LE MAGASIN LITTÉRAIRE ET SCIENTIFIQUE
l5 AOUT 1889
Un beau livre à teinte philosophique dont la lecture attache et élève. Une main délicate — et ferme aussi — a réuni;, coordonné, interprété les œuvres éparses du comte de Chambrun : études sur la politique, Thistoire, les arts et la littérature. C'est un superbe monument élevé en l'honneur du psychologue qui d'une manière si originale, si personnelle, et si une, si persévérante, recherche dans ses manifestations à travers les âges « Tâme de l'humanité ». La psychologie de M. de Chambrun n'est pas à l'usage des seuls philosophes mais s'adresse à tous les esprits cultivés,
gens du monde, littérateurs, artistes : et cependant c'est de la vraie pyschologie et qui s'exprime dans une langue vraiment philosophique bien que très littéraire. On ne lui reprochera pas la prolixité, mais plutôt, comme le dit M'" Clarisse Bader, « d'exprimer trop d'idées en peu de mots et même plus d'idées que de mots »; mais, comme elle Tajoute, « c'est cette puissante condensation de la pensée qui rend l'œuvre de M. de Chambrun suggestive au plus haut degré ». Si d'ailleurs il se rencontre càou là une obscurité, les commentaires de M"" Bader l'éclaircissent.
M. de Chambrun nous montre la civilisation développée par ce que chaque peuple et chaque époque apporte au fonds commun de l'humanité de richesses intellectuelles, artistiques, morales. L'humanité par la volonté de Dieu progresse presque nécessairement. Quant aux peuples isolément considérés, ceux de Tantiquité ont atteint un moment de déchéance irrémédiable : les peuples chrétiens ne doivent pas subir cette loi et peuvent toujours se relever. Telle nous semble être un
peu la synthèse du système de M. de Chambrun. Nous ne pouvons indiquer même les diverses études que ce volume renferme: citons cependant les chapitres sur Beethoven, le plus grand des musiciens, et sur Shakspeare, le premier des poètes, dont M. de Chambrun appelle l'œuvre « l'épopée humaine ».