LA REVUE INTERNATIONALE
lO AOUT 1889
Le comte de Chambrun est éminemment un pyschologue, c'est l'âme de l'humanité qu'il cherche toujours, soit qu'il étudie les lettres et les arts, ou qu'il fouille les arcanes des sciences morales et politiques. Son œuvre est considérable et n'a été publiée qu'en partie. C'est en compulsant les portions encore inédites que l'auteur de la Comtesse Jeanne a senti s'éveiller en lui le désir de faire connaître à tous, en résumé du moins, l'ensemble du système et des travaux multiples de M. de Chambrun. Il a senti palpiter dans ces pages la vie même des peuples; il y a reconnu le cœur de l'humanité avec sa double action, recevant le sang généreux que lui apporte le
christianisme et le propulsant dans toutes les artères de la civilisation. Le travail du psychologue chrétien gagnera à cette abréviation un plus grand nombre de lecteurs, à notre époque où tout se fait à la hâte, où nul ne sait plus s'attarder avec délices à la lecture de volumes aimés, comme faisaient nos pères, ces volumes fussent-ils nombreux. En outre, le système gagnera en clarté à cette exposition générale, car le style de M. de Chambrun n'est pas exempt d'obscurités. Sa langue ferme et souple se prête à la fois aux descriptions de la nature et aux abstractions philosophiques, mais il lui arrive de sombrer sur cet écueil qui consiste à exprimer trop d'idées en peu de mots ou même plus d'idées que de mots. Heureux défaut, du reste, à une époque où trop souvent les mots remplacent les idées absentes. Cette grande concentration de la pensée fatigue bientôt un lecteur superficiel; mais pour un lecteur qui réfléchit, elle rend l'œuvre de M. de Chambrun suggestive à un haut degré.