MORTES-MAINS ET FORMARIAGES
Ce sont les noms des hommes et des femmes et des enfants qui sont de condicion esquelz Mgr le comte partist et prant la moitié des mortes-mains et formariages contre F abbé de Saint-Denis et par la main dudit abbé et les villes dont ils sont, extrait du roolle antien en la manière qui s'enssuiet par Robert EmelhiCy clerc juré du Bailliage de Clermont (f** (41 et s.).
Le mot de morte-main désignait les gens de condition servile, qui étaient sujets de corps envers leur seigneur. Quand le main-mortable décédait, le seigneur lui succédait, soit dans ses meubles, soit dans ses immeubles, suivant la coutume, soit même quelquefois dans la totalité de ses biens, s'il ne laissait pas d'enfant.
On appelait formariages les droits et amendes que payait au seigneur une personne de condition servile lorsqu'elle contractait mariage, sans son consentement, hors de la seigneurie, ou lorsqu'elle épousait une personne franche ou dépendant d'un autre seigneur *.
La main-morte était soit personnelle, soit réelle, c'est-à-dire portant sur les héritages. Elle affectait le premier de ces deux caractères en Beauvaisis. C'était quelquefois par la libéralité du seigneur, mais plus ordinairement à prix d'argent que se réalisait raffranchissement. Tantôt il était général, comme nous
^ Sur les mortes-mains et les formariages, Yoyez de Lamière, Glossaire du droit français. Une lettre de dom Caffianx, placée à la suite des lettres d'affranchissement accordées en novembre 1399, par Tabbé de Saint-Vincent de Laon, moyennant vingt florins d*or, à un homme de corps de la paroisse de Bucy-lès- Crespy (D. Grenier, 1. 196 fo 186) en donne la définition suivante : Le droit do formariage consistait en ce que Thomme de corps ne pouvait sans congé de son seigneur épouser une personne de condition libre et afihranchie, sans quoi tous ses biens étaient acquis au profit de son dit seigneur. Le droit de morte-main consistait en ce que Thomme de corps mourant sans enfants de son corps, tous ses biens meubles et immeubles appartenaient à son seigneur.
En constatant que telle était, d'après les diverses chartes qu'il avait compulsées, Ja législation pour les hommes de corps de l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, le savant historigraphe de Picardie ajoutait qu'il y avait des coutumes, où les obligations de ces hommes envers leurs seigneurs se trouvaient uu peu diflTéremment réglées.
Tavons déjà vu pour les serfs de Milly, tantôt individuel. Ainsi, dans le paragraphe que nous analysons actuellement, on trouve à Tarticle de Moienvillers, un Jannot Le Joenne, porté comme affranchi « parmi trente livres que li abés en avait, » tandis que sa mère et ses frères et sœur demeuraient dans les liens de la servitude.
La miniature placée en tête de cette partie du Dénombrement est caractéristique et mérite d'être décrite. Elle représente, sur un fond d'or, d'un côté, à gauche, le comte de Clermont debout revêtu d'une tunique d'azur, semée de fleurs de lis d'or à la bande de gueules, un faucon sur le poing; de l'autre côté, à droite, l'abbé de Saint-Denis, aussi debout, avec la crosse et la mitre en tête; deux religieux l'accompagnent. Au milieu, plusieurs officiers présentent diverses pièces d'un modeste mobilier : chaire en bois, marmite, cuillère, aiguière, poêle à frire, pièces d'étoffe, etc. ; c'est la perception du droit de morte-main. Dans le fond, trois personnages, dont une femme, nous semblent une allusion au formariage.
Nous avons déjà dit comment et dans quelles conditions s'était formée entre les anciens comtes de Clermont et les abbés de Saint-Denis, l'association relative à la perception des mortesmains et des formariages. 427 individus s'y trouvaient encore soumis en 1373, et le dénombrement donne la longue nomenclature de leurs noms. Nous nous bornerons ici à indiquer le nombre des redevables pour chacune des vingt localités entre lesquelles ils étaient répartis :
Estrées-Saint-Denis \ 83; Remin % 103; La Chelle \ 16; Baugy*, 1; Marigny ', 3; Venette ', 16; Moienviller % 118; Bailleul^ 4; LongueiP, 18; Canly ^ 11; Faïel ", 3; Fres-
1 Chef-lieu de canton de rarrondissement de Gompiëgne. L*abbaye de Saint- Denis, qai lui avait donné son nom, y possédait des domaines considérables ; les dix-neuf autres localités se trouvaient groupées autour d'Estrées, dans un rayon rapproché.
*, » Canton d'Estrées Saint-Denis.
♦ Canton de Ressons.
> Marigny-sur-MatZ| canton de Ressons.
< Canton de Compiègne.
' Moyvillers, canton d'Estrées-Saint-Denis.
8 BailleuHe-Soc, canton de Clermont.
9, »o^ 11 Canton d'Estrées-Saint-Denis.
noy S 5; Sachy-le-Petit % 12; Joncquières ', 8; Arsis *, 2; La Campaigne", 1; Saint - Martin - Longueaue •, H; Basincourt ', 3 ; Bottiaux ', 7 ; La Croix-Saint-Oyen *, 5.
M. Huillard-BréhoUes, dans les Titres de la maison de Bourbon, signale sous le n" 3325 A, en lui assignant la date approximative de 1375, un état des serfs du bailliage de Clermont, extrait du rôle ancien par Robert Emeline, clerc juré du dit bailliage, et qui ne peut être qu'une copie de cette partie de notre dénombrement. Mais il existe dans le Ms. Fr. 4,663 (f ■ 83-91) une autre liste datée de 1317 et par conséquent antérieure de plus de cinquante ans. Cette liste, qui s^applique aux mêmes localités que celles énumérées ci-dessus, sauf une, La Croix-Saint- Ouen, comprend 376 main-mortables. La population servile avait donc relativement progressé depuis le commencement du xiv"^ siècle. Mais elle devait complètement disparaître dans le courant du siècle suivant, très vraisemblablement surtout par les affranchissements tacites que multiplia la guerre de Cent ans. Le compte des recettes et dépenses du comté, pour Tannée 1514, aujourd'hui conservé dans les archives de la ville de Clermont, ne contient en effet aucun article relatif aux mortes-mains et formariages.
BOIS DE JUREQUIN.
Cest le nombre des boz et forest de Jurequin appartenant à AP' le duc. (F*> 148.)
Cette forêt *® était située entre les communes de Remy, de Moyvillers et d'Estrées-Saint-Denis.
Le duc de Bourbon y possédait 419 arpents de bois « esquels
** Grandfresnoy, canton d'Eslrées-Saint-Denis.
* Canton de Liancourt.
« Canton d'Estrées-Saint-Denis.
'', B Arsy et La Campagne son hameau, da canton d'Estrées-Saint-Denis.
•, ^ Canton de Liancourt.
s Localité dont la situation nous est inconnue.
• Canton de Compiègne.
w D'après les Comptes de Beaumanoir^ elle avait un sergent ou garde, qui touchait huit deniers par jour.
nul, fors ledit seigneur, n'avait aucun droit en pâturage, ni en bois vert ni sec. »
Item tenaient à ladite forêt cent arpents de bois environ qui étaient à plusieurs personnes : à tous les hommes fiévés du chatel de Remin, au curé de la ville et au chapelain du chatel, auquel bois ledit duc avait toute justice et seigneurie, garenne pour le gros et le menu, et tout droit qu'à ancienne garenne pouvait et devait appartenir, et au dehors dudit bois « tant comme on pouvait getter un cor pour les yllecs » et non plus loin dudit bois.
Item connins de garenne en Jurequin appartenaient au duc.