PRÉFACE XIX
Paris, j'entre dans le Cabinet du Ministre, cabinet qui était un grand salon sur la Cour des Finances, attenant à un véritable cabinet, où de mon temps le Ministre se tenait rarement. En entrant je trouve Cavour, arpentant en long en large son cabinet, marchant à grands pas, sautillant presque, et se frappant les bras, et se frottant les mains, comme lorsqu'il était de meilleure humeur.
« Camille, lui dis-je, il faut que tu aies fait quelque bien bonne affaire pour être aussi guilleret ce matin.
« Oui, me répondit-il, j 'ai fait la meilleure affaire de ma vie, et en s 'acheminant à sa table il ajouta : Je viens d'avoir la parole de mon Curé, que si au point de mort je le fais demander, il viendra m'assister et m'administrera les sacrements, sans exiger de moi rien, que je ne puisse faire avec honneur. »
« Tu te moques de moi, lui dis-je, c'est bon pour moi, qui suis un patraque de songer à la mort, mais toi dans la fleur de l'âge, fort et robuste, tu as le temps de prendre tes précautions. »