‹ Le comte de ChambrunChapitre 15 sur 30 · I 3 AVRIL 1 8 8 Q · texte numérisé non relu

I 3 AVRIL 1 8 8 Q

En dépit de son titre, ce livre contient très peu de politique pure et simple. Le comte de Chambrun a mené pendant bien des années une vie politique active, ayant été sous-préfet de Toulon en i85o, puis de Saint-Etienne en i85i, conseiller général en i854, député en 1857, i863, 1869 et 1 871, sénateur enfin en 1876.

Même après qu'il eut perdu la vue et se fut retiré de la carrière officielle, il continua à prendre un vivant intérêt au bonheur de son pays; mais ce volume ne nous donne pas de vues politiques, sinon de très générales. M. de Chambrun est monarchiste, et il a toujours voté

dans ce sens sur toutes les questions gouvernementales ;mais sa politique est aussi large que son cœur et son intelligence, et il n'a jamais voulu s'inféodera aucun parti. En toutes choses il a montré qu'il avait une conscience individuelle et qu'il marcherait toujours selon son jugement du juste et de l'injuste. Les Français l'appellent un vrai patriote, et c'est justice. Mais son amour n'est confiné ni dans sa patrie ni dans les étroites limites d'aucun pays. Il peut s'écrier : « Mon Europe » aussi bien que a Ma France », et assigner comme fin à ses plus ardents désirs le bonheur de la race humaine.

Le compilateur de ce volume parle de lui comme d'un poète, bien qu'il n'ait rien écrit en vers. Tel il est en effet, et nous nous souvenons de Mistress Brow^ning disant qu'un cœur de poète peut battre à l'unisson d'une demi-douzaine de nations. Comme cette admirable poétesse, il aime la vérité et le droit dans leur expression absolue plus que leur localisation en aucun pays, et pour eux sa voix est toujours prête à s'élever. Toute sa vie M. de Chambrun a passionnément étudié la litté-

rature et les beaux-arts, et quand la perte de la vue lui a rendu tout service public difficile, il s'est voué de plus en plus à ces études après lesquelles soupirait son âme. Histoire, poésie, théâtre, musique, sculpture, chacun et tous ont trouvé en lui un adorateur aussi bien qu'un critique. Ce volume abonde en beaux passages. Où Fauteur adore il adore pleinement, mais jamais aveuglément. Dans toutes ses études, on sent qu'il n'a qu'un seul et réel objectif à ses recherches. S'il le découvre dans un auteur, il en est heureux, et s'il ne le trouve point, l'auteur ne peut pour lui prendre place au premier rang. Le témoignage crucial est, pour se servir de la propre phrase de M. de Chambrun, l'expression de « l'âme de l'humanité ».

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