I. Lettre du 5 septembre
samment pour soi * et témoignait assez de son culte pour la beauté, de l'évocation de Tart planant sur l'ample merveille des jardins? Toujours est-il qu'on ne trouve à l'intérieur du temple aucune trace des projets divers conçus pour en préciser la signification^ : temple de l'art, panthéon du beau, musée des gloires connues, étiquetées, numérotées... La première idée seule a heureusement persisté : la consécration à la beauté inconnue, symbolisée par ce trépied posé comme une tiare en plein ciel, à la cime du temple et de la colline; et aussi par cette dédicace élastique, propice à toutes les fantaisies du goût et à
1. «Votre colonne me crie : Noli me tangere », écrivaitil, en lui exposant ses incertitudes à M. Randon, l'architecte distingué du temple.
2. Ce furent successivement : dix bustes de grands hommes, puis vingt et un, puis dix encore, ceux-ci d'ailleurs différents des premiers. Puis des tables portant des inscriptions classées dans l'ordre du tableau suivant : — i" L'idée du beau : i. Poésie; 2. Musique; 3. Arts plastiques. — • 2° La Durée. — 3° L'Espace. — 4° L'Œuvre...
Plus tard, on pensa à un groupe qui dut représenter, tantôt Homère et un enfant, tantôt l'Homère de Chénier entouré de ses trois éphèbes. Sur la proposition de M. Chapu, il avait été question aussi un moment d'une Renommée...
tous les caprices de la pensée, dont M. de Chambrun écrivait lui-même ' :
ft Mon temple s'appelle le temple de la Sibylle. Je tiens à cette dédicace, au trépied qui la caractérise, et à tout ce qu'il y a là d'étrange, de mystérieux, d'inconnu. J'en appelle à l'édifice de Tibur, au verset Teste David cum Sibylla , aux fresques de Michel -Ange en la voûte de la Sixtine, à l'hémistiche de Virgile : Deus ecce Deus, à tous mes propres rêves... »
Certes, il valait mieux laisser ces rêves et les nôtres à l'état de rêves , flottant avec la volupté exquise des choses légères dans le bleu des souvenirs, des visions, de la mer, du ciel, de la ligne assombrie des Alpes, fuyant en tons d'indigo dans l'outremer épuré de l'espace, que de les figer en graphiques d'une espèce quelconque, voire même en vingt et un bustes symboliques. Je ne concevrais, quant à moi, qu'une représentation figurée dans la nudité élégante du temple de la Sibylle : posée sur un chevalet à l'ombre transparente d'une co-