‹ Le comte de Chambrun: ses études politiques et littérairesChapitre 30 sur 43 · IO · texte numérisé non relu

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poursuite d'un chamois à travers pics et précipices.

« On a tant loué la hauteur et l'originalité de vos vues, l'éclat et la hardiesse lyrique de votre style, que si je les louais à mon tour, tout en les admirant autant que personne, j'aurais l'air d'en parler d'après autrui. Et puis, franchement, il y a une chose qui m'a frappé davantage : c'est la parfaite sérénité de votre pensée, c'est votre accent de bonheur intime, et cela malgré la plus douloureuse des privations, celle de la vue. Je sais mieux apprécier que la plupart de vos lecteurs, ce qu'il y a d'admirable dans cet état de votre âme, parce que, atteint — il y a un certain nombre d'années — d'une choroïdite atrophique, et obligé (sur l'ordre de l'oculiste Giraud-Teulon) de m'abstenir de toute lecture pendant trois ans, je ne pouvais me résigner à l'idée de perdre la vue, et j'étais obsédé par la pensée du suicide. — C'est, me direz-vous, que vous n'avez pas la foi chrétienne. — Si je ne l'ai plus aujourd'hui, comme vous allez le voir tout à l'heure, je l'avais alors à un rare degré,

puisque, à vingt-quatre ans, j'ai fait, à pied et à jeun, un pèlerinage de 32 kilomètres, 1 6 pour aller, i6 pour revenir (à Notre-Dame de Ronchamp, Haute-Saône).

« Cette foi, alors si robuste, a totalement disparu, comme je viens de vous le dire; et c'est pour cela que j'aurais à faire quelques réserves sur le point central de votre système, sur vos vues relatives au christianisme. Avec un esprit large et élevé comme le vôtre, on n'a pas besoin de recourir aux précautions oratoires, ni aux circonlocutions, qui seraient nécessaires avec un philistin.

« Vous considérez le christianisme comme le plus grand bonheur qui ait pu échoir à l'humanité; et presque toutes vos idées dans tous les domaines se ramènent à ce point de départ. Les dithyrambes d'un croyant sur sa religion, ceux d'un amant sur sa maîtresse, tout cela doit être accueilli avec une certaine réserve : religion et maîtresse sont trop transfigurées. Vous regardez le christianisme à travers les illusions de votre belle et bonne âme, et naturellement il apparaît séduisant à qui est sans

défiance. Mais votre christianisme tout à fait aimable, auquel je me convertirais bien vite, si vous étiez pape, ne ressemble pas plus que celui de Chateaubriand, ni au vrai christianisme, celui des premiers siècles, ni à celui que nous ont forgé les papes, sensuels comme tous les Italiens, roublards comme les compatriotes de Machiavel, et formalistes comme les pontifes de Tancienne Rome. On vous a servi, sous le nom de christianisme, cette mixture affadie, édulcorée, sophistiquée, qu'on fabrique depuis le commencement du siècle à l'usage des gens du monde : à cette mixture équivoque vous avez appliqué votre prestigieuse imagination, capable de changer le vil plomb en or pur; et la magicienne s'est surpassée elle-même.

«Mais moi, j'ai appris à connaître le christianisme à une école plus sûre, au séminaire, où l'on m'avait fourré à seize ans après ma rhétorique et d'où — au bout de dix-huit mois — je me suis échappé par escalade pour m'engager dans un régiment. Je me fais fort de démontrer que le christianisme a eu une in-

fluence désastreuse sur l'individu, sur la famille et sur l'Etat.

(( Pour le quart d'heure je m'en tiendrai aux suites de cette abominable parole :« Beaucoup d'appelés; peu d'élus. » Il en est résulté ce qui arrive toujours, quand des postes sont distribués à la faveur : il en est résulté l'intrigue et la basse adulation. On a flagorné Dieu à qui mieux mieux. Il y a eu mille degrés de dévotion, à cause desquels les fidèles se sont méprisés entre eux ; les plus dévots à leur tour ont été méprisés par les prêtres séculiers ; ceuxci par les religieux réguliers, qui, à leur tour, se sont conspués les uns les autres : d'où anathèmes, hérésies, guerres religieuses.

« Chacun flagornant Dieu pour son propre compte (car c'était déjà bien chanceux de travailler à se sauver soi-même), on a eu un développement effroyable de l'égoïsme individuel, qui a ruiné la famille, puis la cité. Avant Jésus, la famille comme l'État par suite, formait un tout compact ; et nul n'y rêvait un bonheur propre à soi, et distinct du bonheur commun du groupe auquel il appartenait.

Cette cohésion n'a plus été possible, depuis que chacun a conçu le bonheur comme le privilège de quelques-uns. Chacun n'a plus songé qu'à intriguer, plus adroitement que ses voisins, auprès de Dieu; et au diable la famille et l'État!

« Ici-bas l'individu en a-t-il été plus heureux? Non, il a vécu dans une peur horrible de ne pas être compris dans les quelques privilégiés : car qui peut avoir la certitude d'en faire partie? De là, tant de gens souhaitant de n'être jamais nés; de là, nos abbés du séminaire réduits à cette consolation, peut-être vraie en métaphysique, mais fausse au regard du sens commun, « que le plus grand mal était la non-existence, et qu'il valait mieux être malheureux que de ne pas être ».

« En outre, comme il ne faut pas forcer la nature; comme « qui fait l'ange, fait la bête », selon le mot si juste de Pascal , il est arrivé d'étranges défaillances aux plus purs...

« Aussi je regarde le christianisme comme un mal ; et je suis content de le voir végéter, ce qui présage sa fin. Il a certainement perdu

sa force d'expansion : la preuve, c'est qu'en Egypte, en Tunisie, en Algérie, pays qu'il avait conquis jadis au pas de course, il ne peut reprendre racine, quoiqu'il y ait régné sept siècles avec un éclat relatif, et quoiqu'il se présente maintenant avec le prestige des armes victorieuses. Partout où il rencontre, soit le mahométisme, soit le bouddhisme, soit la religion chinoise, il ne réussit pas à les entamer. Et dans les pays soi-disant chrétiens, combien a-t-il gardé d'âmes?. Ici, je parle, non des gens qui posent pour les principes religieux, mais de ceux qui les mettent sincèrement en pratique.

« Peut-être y aurait-il moyen de le ranimer par une évolution, en conservant ce qu'il peut avoir de bon, et en supprimant tout le reste. Mais, pour cela, il faudrait que la dignité papale, au lieu d'être réservée à de fins matois italiens, fût déférée à des Français ou à des Canadiens, à toute une suite de prélats, comme M^"" de Lavigerie. Alors, je ne répondrais de rien. Mais, tant qu'elle appartiendra de droit à des Italiens, uniquement occupés à des

finasseries, et surtout à encaisser les tributs des fidèles, on n'a ni à craindre ni à espérer une régénération du christianisme.

« J'ai parlé franchement; car vous êtes de ceux qui sont assez robustes pour supporter la contradiction... »

M. B au coînte de Chambrun.

i6 juillet 1889.

« ...Je viens de lire avec curiosité, et souvent avec surprise, la collection des réflexions des journalistes parisiens, champenois ou bretons, allemands, turcs et anglais, sur le livre qui contenait le meilleur de tous vos écrits. L'idée est originale et fière d'avoir fait réunir ces jugements dissonants. « Voilà ce qu'ils ont dit de moi, » semblez-vous dire aux lecteurs qui comprennent. On a dit de vous, monsieur le comte, de bien singulières choses, à Berne, à Naples, à Constantinople et ailleurs. On vous a appris, à vous et à vos amis éton-

nés, que votre manière est le développement de celle de Victor Hugo, et on vous a appelé, tout comme Daudet ou M. de Concourt, « écrivain artiste ». Ils ont tous bien vu, vos critiques, que le livre est gros, le papier superbe, et très belle l'impression de Chamerot, mais beaucoup d'entre eux n'ont rien vu de plus.

« Heureusement il y a là autre chose que les bouffonnes appréciations des gazettes allemandes de Leipzig et de Pétersbourg, autre chose que de vagues louanges : l'article du Soir a quelque chose de sincère et de fin, et je l'ai lu avec plaisir. Mais je vous souhaite de tout mon cœur, et je suis sûr que la chose est arrivée, que les lecteurs aient mieux compris que les journalistes : ils auront retenu du livre les pages attachantes et belles, les sentences énergiques dont on avait fait une anthologie peut-être un peu trop commentée.

« Un de mes maîtres, philologue assez grincheux, nous rappelait souvent l'histoire de ce philosophe d'autrefois qui mettait en travers de la porte de son école un bâton des-

tiné à faire choir les nouveaux arrivants. Ceux qui voulaient vraiment écouter et apprendre entraient quand même : les autres s'en allaient, rebutés et mécontents. Permettez-moi de vous le dire, monsieur le comte, il y a un bâton en travers de votre porte, — deux peut-être : le sérieux et la force de la pensée, le « demi-sourire » parfois un peu déconcertant de l'expression. Il en résulte que ceux qui goûtent et comprennent sont plus rares et mieux choisis... »

M. F,., au comte de Chambrttn,

16 juillet 1889.

« ...Je tiens à vous dire quelques mots, avant votre départ pour Bayreuth, sur le livre de Dick May que vous avez bien voulu m'envoyer récemment. Vous savez pourquoi je ne vous en ai pas parlé plus tôt : notre revue des travaux de MM. Fustel de Coulanges, Lavisse, Monod, m'a complètement

absorbé jusqu'à vendredi; et j'ai dû lire très rapidement les comptes rendus de la presse sur l'ouvrage de M"^ B.... pour vous en pouvoir écrire quelques lignes aujourd'hui.

« Dick May a parlé quelque part de l'amusante diversité des appréciations de la presse sur le volume de M"" B...., et le choix des articles imprimés est en effet des plus curieux. On y trouve de tout, même des articles desquels il ressort visiblement qu'on n'a pas lu le livre, ou qu'on s'est borné à admirer la beauté de l'impression, le papier, le portrait qui se trouve en face du titre ; quant au contenu, on n'en a cure. D'autres m'ont intéressé par leur méchanceté même, l'article de la Saint- Petersburger Zeitwig, par exemple; d'autres par leur conscience. Tel l'article du Soir, celui de la Liberté, celui du Leip^iger Tageblatt entre autres. Il y a là un ensemble de jugements divers, souvent contradictoires, bien curieux, et qui suggère nombre de réflexions.

(c J'en viens enfin aux lettres^ et là je dois débuter par vous remercier, monsieur le comte, du grand honneur que vous avez fait

à ma pauvre prose. Si j'avais pu prévoir cela, je l'aurais limée au lieu d'écrire au courant de la plume et de composer ainsi des phrases lourdes, souvent pénibles, surchargées d'épithètes et adverbes. La chose est faite; il n'y a plus à y revenir, et je ne puis que me trouver fort heureux de me voir en aussi bonne compagnie. Il y a en effet des choses fort intéressantes dans les correspondances publiées par

DickMay, celles du R. P. B et de M. C....,

surtout celle de M. S , dont vous m'aviez

parlé autrefois, et que j'ai lue à plusieurs reprises. J'ai retrouvé là les grandes qualités de cet esprit net, vigoureux et ferme, et ce n'a pas été pour moi un médiocre plaisir de voir en curieux, en spectateur désintéressé, la lutte engagée entre vous et lui. De votre lettre du 8 mai à M"' B...., je retiens bien des choses, mais surtout le § 3, duquel je dégage en vous, au point de vue historique, de la façon la plus nette, le sens de l'évolution. 11 y a là une véritable profession de foi, qui me ravit; une déclaration de principes que je fais mienne et sans y changer, ajouter ni retrancher un seul mot.

« Quelques mots encore, sur l'annexe de la page 200 et sur la troisième manière de Beethoven. Vous dirai- je que, dans l'ensemble, je n'ai pu saisir encore ses dernières œuvres? Abstraction faite de quelques rares fragments de ces choses qui s'imposent aux prévenus mêmes, je n'y vois goutte, je suis absolument perdu. Expliquez-nous, dans cette seconde édition du Philosophe et la Muse que vous nous promettez, expliquez-nous Beethoven dans sa dernière manière ; ce sera pour moi une raison de plus de vous être reconnaissant... »

M. G. E... au comte de Chambrun.

20 août 1889.

«... Sans cesse occupé des études les plus diverses, vivant dans un commerce intime et quotidien avec les grands esprits de tous les temps et accoutumé à penser, vous avez voulu répondre à ces questions, qu'un poète anglais a

sî heureusement appelées « les questions obstinées du cœur », et vous avez édifié une cité idéale où chaque idée a son temple, chaque génie sa statue! Cette cité, je l'ai parcourue ayant en main le livre de M"^ Clarisse Bader, qui en est comme le Guide écrit.

« Parfois étonné, le plus souvent charmé et ému, j'ai d'abord été retenu (n'est-ce pas là surtout mon domaine?) par cette fresque grandiose où vous nous montrez Shakspeare avec son cortège triomphal de vivantes créations, ce héros, qui pour vous est la civilisation universelle, l'histoire, la vie du monde, l'âme de l'humanité. En effet, cette âme de l'humanité que vous trouvez dans la nature, dans les arts, vous la découvrez aussi dans les œuvres de l'intelligence. « L'Intelligence , dites-vous, anime et vivifie le monde. Elle est le principe qui peut diriger les passions et les mœurs, dicter les lois, commander aux événements. Elle est ou elle paraît être le premier élément de la civilisation. » Ici, parmi les poètes, ces nobles représentants de l'intelligence, avec une préférence que je ne puis m'empêcher de par-

tager, vous avez mis Shakspeare au premier rang; vous lui avez donné la palme.

« J'aurais même cette confiance, avez-vous dit, cette audace de répéter pour lui ce que déjà j'ai dit de Beethoven : Dans Tun des plateaux de la balance, on peut placer tous les poètes, dans l'autre Shakspeare... elle penchera de son côté. »

« Oui, l'œuvre de Shakspeare mérite bien ce nom d' (( épopée humaine » que votre clairvoyante critique lui a donné. Ne peut-on pas dire en effet qu'on trouve chez lui la formule complète de l'Art, qui n'a été réalisé qu'après une lente évolution et grâce aux apports successifs des écrivains dans l'histoire de la littérature? Depuis Descartes jusqu'à nos jours, nous voyons trois écoles se succéder : les Classiques, les Romantiques, les Naturalistes. Les premiers ne nous montrent que Tâme seule, produit de la pensée pure, l'âme idéale de l'humanité dégagée de toutes les contingences. Avec les Romantiques, plus de pensée ; seul le sentiment vague, la mélancolie, la lassitude de vivre des Verther, René, Lara, Manfred, don

Juan; enfin les Naturalistes, arrivés les derniers, ajoutent à la pensée et au sentiment la sensation. Pensée, sentiment, sensation, voilà tout l'homme, et tout l'homme est dans Shakspeare. De même qu'on a pu dire d'Homère que toute la pensée antique était en germe dans son œuvre, de même Shakspeare est Tinitiateur des modernes : il a dès le début et par une intuition de génie trouvé FArt intégral dont il a fait la synthèse, tandis que les modernes venus après lui ne Tout que partiellement et çà et là réalisé.

(( Quant à dire avec M''" Clarisse Bader que le grand poète soit chrétien ou du moins catholique, j'estime que c'est aller trop loin et ce n'est pas pour quelques passages que cite l'auteur et qui peuvent à la rigueur sembler d'inspiration catholique qu'on pourrait conclure à la catholicité de Shakspeare. A ce compte, il ne serait pas un seul écrivain dont on ne pût faire un champion du catholicisme ! Ne serait-il pas plus juste de dire (et je ne fais ici qu'indiquer cette idée) qu'il a hérité d'Eschyle comme par une parenté de génie

les doctrines panthéistes et fatalistes de l'Antiquité? Il suffirait de rappeler le monologue du moine dans Roméo et Juliette au moment où il s'apprête à quitter sa cellule dès l'aube pour cueillir des simples dans la plaine.

(( Quant au reste de ce beau livre où sont traitées toutes les questions les plus hautes de Thistoire, de la philosophie et de Tart, et où beaucoup d'entre elles échappent à ma compétence, je l'ai lu toujours avec intérêt, souvent même avec admiration. En réalité, ne doit-on pas demeurer frappé de ces aspirations si élevées qui, toujours et dans tout, poussent le philosophe à cette noble recherche du Beau, du Vrai, du Bien?... »

M. G. W... ail comte de Chambtnm.

2 5 août 1889.

«... J'arrive bien tard pour vous remercier de votre beau livre, mais je ne voulais point vous en parler avant de l'avoir lu à loisir. La

table des matières m'avait d'abord inspiré un certain effroi : que de questions diverses soulevées, traitées ensemble! Mais j'ai reconnu que mes craintes étaient vaines ; c'est avec une vive curiosité, une sympathie croissante, que Ton suit pas à pas les efforts du philosophe pour se créer une méthode, pour atteindre à des idées justes sur toutes choses. J'y ai goûté un autre plaisir assez rare maintenant. Aujourd'hui on se plaît à exposer, à discuter, sans conclure ; il est de bon ton d'affecter un certain détachement, de laisser entendre que les deux solutions contradictoires sont également justes, ou également fausses. Chez vous, au contraire, la recherche aboutit toujours à des conclusions nettes, à des formules précises ; elles peuvent être contestées, réfutées, mais elles montrent au lecteur qu'il est en présence d'un esprit rigoureux, qui ne craint pas d'affirmer.

« Votre livre est éminemment suggestif, la psychologie, l'histoire, les arts plastiques, la musique y trouvent tour à tour leur place ; naturellement je me suis attaché de préférence à

ce qui fait Tobjet de mes études, à l'histoire. Votre système est curieux et nouveau; cette idée de faire de l'histoire une science expérimentale, de remonter du connu à Tinconnu, comme on le fait dans les sciences physiques, ne laisse pas que de séduire. La méthode estelle aussi vraie qu'originale ? ne risque-t-on pas, en l'adoptant, de faire entre le présent et le passé des comparaisons qui ne reposent que sur des analogies de mots? La question est trop difficile pour que j'essaie de la discuter.

« Mais permettez-moi de vous exposer mes doutes sur quelques-unes de vos affirmations historiques.

i( Vous établissez un parallèle entre le roi de France et Tempereur. « Le roi, dites-vous, a un caractère uniquement temporel, malgré le sacre ou Fexception de saint Louis, tandis que l'empereur y ajoute une apparence, une figure, une réalité spirituelles. » L'opposition est-elle aussi marquée entre les deux souverains ? N'est-ce pas diminuer l'idée qu'on se faisait de la royauté capétienne? Le roi de France n'est pas un simple suzerain féodal, il est le roi

très chrétien, il est oint de l'huile de la Sainte- Ampoule ; au sortir de Téglise de Reims il guérit les écrouelles, le parfum de la fleur de lis est particulièrement agréable à Dieu. Voyez ce que dit un publiciste du xvi° siècle : « Il est comme Tétoile du matin sur les nuages du midi, et, seul, parmi tous les monarques, il porte la couronne de liberté et de gloire. » Passons aux empereurs ; à part Charlemagne, ancêtre du monarque français comme du souverain germain, lequel d'entre eux possède une grande autorité spirituelle ? Est-ce Othon le Grand? Ce rude soldat s'inquiétait fort peu des questions religieuses. Est-ce Frédéric Barberousse ? Il fut vaincu par le pape Alexandre III. Et à partir de la Bulle d'Or, que restet-il du saint Empire romain? Un nom, une simple entité. Dans les conciles œcuméniques, l'autorité de l'empereur est bien faible ; Sigismond fait triste figure à Constance. Il joue un plus grand rôle dans les assemblées religieuses d'Allemagne; mais le roi de France exerce le même pouvoir sur les assemblées religieuses de France, sur celle de Bourges, par exemple,

qui fit la Pragmatique Sanction. En résumé, il me semble que la supériorité de l'empereur a bien pu avoir à l'origine, à l'époque carolingienne, un caractère religieux, mais ce caractère s'est vite affaibli; la royauté française, au contraire, purement féodale au début, a pris bientôt un caractère spirituel et religieux; elle est devenue, comme le disaient les légistes, une royauté impériale.

« 2" J'arrive à des questions moins importantes. Vous indiquez Grégoire VII comme le principal représentant de la papauté au moyen âge ; Innocent III ne serait-il pas mieux choisi ? C'est un grand souverain que l'adversaire de Henri IV, le triomphateur de Canossa ; mais il meurt vaincu, chassé par son ennemi. Grégoire VII représente la papauté militante; Innocent III, la papauté triomphante. Il dispose de la couronne impériale, réduit Jean sans Terre à la condition de vassal, écrase les Albigeois. Son pontificat marque véritablement l'apogée de la papauté, qui étend sa domination sur l'Etat comme S'ur l'Eglise.

« 3° Indiquant les noms dans lesquels s'in-

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