‹ Le comte de Chambrun: ses études politiques et littérairesChapitre 16 sur 43 · LE MONITEUR DE ROME · texte numérisé non relu

LE MONITEUR DE ROME

l6 JUILLET 1889

Ancien homme politique, le comte de Chambrun, frappé de cécité, a dû renoncer à sa carrière. Mais plus que jamais, dans sa retraite, il s'est adonné aux études philosophiques qui avaient animé d'une si généreuse inspiration sa vie parlementaire. Aussi bien dans les lettres et dans les arts que dans les sciences morales et politiques, il recherche l'âme de l'humanité. Toujours et partout nous retrouvons le psychologue, et c'est du psychologue que nous voulons reproduire ici les mots suivants, qui servent à peindre l'homme :

« Se saisissant soi-même et saisissant Dieu » , tel est mon premier principe, telle est ma première profession de foi depuis l'année i835 :

Je disais un peu plus tard, vers 1845 : « Ce que je comprends le mieux^ c'est l'infini. » Je ne possédais à ce moment que ïesse; le fieri m'est advenu plus tard et d'abord sous la forme de deux antinomies. En 1848, par opposition à la Révolution, j'ai conçu et compris la durée, la continuité, la tradition, non per saltus; en 1859, par opposition à la guerre et à la conquête, j'ai aperçu et embrassé l'espace, la géographie, le respect des frontières et de la carte de l'Europe. De là, il n'y avait qu'un pas de plus, qu'un ensemble à établir pour me trouver en possession de la nature et de l'histoire, de la vie universelle, de la civilisation, de l'humanité, de son âme. »

ST. GALLER BLÀTTER

Nous n'irons pas jusqu'à prétendre que ce volume, magnifiquement imprimé, qui nous fait connaître avec de grands détails le contenu des écrits philosophiques et politiques du comte de Chambrun, brille de toute la clarté désirable ; — il est très évident, quand nous trouvons Pascal cité par hasard, que l'abstrait peut être dit bien plus clairement; mais la pensée dirigeante de Fauteur, cette flamme générale et impérissable, qu'il appelle l'âme de l'humanité, — envisagée dans la marche de la civilisation, dans les arts, dans la poésie, — est une pensée trop profonde et trop élevée, pour que la lecture du livre, encore que de temps à autre on ait à glisser sur

quelques passages assez obscurs, ne fasse pas naître un sentiment salutaire, et qui élève l'esprit. Le lecteur peut s'orienter lui-même sur les positions prises par le comte philosophe, s'il en a le désir. C'est ainsi que nous avons éprouvé un grand plaisir à lire l'appréciation si élevée qu'il fait du tableau de Raphaël, Madonna del Granduca, qui n'est pas précisément très populaire. Une appréciation assez inexacte et très rudimentaire de Tessence de Gœthe, qui lui fait admettre que la poésie allemande ne serait pas apte à concevoir l'âme de Thumanité, permettrait de conclure à l'indifférence et à Tégoïsme du grand poète. D'ailleurs M. de Chambrun annonce la publication prochaine d'un mémoire sur Gœthe...

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