‹ Le comte de ClermontChapitre 14 sur 33 · DU COMTE DE CLERMONT A M. DE BACHAUMONT · texte numérisé non relu

DU COMTE DE CLERMONT A M. DE BACHAUMONT

De Blarly, ce i8 fuin 1749.

our VOUS répondre sur le même ton, monsieur , il faut que tout le monde porte sa croix; et il est bon de tâcher, quand on en a manqué une lucratipe, d'en attraper une autre honorable et légère. Celle que vous me propose^pour récompenser Billy de celle qu'il a manquée est bien de ce genre, et sans doute il faut travailler à la luy faire apoir; mais je ne sais 51 le moment présent est bon à saisir pour cela; du moins il ne le seroit pas si c*étoit moy qui pût dispenser ces sortes de

LETTRES INÉDITES

grâces. Il me semblerait que je ne devrais

pas récompenser un plaisir qui me serait personnel par un bienfait qui doit n'être que le prix des services que l'on a rendus à mon maître, et dans cette occasion je manquerais d obliger, sans croire nmnquer à la reconnaissance. Il est cependant certain que si cette récompense m'étoit demandée un temps asse^ long après le service qu 'on m'auroit rendu pour que je ne crusse pas qu'on voulût faire troc pour trac y et que la demande qu on me ferait fût fondée sur les véritables motifs qui pourraient me la faire accorder, les bons procédés que prélinUnairement Von aurait eus avec moy augmenteraient mon désir d'obliger celuy qui m'aurait fait plaisir.

Voilà quels seraient les motifs qui me feraient agir dans ces deux cas.

Peut-être que d'autres gens paurroient être retenus aussi par des raisons politiques et qui, cependant, auraient la même base

VR£UlEaL PARTJE

que les miennes. Ils ne voudraient pas qu'on

pût être à portée de leur faire les nienuù reproches que je me ferois si je n agissais pas ainsi que je pous le mande.

Je crois donc. quHl faut attendre quelque temps y et demander pour Billy ce que pous souhaite^, quand je présenteray des mémoires pour demander la même chose pour des officiers de mon régiment. Alors celuy qui dispose de ces grâces se rappellera sans scrupule la- reconnaissance qu'il doit avoir, parce quelle ne sera pas toute chaude, et nous pourrons pdrpènir à ce que nous souhaitons.

Cependant je pais faire quelques manœuvres pour découvrir la façon de penser, à cet égard, de celuy dont nous avons besoin pour être revêtu de notre croix; et si, par hasard, son scrupule ou sa politique ne se trouvaient pas d'accord avec ma façon de penser, /agirais sans attendre.

Soye{ persuadé, monsieur, de ï amitié

LSTTftBS IMÉOITI»

et de [estime particulières que je pous

vouées.

Louis de Bourbon.

Est-il besoin d'afouter qa41 s'agit de la croix de

Saint- Louis à solliciter pour le comte de Billy, aûa de compenser par cette croix honorable et légère la croix lucrative et pesante qu'il vient de manquer en la personne de M'^, Moufle?

Les sentiments si nobles et si délicats du comte de Clermont s'humanisèrent dans la pratique; sans doute il ne trouva pas chez le conlte d'Argenson la rigoureuse susceptibilité qu'il prévoyait, car un mois seulement après cette réponse il adressait au ministre la requête formelle que voici :

DU COMTE DE CLERMONT AU COMTE D'ARGENSON

, De Compiègne, k 17 juillet 1749.

Je vous envoyé. Monsieur j des mémoires pour le régiment d'Enghien; ilyen a entre

PREMIKRt: PARTIF"

autres m pour M. de Billy, qui commande

ce régiment , auquel je m'intéresse fort.

Vous ne sourie^ me faire un plus sensible plaisir que de luy obtenir la croix de Saint- Louis; c'est une grâce que je regarderay comme personnelle à moy, et qui sera accordée à un sujet valeureux, et à qui fay PU faire des prodiges de bravoure et d'intelligence; enfin. Monsieur, je vous le répète, ce sera une grâce directe que le roy m* accordera.

Ne soyei point étonné de l'intérêt vif que je prends à M, de Billy : outre que c^est un excellent sujet, son pèreétoit Premier Gentilhomme de ma chambre et de plus mon ami, en quij'avois grande confiance. En mourant, il me donna son enfant âgé de cinq ans et me pria de luy tenir lieu de père; ce que fay fait. Ainsi, je Vay fait élever sous mes yeux et le regarde comme mon fils.

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Vous connoisseï. Monsieur, la sincère et inpiolable amitié que je vous ay vouée.

Louis d£ Bourbon.

La mort si rapide du jeune colonel ne laissa pas au Ministre le temps de lui accorder cette I^ère marque de sa bienveillance.

DU COMTE DE CLERMONT AU COMTE DE BIIXY

De Compiègne, ce i5 juillet 1749.

e pois avec grand pUnsir, trop

harmonieux Cupidon, que nonseulement vous devenez colonel, mais înéme prenei à intérêt le bien-être des officiers du régiment d'Enghien. En agissant comme pous paroisse^ faire , vous vous attirerez leur estime, et en même temps POUS acquerrei la considération qu'un homme de condition doit désirer Savoir, Cette considération, en exigeant de la solidité dans le caractère, de la décence dans la conduite et de l'attachement à ses

devoirs, ne défend point un peu de liber ti-

nage quand il est bien entendu-, aitisi, que cela ne vous effraye point.

Ceux qui vous ont instruit de la chasse que jay faite , où j ay pris un animal ou une bête , comme vous raimcre{ mieux, ne pous ont pas accusé juste sur l espèce dont était cette bête ou cet animal. Vous me dites que c'est un Hèure que j'ay pris; point du tout, c est un renard, Ccst-à-dire ce n'est pas may qui ïay pris , car je n'y ai pas seulement touché; autre panneau qu'on vous a tendu, en pous disant que je C avois pris. Ce sont mes chiens qui ont eu envie de le prendre^ et qui tauroient pris

s^iis avaient pu [attraper, cependant ils

n'ont pas peu servi à le prendre, et voiçy

comment :

Ce renard, avant que de courir, ne courait point; mes chiens , quon amenait au pas, ne couroient pas non plus et ne faisaient que inarcher pensifs et noncha' lants, ainsi que des chevaliers errants qui

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ne trouvent point aventure. En les découplant, on les a lâchés ; car tant qu'ils ont été couplés ils étoient attachés. Cette manœuvre les a tirés de leur profonde rêverie; ils ont levé les yeux et ont vu des bois, parce que nous n étions pas dans la plaine, mais bien dans une espèce de foret remplie d'arbres, de taillis, de sépées, de ventes, de tailles y de buissons y dépêtrons , de gaidis, de futaies, de halliers, derachées, de trous de lapins y de fondrières , de trous de renards, de rochers, d'étangs, de bourbiers, de boutis, etc. Nos chiens virent donc, clair comme au travers d'un cristal, quils éioient dans des bois saboulés par la nature et non peignés par un jardinier, tels que sont des jardins que le talent du jardinage rend propres, nets et arrangés , selon que Varrangement avec lequel on les arrange fait qu'ils sont si bien arrangés.

Ces chiens, dis-je, qui aiment, ainsi que Le Coupet, la simple nature, sébaudissent

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