XII LE COMTE DE CAVOUR
s'engager. Ainsi que le comte se plaît luimême à le reconnaître, ce furent les ardentes exhortations de Vinet qui firent pénétrer dans son esprit la conviction que les vérités religieuses sont d'un ordre absolument différent de celui des vérités communes et que la religion elle-même est entièrement une affaire de sentiment et non pas de raison. Ce fut ainsi que les paroles de Vinet imprimèrent un cours nouveau à ses idées et l'amenèrent à se reprendre d'un vif intérêt et d'une réelle sj'mpathie pour la Religion.
De ce nouvel état d'âme spéculatif et sentimental au Catholicisme libéral, il n'3^ avait qu'un pas. Ce pas, Cavour le franchit facilement et presque spontanément, d'autant plus que la propagande de quelques-uns des plus illustres chefs de ce mouvement et surtout les prédications de l'abbé Cœur lui démontrèrent que le Catholicisme n'excluait pas la possibilité d'un accord entre la Religion et la Liberté. Mais si, arrivé au terme de cette parabole, le comte se trouvait ainsi ramené à la foi pure de ses ancêtres, plusieurs discordances l'empêchaient néanmoins, et cela plus
PREFACE xMi
énergiquement que jamais, d'admettre et d'accepter leur étroite et rigoureuse orthodoxie. Vinet, le premier, et après lui les enseignements de Lamennais, de Lacordaire, de Montalembert, etc., etc., lui avaient fait voir, dans l'enthousiasme pour la liberté, l'élément destiné à régénérer la vie ecclésiastique et lui avaient démontré l'absolue nécessité de la séparation des deux pouvoirs. En un mot, il était désormais hors de doute pour lui que l'heure de la fin du Pouvoir temporel des Papes avait sonné et qu'il fallait faire subir de profondes réformes à tout l'organisme de la machine politico-ecclésiastique.
L'hostilité irréductible de la Curie romaine, la résistance qu'elle opposait à toute innovation placèrent Cavour, comme une foule d'autres personnages de son temps, en présence d'un cruel dilemme : — Ou renoncer aux plus chères, aux plus douces consolations de la religion — ou trahir et renier leurs convictions politiques les plus solides, les plus essentielles, celles dont le triomphe leur paraissait, à bon droit, indispensable au bien public.