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absolue qu'il prétendait exiger. Les mesures violentes du chancelier soulevèrent la réprobation générale. Les honnêtes gens, selon leur habitude, commencèrent par protester en masse, pour se rallier ensuite en détail. Tous les princes du sang — à l'exception du comte de La Marche, perdu de mœurs, perdu de dettes et, par conséquent, à la dévotion de la cour — refusèrent d'assister au lit de justice tenu par le roi pour l'installation du nouveau parlement. Ils firent signifier par huissier et publier hautement leurs protestations, dont le comte de Clermont assuma hardiment la responsabilité.
C'est par cet acte de courage et de patriotisme — pour parler le langage du temps — qu'il se réhabilita aux yeux de ses contemporains, dans la dernière année de sa vie; et, grâce aux petites persécutions que lui valut cette fière attitude, il mourut le front ceint de l'auréole des victimes politiques, en odeur de popularité.
Les extraits qui suivent sont tirés du Journal historique de la révolution opérée dans la constitution de la monarchie française par M. de Maupeou , chancelier de France (Londres, 1774. 7 vol. in-12). Quelquesunes de ces notes ont été reproduites textuellement
dans la continuation des Mémoires secrets de Bachaumont.
13 JANVIER 1771. — M. le duc d'Orléans a reçu du Roi une lettre dans laquelle Sa Majesté se plaignait de ce qu'il s'assemblait avec les autres Princes pour délibérer sur l'état actuel du parlement de Paris. On assure que, par cette lettre, le Roi paraissait croire qu'on lui contestait et que les Princes eux-mêmes lui contestaient aussi qu'il ne tînt son autorité que de Dieu seul... Il est public que le duc d'Orléans s'est rendu sur-le-champ à Versailles; qu'il a rendu compte au Roi de ce que les Princes pensaient unanimement sur l'irrégularité, les inconvénients et l'illégalité de tout ce qui venait d'être fait ; que le Prince a terminé la conférence assez longue qu'il a eue avec le Roi, en lui déclarant qu'il ne reconnaîtrait jamais pour Parlement la Chambre actuelle^ et que si le Roi y venait tenir un lit de justice, comme on le disait, il le suppliait de lui accorder qu'il n'eût pas l'honneur de l'y accompagner.
Lundi 18 et mardi 19 mars. — Les Princes du sang, au nombre de cinq, écrivent au Roi une lettre détaillée contre les surprises faites à sa religion depuis le mois de décembre; et Ton assure qu'ils y montrent combien tout ce qu'on a fait sous son nom est contraire aux lois, à la constitution de l'État et à la vraie nature de la monarchie française. On ajoute qu'ils y protestent même entre les mains du Roi contre tous les édits.
25 MARS. — Il passe pour constant que, mardi dernier, M. le duc de Duras, gentilhomme de la Chambre en exercice, a remis au Roi, de la part des Princes de son sang, un mémoire nouveau de vingt pages, où ils reprennent toute l'affaire
actuelle dès son origine, attaquent directement M. le chancelier, dont ils suivent les opérations, en font voir le vice et les contradictions, et finissent par des protestations, entre les mains de Sa Majesté, contre tout ce qui a été fait et contre tout ce qui se fera. Il est à observer que M. le comte de La Marche refuse constamment de se joindre aux autres et n'a rien signé.
3 1 MARS.— On assure que M. le comte de La Marche ayant été voir le Prince de Conty son père, celui-ci l'a très-mal reçu, lui a dit qu'il le connaissait depuis longtemps pour un mauvais fils, qu'il avait fait toutes les preuves d'un mauvais mari, mais qu'il venait d'y joindre la qualité de mauvais citoyen ; en même temps il l'a reconduit jusqu'à son vestibule^ en lui disant qu'il lui rendait cet honneur comme à un Prince du sang, ne reconnaissant plus en lui son fils.
Cette anecdote a trait à la scission constante et authentique que M. le comte de La Marche vient de faire d'avec les autres Princes, dans la circonstance présente.
Du reste, on dit depuis peu que les Princes ne sont pas moins furieux contre le Prince de *** (Dombes), qui n'a paru se réunir à eux que pour les mieux trahir et rendre compte au Roi de tout ce qui se passerait dans leurs assemblées.
3 AVRIL !77i. — On croit savoir aujourd'hui certainement que, sur la lettre des Princes remise à Sa Majesté, le mardi 19 mars, dans son lit, par son premier valet de chambre, Elle a été très-courroucée ; Elle en a fait part au comité de son conseil, et il était résolu d'exiler les Princes. Le Roi, par son silence, paraissait acquiescer à ce parti violent, mais, revenu à lui, il a remarqué qu'une pareille disgrâce jetterait un vide af-
freux aux noces de son petit-fils (le comte de Provence), qu'il se trouverait comme isolé à sa cour; et personne n'ayant osé résoudre cette objection, le projet est resté sans exécution.
1 3 AVRIL. — Le nouveau tribunal, les Chambres assemblées, a été invité, de la part du grand maître des cérémonies, à se rendre à Versailles, aujourd'hui 13, à onze heures du matin, au lit de justice que Sa Majesté doit y tenir.
Les Princes et les Pairs ont reçu de pareilles invitations. On ne sait pas encore ce qu'ils feront. Il y a eu plusieurs assemblées chez M. duc d'Orléans et chez M. le comte de Clermont. Il passe pour constant que ce matin les Princes (M. le comte de La Marche excepté) ont fait signifier au greffe, toujours subsistant, du Parlement, des protestations contre tout ce qui s'était fait et se ferait.
14 AVRIL. — La protestation des Princes est très-vraie; elle est détaillée et contient quinze pages; elle a été signifiée hier matin, comme on a dit, par un huissier de la Chambre des comptes...
Les Princes avaient arrêté, en outre, de ne point se rendre au lit de justice, et ont écrit, le samedi matin, une lettre au Roi pour en témoigner leur douleur à Sa Majesté.
1 5 AVRIL. — Les Princes, excepté le comte de La Marche, ont reçu, hier matin, une réponse du Roi à la lettre qu'ils avaient écrite la veille à Sa Majesté. Elle leur témoigne son mécontentement ; en conséquence, leur défend d'approcher de sa personne et de voir la famille royale; leur permettant, au surplus, d'aller où bon leur semblera, pourvu qu'ils s'absentent de tous les lieux où sera la cour.
{Journal historique du Parlement.)
l30 SECONDE PARTIE
Voici la chanson qui courut à cette occasion sur l'air populaire du Cousin l^ Allure :
Ni venez plus chez moi,
Mon cousin, C'est mon ordre suprême.
Dites à tous mes autres
Cousins Qu'ils en usent de même.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait
Mon cousin En sa sainte et digne garde.
Cela n'est pas bien fort, mais voici qui vaut mieux.
Le chancelier avait aussi son bataillon de coupletiers qui rendaient, à l'occasion, piqûre pour piqûre et chanson pour chanson. Les temps étaient passés où les princes, ligués avec le parlement, pouvaient, en soulevant Paris et les provinces, tenir en échec la cour et le Mazarin; Maupeou le leur fait cruellement sentir.