GAZETTE DE POSEN
2 9 MAI l 889
Les ouvrages du comte de Chambrun, traités et études politiques, historiques et esthétiques, ne sont pas connus du soussigné; mais, par leurs extraits et l'esquisse qui en est faite dans le livre que j'ai sous les yeux, il est possible de se faire une image de la physionomie intellectuelle de cet auteur. L'homme d'ailleurs, — un homme et surtout un « individu » intéressant, — n'est pas Tobjet le moins important, et n'a pas moins droit à être connu que ses œuvres...
Les études esthétiques du comte de Chambrun, ses études philosophiques surtout, sont les plus propres à éveiller Tintérêt sympathique du lecteur allemand. La grande et
idéale aspiration, le sentiment noble et vraiment humain, le pénétrant regard de l'homme ' inspiré dans Tart et la vision de la vie : ce sont là des qualités dont la perception sympathique n'échappe pas aux barbares allemands. Les chapitres d'appréciation sur la musique classique des grands maîtres allemands, sur ses rapports avec le génie de Shakespeare, sur la peinture et la sculpture, ne peuvent qu'éveiller encore notre sympathie. Il ne m'appartient pas de juger de la signification scientifique des travaux historiques et des considérations politiques du comte de Chambrun. C'est un Français patriote, aristocrate et catholique convaincu : on comprend donc que celui qui est placé dans un ordre d'idées différent à ces différents points de vue ne peut absolument pas en juger avec impartialité. De même aussi le comte, dans ses aperçus rapides sur l'état et le développement politique allemand — spécialement prussien — sur la réforme, etc., n'a pas pu se rendre un compte impartial des choses. L'historien Chambrun pose bien, il est vrai, les principes
de la justice sans passion, mais Tamour passionné du patriote pour son pays n'en veut pas moins prendre la parole. Peu importe ! nous avons un portrait vraiment attachant du comte de Chambrun, homme et philanthrope, et qui, au fond, est un poète.