BERNER ZEITUNG
Un fort volume de 495 pages; beau papier et magnifique impression. Malheureusement, Tauteur de la Comtesse Jeanne n'a pu nous intéresser, comme nous Fattendions d'un livre qui promettait de nous faciliter la compréhension de tant d'études philosophiques. En effet, M. de Chambrun, ancien sénateur, ancien député, exilé par la perte de la vue du domaine de la politique, s'est occupé de la solution de différentes questions philosophiques ou psychologiques, de Tesprit des arts figuratifs, des héros de la poésie et de la musique, des règles applicables à la composition des livres d'histoire; partout il a cherché l'âme de Thumanité. Nous ne voyons pas clairement ce que peut
être le véritable aspect de cette âme de Thumanité, trouvée tantôt dans la continuité de la civilisation, tantôt dans la musique, tantôt encore dans r Église, bien entendu catholique romaine, puisque notre comte ne connaît qu'une Eglise, le catholicisme.
Avec toute son élévation, cette philosophie ne réussit pas à nous attacher, et les éloges enthousiastes de tout ce qui est bon et noble ne nous enflamment point. On ne sait jamais bien où cesse la pensée et où commence la phrase. On tombe, çà et là, sur une assertion émise dans un langage parfait et d'une tournure académique, on est attiré par une image harmonieuse; mais le charme ne dure pas longtemps : on retombe sur des longueurs fatigantes, sur une proposition d'une originalité baroque ou bien sur des non-sens enveloppés d'une rhétorique sonore, et le charme est détruit. Certainement le comte de Ghambrun est un bon catholique, un patriote courageux, un orateur et un écrivain aimable; mais inutile est la peine que l'éditrice de ses œuvres se donne pour le faire croire un philosophe.
Il est vraiment honorable qu^in homme comme notre comte, que sa naissance, ses relations, sonéducation, rattachentétroitement au principe monarchique^ dise hautement du parlementarisme qu'il peut suffire à toutes les prétentions raisonnables et justifiées, et qu'il admette le fait d'une République conservatrice. La proposition que fait le comte dans son projet de constitution de dégonfler par la décentralisation cette tête énorme qui s'appelle Paris, et de mettre le sang du pays dans un meilleur état de circulation, témoigne d'un esprit pratique. Il prouve d'ailleurs son courage en mettant hardiment Shakespeare au-dessus de tous les poètes anciens et modernes et de tous les poètes français. Mais, dès qu'il commence à philosopher et que sa foi catholique est en jeu, il ne s'arrête plus. Et maintenant, c'est à nous aussi de passer à autre chose, après avoir fait connaître cet étrange essai de résoudre (( tous les grands problèmes qui préoccupent l'esprit humain » étudiés avec une attention malheureusement peu récompensée...