminent, une politique vivante et agissante, qui, après avoir refait un petit pays, a créé une nation nouvelle!

Un autre nom, qui peut passer pour le nom d'un émule dans ces luttes de la politique, vient naturellement à l'esprit aujourd'hui. Il est désormais difficile de parler du comte de Cavour, sans songer aussitôt au ministre prussien qui a pu faire en Allemagoe ce que le ministre piémontais a fait en Italie. Les événements s'enchaînent, les hommes se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Je n'ai point, certes, l'envie de rabaisser le chancelier aile-

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mand. De la part d'un Français, ce serait puéril et peu digne. Le prince de Bismarck est un personnage en qui on a le droit de voir un ennemi, qu'on ne combat pas par de futiles dénigrements. Tout ce qu'on peut dire, c'est que si le comte de Gavour et le prince de Bismarck ont paru avoir le même destin et, au moins jusqu'ici, le même succès dans des entreprises analogues, ils diffèrent de génie, de caractère, de procédés, autant que l'Italie et l'Allemagne peuvent différer.

Des lettres intimes assez nombreuses, écrites par M, de Bismarck au courant de sa carrière, ont vu le jour dans ces dernières années : elles dévoilent cette nature si étrangement ^M)mplexe, elles montrent l'homme tout entier. Homme d'une originalité assurément puissante, impétueux et retors, abrupte et familier, féodal d'origine,^ Teuton d'éducation et de tempérament, mêlant les confidences sur ses capacités de buveur et sur les clairs de lune des bords du Rhin aux visions de la grandeur et de la force, politique et diplomate méphistophélique méprisant les for-

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