‹ Le comte de ClermontChapitre 17 sur 33 · DU COMTE DE CLERMON T A M. DE BACHAUMONT · texte numérisé non relu

DU COMTE DE CLERMON T A M. DE BACHAUMONT

De Beny, l« »s Aovtt 1749.

'avais reçu, Monsieur, une lettre de BiUy aussi désintéressée, aussi tendre pour sa grand^mère , et aussi philosophique que celle que Delpe* mont ma remise de luy, et dont vous avei chargé Sabbé de Bernis. Peut-être serai-je blâmé de vous, sur la réponse que je fais à votre pupille et dont je vous envoyé copie.

Vous avei une philosophie si pure, si douce et si scrupuleuse, que les préceptes que je donne à Billy vous paraîtront peut-être trop analogues au temps présent ; mais il

esi, des cas qui obligent la raison et le penchant à céder -aux usages ùh plie saus^ là poids des circonstances; bien entendu que Voit ne lé supporté qu autant que Ja probité le rend supportable.

Je vous prie de communiquer à Fa* pière ma lettre à Bilfy. ; il est juste quelle connoisse le tendre attachement que son petit-fils a pour elle. Quelle ne luy sache pas mauvais gré de ce quil m* a communique la lettre que son oncle luy a écrite; Billy me regarde comme son père et comme un ami à qui il ouvre son comr, et fose dire qu'il le doit^ : Je joins à la copie de la lettre que j'écris à Billy celle de son oncle que vous pouvei aussi communiquer à jkP" Favière;je crois qu*elle la trouvera comme elle est.

D'ailleurs chargez-vous, je vous prie, de Vassurer que sa tendresse pour son petitfils et celle de son petit-fils pour elle me feront toujours mettre au feu pour l'une

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e/ j70i/r l'autre.

Vous connoisseï. Monsieur ^ mon estime et mon amitié pour vous, je vous assure que la réflexion ne fait qu'augmenter en moy tune et l autre.

Louis de Bourbon.

DU COMTB DE -CLERMONT AU GCMÎTE DE B^LY

D« Btniy, ee Ame 1749.

ans ces belles prairies de Tourpoity aà les ruistêaux serpentent dans rémail des fleurs, habiie une bergère dont tégriment de te poix et le charme de sa composition disputejit en grâces à iéléganee de sa taille et à f éclat de son teint. Des chepeux crépus, roux, gras et pleins de lentes flottent négligent* ment sur son Jront dartreux. Ses yeux sont vifs, petits y et monillés étttne ou deux flstules lacrymales. Sans ses deux oreilles énormes qui arrêtent sa bouche ^ elle feroit le tour de sa tête. Dans cette belle bouche.

sêptm huit chicots dansant forment êHtre

eux m ballet bien dessiné. jOe ses lèpres minces et gercées distille un bitume rous" sâtre et infect, tel que celuy qui découle du mont Véswe quand il exhale lesflam- mes formidables que son sein renferme.

Son menton retroussé est orné de trms ou quatre poireaux velus. Cette noble et se-* dutsante figure donne un grand désir de connoitre les autres beautés que nous cache un fichu de serge verte, un corset de Ber^^ §ame^ et un jupon de point de Mongtie.

Il y a quelques jours que cette char^ mante bergère, assise au pied d'un saule, ôtant bien proprement avec ses doigts la bcme quune de ses vaches aswi aux jarrets, se mit à chanter des chansons de sa composition. Nous osâmes t aborder et la prier de vouloir bien nous recommencer ses chants enchanteurs; mais cette nymphe nous 7'épliqua avec douceur, que nous nous fichions d'elle et que, vrandieuî elle ne

88 PREMIÈRE PARTIE

• chahiott pas comme ça devant le monde.

Nous trouvâmes cependant le moyen de radoucir : chacun se cotisa, F on fit un petit écu qui engagea taimabk bergère à chanter les jolies chansons que je vous envoyé, et quelle nous jura être de sa composition.

T espère que vous me saurez gré toute votre vie de vous les avoir communiquées.

Adieu, Cupidon, vous êtes bien. sûr de mon amitié pour vous. /

Nous regftttons vivement de ne pouvoir oArir

à nos lecteurs un échantillon des chansons de la bergère; mais notre recueil, consulté avec soin, est festé- muet à cet ^gard, cè qui'nous condamne au

silence. • ' ' •

Touryoie ou ^révoy, qui tire son nom ^ comme , Courbevoie, du tm que,fiut la toute à cet endroit, était un petit fief avec maison seigneuriale attenant à fiemy et assis à mi-côte au-dessus de la fiièvre, qui lui servait de clôture en serpentant àu

LETTRES INEDITES 89

aûiieu de riantes prairies coupées de saules et de peupliers. Le comte de Clermont ^vait acheté cette ^igneurie pour en décorer sa maîtiesse, qull titra marquise, ni pius ni moins que la Pompadour.

« .Tounroie, dit une note de Collé, est un petit K castd situé prànsémirât an bout du. parc de

« Berny. M"- Le Duc, maîtresse du comte de « Qermont* Ta acheté soixante*dix mille livres « ou environ, ra bien £ût accoaunoder et bien « meubler. C'est un bien qui rapporté deux mille « quatre çents livres ou mille écus. » .

L'ex-danseuse débuta dans les châtelain^ ayec un aplomb remarquable. Il n'y avait pas trois ans que son nom était rayé des registres de l'Ope raj^ quand elle le tit inscrire sur ceux de sa paroisse à titre de fondation pieuse.

« Le i5 janvier 1745, lisons-nous-dans Tf/iffoire <c du diùcèse de Paris, ^ été faite par la veuve Lauval « une donation pour deux sœurs de chasitsé: et « MP^ Le DuC) dame de Tourvoîe, a donné pour « loger lesdites sœurs une maison qui a ctc ac- « ceptée par la paroisse, et une somme de seize « cents livres pour contribuer à la reconstruction « de ladite maison. Cet établissement a été fait « par les soin^ de M. Fresneauy curé de la pa? c msse. » .

9» MicMièns Fiurr»

Ce# i^eil^^ ^rairi^ TomoU existent encore, plu& . ^ nsàfffw»m piw» li«xttriiËi08t que jamatè. Au* (oQfdîiul oonm alorf , Tupect en M rtvtMnt'tl

justifie on ne peut mieux la mise en scène imagi- * née par le cqmte de Cleaooot* Oa lacottoait ka ^bty'let ratecaux qui tèrfMMitipil défis rteas!

des fleurs, et il ne faudrait pas desespérer d'y rencontrer la bergère et ses vache&. Nous avons tramé cette fnààHt yaUéf , vAiaiît da Miller lat mtim da' Baniy ; aïoiia amis ttsat&m€\ à meidé e^ondrés et cachés SOUS les hiiutes herbes, les ponceavx qui établissaient autrefois une commnnicatioii dimta et fiicfla éntta ks den.- gésidences. •

Ainsi nous avons pu suivre pas à pas le chemin que parcourait la prin^^ pour sa rendre chez sa maîtresse.

Le petit caatil de Toiirvoie est enoore debout au flsslieu de son enclos ù peu près intact ; il a conservé set pièces d'eau et nàne sa tonieUe pinsonmère, maia me havee cheminée empanachée da

fumée annonce au loin que l'industrie a pris possession de ce domaine. Une briqueterie à vapeur 7 est établie. Des deux gtiUes du paxc» ancote Uh lides, Tune s'ouvre du côté de Bemy ; elle est ornée pour le moment de ce singulier écriteau : Dtf$ase dê fMtfir éaiu am prifriéU sovs qsmjQsm t a feaiit

ISÉNtfMI

QUE CE SOIT. Elle était fadit moins revéche : c'est pRT là que M'^ Le Duc se rendait au château et ftomit aofi efliaiit. L'atitft <bniii«sor le chcmia de FMMy t quelques» pêê du village : ci^est par là que la dame de Tourvoie se rendait à sa paroisse et rec«Yaît son curéf le ckaritable M. Frwieatt.

DU COMTt: DE CLERMONT AU COMTE D.E BILLY

A Bcrny, ce 1 1 Janvier, 1750.

e suis charmé, mon cher Billy,

que votre première communion soit enfin faite, puisque cela me donne la liberté de vous avouer la superchérie que je vous ai faite, pour vous engager à remplir un devoir indispensable.

Tranquillisez-vous donc à présent sur^ votre situatioji; elle n'a jamais été aussi périlleuse que je vous l'ai dépeinte et fait dépeindre. Il est sûr que vous vous tirerez de rétat où vous êtes, moyennant une

LETTRES INÉDITES

exacte soumission aux lois que vous prescrira la médecine; et j espère qu apant qu'il soit longtemps, /aurai à Bérny un Cupidon, un peu ?naigrelet, mais en pleine convalescence. Cest alors que nous ferons de la musique, sans trop cependant nous échauffer le crâne.

Pour le présent, chasse^ les idées tristes, vous n^étes^ pas en situation d'en avoir.

, Égayei potre régime, c'est-à-dire par des amusements et riori pas en y manquant; car c'est de son exactitude que dépendra une plus prompte guérison.

Je firiis en vous demandant de me pardonner de pous apoir fait peur sur potre état; mais comme je vous connois, j étois sûr qu'il ny apoit que ce moyen-là de pous déterminer à faire ce que le public exigeait de POUS, et ce qui rétablit potre réputation vis-à-vis de luy.

Adieu j mon cher Billy; à présent, de la gaxté autant que votre état vous le permet-

94 Fiyntes PAms

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ira. Je finis en vous embrassant du meilkur de mon cœur, et je pais boére^ à votre santé, un bon coujp de pin de Champagne tout pur*

Nous ne nous sentons pas le courage de sourife

de cette première communion in extremis et des boul[oilQes exhortations de l'abbé de Saint^Germûn, en présence 4^ unii# iléaoûnMat q^i «tfiwi suivre de si Cest malhenreusement cette lettre si paternelle et si cordiale qui n était qu'une pietijue supercherie. Le comte de Billjr s'éteignit quelques jours seulement après Tavoir reçue, le

19 janvier 1750. Il est plus que probable qu'il mourut à Tabbaye même, puisqu'il fut enterre dans r^Use de Saint-GermatnHies-Prés.

Jean -François- Louis de Billy ne figure pas dans les généalogies de sa famille, dont la branche ainée s'éteignit avec lui. Le Mtrmt éi Frmê^ qui seul nous a donné quelques lénseignements sur son' compte, à propos de sa nomination au grade de colonel et de sa mort prémeturée, pisse soigneiiisaient sont ailenos son Ifs ee la date d«

»a naissance, dans U crainte» j^ans doute, que 911 tlop gtûtidt j^aoesse ne fit piauvaia effet datss li pttMkt Void h note que lui coosacrtle noméro é$ Mars 1750.

« Le 19 (jas^vier), Jean^Friiiçpis^Louis, comte die BUly, cokmel du rlgipent d'Enghien, meunit

à Paris et fut inhumé dans l'église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés. U iivoit servi avec 4^^tioctim pendant toute te iemèrc ^erie» e|^ir avoit donné dans les batailles et les sièges oti il s'est tronvé des preuves d'intelligence, de capacité et dt brvroure qni U font extrêmement regretter. Il tfoit M aide-de^amp de 6. A. S. M. le comte de Clermont, prince du sang.

« Il étoit fili de Je»n*Frisn$oi8» comte de fiilly, Mcftre de canfi deetfileffi, etc«.*f mort à Paris

le 8 juin 1739 , et de Marie-Adélaïde de Favières, fille de Guillaume de Favières, Maître des Comptes, eeâgneur da Pl^eifltATi^eor et autres lieux. •

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