‹ Le comte de ClermontChapitre 28 sur 33 · L'ART DE FAIRE DES PRÉSENTS · texte numérisé non relu

L'ART DE FAIRE DES PRÉSENTS

(aux dépws de ses créanciers PAR LE œMTE DE CLERMONT

{Recueil de Mampas.)

^' Juillet 1737. — M. le cardinal de Bissy^ abbé de Samt- Gennaiihdcs-Prés, est mort à Paris le 26 de ce mois, âgé de ijwtre-viagt-quatre ans. • • . On est iort embarrassé pour le SHCpesitar de cette abbaye qui est de cent soixante mille livres de revenn. M. l^oomte de Clermont, prince du sang, voudrait bien «Itnipcr ce morceau, mais pour cela il iaudrait prendre réellement l'état ecdésiasti<|iie et n'être pas en habit galonné et en épée, comme iievtenant général des armées du roi. Les religieux n'aimeraient pas un abbé dans leur palais qui serait occupé journellement par * Çamargo sa maltriesse, cideviÉt teseine à rOpéra, et pm* des eompa^^ assortis-

sûtes; anssî'diiw» 6»4mP»rky» !» foi-avdl èuni cUto' abbaye au comte de démolit il hèbayt de Mottinartre à MDe Ganargo.

(iemelif BerNcr.>

! 5 AOUT 1737. — Extrait du Gallia christiana {SeriÊf

Abbatum Sancti-Girmanb,,

LXXXVI. —LUDOVICUS II DR BOURBON-CONDÊy • dictus COMES DE Clermont, û Rege proclamaUis A b bas y ingenti conventus et congrégation! s gaudio, die i ^ Augusii 1737. abbatiis S. Ciaudiiy Majons-MonasUm ci Caricampi abdicatis* Bullas accepit Roma datas Vif cal. Srptcmbri ejusdem annl; qu'i-^ bus de more kctis et pubiicaîisy in majori B. Mar'ut Virglnls oratorio^ ob impcdiiiini Capaahim, Abbatut poiscssionem apprchendlt dicscptlma Stpkmhns, per procuratorem R, Paircm Dom. Rcna^

tm Laimu^ conmsfitioaU Saactk-Mam Stwmortm Qtatrakm. Le couplet suiTant d'un noêl de la Cour prouve

que cette nomination ne réjouit pas moins le public que la docte congrégation de Saint-Maur.

Comme dans tous ke noib eatiriquee, les i«* gneurs et daines chansonnés sont censés adresser la parole à l'enfant Jésus en venant le saluer dans la cfdche*

D*am ricki akkefé

A U gûtâxmm " Dès hngtmpi ièmi^

SECONDE PART IF

CUrmiU hùdu: 9^ Cousin mes afftàru ïWKt Mités : « Un quart ds mUliott

Don don»

c Par an me d^êun,

La la,

« Ma màtfrtSHtt mts dittts* »

(Recueil de M au repas.)

L'abbaye du Bec*Hellouiii , près

Rouen , valait. 55,oooliv.

Chaalis y près Senlis 36,ooo liv.

Cercamp) diocèse d'Amiens. . • • 30|000 liv.

Biusay, diocèse de Nantes 3o,ooo Uv.

Saint-Ciaude en Franche-Comtéi . 27,000 liv.

Marmoutiers , diocèse de Tours • • ao^oooliv.

Total 198^000 liv.

représentant le produit régulier des manses^ sans

compter le casuel et le tour du bâton qui augmen* talent sensiblement ce chiffre déjà respectable*

Tel était le revenu des bénéfices du Prince quand il obtint l'abbayedeSaînt-Germain-des- Prés, don* nant à elle seule 180,000 livres de rente; mais il dut résigner, en recevant u morcmit Saint*Gaudei Mannoutiers, Cercamp et Buzay ; la première fut sécularisée et érigée en [évéché, la jseconde réunie à l'évéché de Tours.

PREMIEftE PERIODE

Son lot se réduisit donc à:

Saint*<jermain-des-Prés .

Le Bec-Hellouin

Chaalis

iSo^QOolîv.

« 55,000 Hv.

. 36,000 liv.

Total

271,000 liv.

Tiois cent mille livres au moins, avec la feuille

des bénéfices attenants. Ajoutons-y pour l'avenir 70,000 livres du gouvernement de Champagne et de Brie que le roi lui donna en septembre 1751, et nous trouverons que la dotation du Prince se montait à 370,000 livres au bas mot» Ce représente bien 1^200,000 francs de nos jours.

Octobre 1737. -—L'abbaye de Saiiit--Gerinain-des*>Pré5, qui n'était afermée da temps de M. te cardinal de Bissy que 156,000 livres, futaffermée il y a quelques jours 180,000 livres par M. le comte de Clermont; outre cela même, il y a des prés

réservés et les fermiers lui fournissent paille et avoine pour

ses cht^vaux. On lui avait offert jusqu'à 193,000 livres; mais les gens n'étaient pas a^^tz ^ulvables.

{Mimoifts du duc dt Luynts,)

146 SECONDE PARTIE

A M. LE GOMTB DE CUaMOm

Plaçet pour le Suisse de son prédécesseur.

Un 'lin dont ïâmt a du corps^ Un animal soi-disant homm^y Mais pure machine à ressorts, Véritable automate : en somme ^ Un smssgy et^ pour vous dire qud Et désigner du personnely Un suisse que Maurice on nomme.

Empruntant Porgane et la voix D'un faiseur de verSy autre espHc * Plus déraisonnable cent fois ,

Supplie humblement votre Aliasit

Dont le cœur est si généreux^

De lui laisser le poste heureux

Où sa figure ferme et rogue^

Sous le cardinal de Bissy

Aj sans reproche Dieu merci,

Fait vingt ans le mcûcr de dogue.

Eh quoi } fera-l'il pour jamais

Ses tendres adieux au palais

Si lonf^lenips commis à sa garde ^

El, ne pouvant retrouver mieux

De quelque côté qu^il regarde,

Portcra-t-il en d'autres lieux

Sa moustache et sa hallebarde^

Inabordable épouvantail

D'un nombreux et maudit bétail

JNomaU jààmx (dofU Du» vous ffotdt, l) »

Ammw^ les pins ii im

Sms €ttu êssiêgu* la porte

lyutt Pmut ûjjkbk miUaH qui ftm f

Maurice en fera la enrèt^

Argus pour les bien épitr^ Cerblrt pour lesaboyerf Pour Us rtpùussir Brkréc.

(ŒUVRBS D'ALBXIS PIRON.)

AVtNKMENT DB MADEMOISELLE Ll DUC

Mars 1742. — M. le comte de Clermont, prince du sang, abbé de Saint-Germain-des-Prés, avait depuis sept à huit ans pour maîtresse MM« Camargo, fameuse danseuse de l'Opéra, d'où elle était sortie; elle faisait sa résidence dans le château de Berny, terre dç l'abbéde Saint-Germain, maison n'en parlait plus. M. le comte de Clermont a changé de maîtresse; on dit même que la Camargo^ adonné les mains pour sortir de l'esclavage où elle était. Ce prince a pris Le Duc, autre danseuse de l'Opéra, qui n'est pas jolie mais bien faite, et il Pa enlevée au président de Rieux, fî!s du grand Samuel Bernard. La Camargo, qui aime infiniment la danse, est rentrée à '*Opéra, peut-être aussi comme asile de protection. Le présicent de Rieux, pour se venger du tour qui lui avait été fait, a déterminé avec de l'argent Camargo à i'écouier. Cela a fait du bruit dans Paris; le président se ruine avec cette conduite.

[Journal de darbier,]

146 taCOllDS METIS

Bien que nous soyons fondé à la déclarer en grande partie apocryphe» nous ne pouvons nous dispenser de citer une anecdote publiée dans la Décade philosophique du 20 fructidor an V, par le ci* toyen Selis, qui l'étaye du témoignage d>A.lexandre Finet, ex<»va]et de chambredu duc d'Aumont.

Que M"* Le Duc ait dù le jour à un suisse du Luxembourg et ait commencé par servir les écots de la guinguette paternelle; soit. Que le roi Louis XV, avant de la chansonner comme nous le verrons tout à l'heure, l'ait honorée d une passade; rien de mieux. Mais que le comte de Qermont soit venu par hasard la dénicher sôus sa tonnelle ; qu'il Tait fait ensuite entrer à l'Opéra, lui qui n'avait rien de plus pressé que d'en £ûre sortir ses maîtresses, fiissent-ellesi comme CamaigOy des étoi->

les de première grandeur; ceci devient invraisemblable. Aussi sommes-nous en mesure de le démentir, et même de prouver que la demoiselle s'était déjà signalée par d'innombrables exploits quand le comte de Clermoat la remarqua et la cueillit, parfaitement épanouie, en plein parterre de l'Opéra.

Aiexanûre était Pami de Lebel, proxénète de Louis XV, lequel l'employait à des commissions galantes. Un matia, jour d'hiver,ààaq heures précises, Alexandre se fendit, suivant t'or>,

PREMÎKRK PÉHIODE

dre qu'il en avait reçu, de Versailles à la porte du Luxembourg, rue d'Enfer. Il frappa deux coups, et une femme enveloppée dans un grand mantelet parut, accepta son bras, et s'élança dans la Toiture : il y monta après elle. C'était, comme il l'apprît bientôt «d*elle-mène, Le Doc, fille du suisse. Il est diffidte de ne pas soupçonner ijoe son père et sa mère étaient de connivence.

Thérèse éuKdaos sa fleur, elle était d'une beauté accompite. Ses amours a?ec le comte de Clermont venaient d'éclater.

Un jonr, ce prince du sang étant allé, par hasard et après avoir caché son cordon bleu et sa plaque, se promener avec quelques uns de ses familiers dans ce jardin public, fut attiré par un bmit de gens de bonne humeur qui chantaient et riaient vers l'endos oh le père de cette fille, en vertu d'un droit de sa place, donnait à mang^ et à boire. Le Princey entra suivi de son monde. La fille de la maison^ frappée dn ton et des manières de ces inconnus, servît cet écot, et ce fut avec tant d'attentions, d^airs de pré^rence, de pudeur vraie ou bien imitée, de gr&ces, de réponses gaies qui furent trouvées spirituelles, sa phy« siottomie et sa taille eurent tant d'occasions, dans ses allées et venues, de se montrer avec avantage, que le comte, enivré de ses charmes, lui déclara impétueusement qui il était, et qull l'aimait. Ce n'était pas un mensonge. Nos sexagénaires savent qu'il lui lut toujours attaché. Il ne tarda pas â la combler de biens. Il a eu d'elle beaucoup d'enfants. Il lui donna dans un accès de jalousie un coup de camf dans le îmat et il la fitniar< quise.

Suit le récit d'une orgie dans laquelle âgureat à côté d« la demoiselle Le Duc et du roi, protago»

nîstes : le marquis de Chauvelin, k comte de

Saint-Florentin ) les ducs de Duras et de Richelieu.

Cette scène peut être vraie, bien qu'elle n'en ait pu IW^suusftilefondderaiiecdote^tadimssiblei à la rigueur, les détails en- aont de tout» firatseté. \ D'abord il est fort probable que le nom de Thérèse n'appartient pas k Le Duc cadette, maîtresse du cqmte de Oennootyinaii à sa sœur aînée, qui suivit la même carrière, avec un bien moindre suc- , cès : nous donnons plus loin le programme et la relation de plusieurs divertissements organisés à fieitiy pourlafilideMadimis^; or, c'estàlaSainteélisabeth (19 novembre), et non à la Sainte-Thérèse (x5 octobre), que se rapportent toutes ces solennités.

D'ailleurs nous possédons sur les deux dcmoi- ; selles Le Duc des renseignements fort précis, et que nous pouvons en toute sûreté opposer, au roman de Selis. Ce sont deux de ces rapports de police commandés pour distraire le roi et qui contiennent sur les intrigues amoureuses de la Cour et de Paris des révélations si pi- 1 quantes. L'un acte fourni en lySo par un espion | qui signe de La Janière ; l'autre a été rédigé en 1 753 ^ par rinspécteur Mmmr* Xous deux sont à peu prés identiques ; nous ne reproduirons donc que le ' second, mais nous donnons en note les variantes in-

téressantes et les passages supprimés par Meusnieri qui n'a fait qae mettre en œuvre, à tnns ans d'intervalle, le travail primitif de son agent.

RilPPORT DE L'INSPECTEUR DE POUCE MEUSMIER

SOK MKSDB1IOIBBLL18 LB DOC

Da 39 juillet et i^août ij53

Le Duc sont les filles d'un suisse du Luxembourg de la porte de la rue d'Enfer. (Cest actuellement Underwal qui tient ce poste, j Elles ont été c... presque en naissant. A l'âge de treize ans un chirurgien nommé Récolin débaucha l'aînée, et comme elle était gênée dans ses rendez-vous par sa sœur cadette, elle ne trouva pas de meiileur moyen pour se donner plus de liberté que de ia débaucher aussi. Elle l'accoupla donc dans ce temps-ià d'un nommé Lambert, laquais ou valet de chambre de je ne sais quel seigneur. (Il est actuellement attaché au prince de Turenne.) Ensuite chacune tira de son côté. Bientôt après elles quittèrent la maison paternelle et se livrèrent au premier venu; et il y a bien des gens que l'on conaaît qui les ont eues pour trois livres et pour six livres.

Après avoir bien barboté, l'aînée fut présentée par la dame Pou-

jct (fameuse m qui demeurait alors au Pont-aux-Choux) au

sieur d'AraoBCOUiti fermier général, qui la trouva à son gré et lui donna, contre son ordinsire, de quoi se mettre dans ses meubles. Le financier continua pendant quelque temps ses bienfaits; lorsqu'il l'eut quittée, le comte de Messé, guidon des gendarmes de la garde (taé à la bataille d'Ettiogeo) , la prit à son servtee.Cesdettz amants s'aimèrent récipro<|Qement, et, quoique le comte ne fftt pas rîdiei sa maîtresse le garda et Ini fut fidèle jisqtt'àsa mort.

SECONDE PAKHB

Après celte perte, la demoiselle Le Duc détailla beaucoup et fit ensuite la conquête du duc de Lesparre (alors colonel de Bourbonnais, aujourd'hui duc de Grammont), avec lequel elle vécut deux ans; mais elle ne s'enrichit pas beaucoup avec lui, car non-seulement il ne lui donna rien, mais encore il lui mangea le peu qu'elle avait ^ et, lui ayant fait pour l'en dédommager un billet de 14,000 livres, il eut l'Ame assez basse de profiter d'un de ces moments dV/ressc où on s'oublie soi-même, pour lui tirer de sa poche la clef de sa commode et lui subtiliser le billet qu'il lui avait fait.

Le Duc le quitta après cette escroquerie, et bientôt après elle s'amouradia du chevalier de Bédé, fils du président au parlement de Rennes, jeune offider aux gardes, qui Taima beaucoup. Mats die était faite pour porter malheur aux personnes auxquelles elle s'attachait : le pauvre Bédé fut tné la campagne suivante, et sa vieave fut inconsolable de sa perte. On ne vit jamais un pareil désespoir ; elle voulut s'empoisonner et avala, dans sa rage, une fiole d'encre qu'elle trouva sous sa main. Cependant le pauvre défunt ne vécut que trois ou quatre mois dans la mémoire de sa maîtresse, et le duc de Lauraguais trouva moyen de le bannir de son cœur et de prendre sa place. Cette bonne fortune ne l'enrichit pas encore ; elle n'était pas heureuse en ducs et en eut beaucoup d honneur et peu de profit.

Celui<i, après lui avoir fait quelque bien, la quitta au bout de six mois, après quoi elle n'eut plus personne de fixe et vécut au jour la journée ; et sa sœur cadette, qui commençait dès lors à être une grande dame, se croyant déshonorée par une con*duite pareille, la retira chez elle. EUes vécurent ensemble pendant dix-huit mois ; mais l'atnée s'étant amourachée de Bernard (rue Neuve-des- Petits-Champs, à l'h6tel de Mazarin), secrétaire général des dr^ons [c^estk pol(« GtntU-Bemard)^ et se

trmnranl trop gênée chestasœur, elle se bronilt tvec die, la ^Kta ctfeconiiieiiçi à ditaiHer de plus belle. Elle vécut de la sorte jusqu'en 1749 et fit la connaissance de M. Viard de Moleron, gendarme de la garde, joueur, mauvais sujet, qui fît semblant de vouloir 1 épouser et entreprit provisoirement jsur le sacrement (i).

Enfin le comte de Clermont et sa sœur firent tant par les persuasions qu'ils l'engagèrent à venir demeurer avec elle. V^ard voulut continuer ses visites, mais on lui proposa de ne plus la voir ou derépouser; il trouva l'alternative un peu dure et choisit le prefnier parti. Le duc de Lauraguais voulut aussi reprendre ses anciens droits, mais le Prince lui a fait entendre que la maisôn de sa maîtresse n'était point faite pour ces sortes d'intrigues; cela même les brouilla en quelque façon ensemble. Depuis ce temps-là, Mii« Le Duc vit fort sagement avec sa sœur et on ne lui connnaît aucune aventure.

M"* Le Duc l'aînée a trente-cinq à trente-six ans (175 3); il yen a quinze qu'elle est dans le monde. Elle est petite, mais bien prise dans sa taille; elle a la gorge belle, mais sans son teint et ^es yeux elle serait fort laide. Jadis elle a eu deux enfants, l'un du comte de Messé, et l'autre du duc de Lcsparre (Grammont). Elle jouit d'un millier d'écus de rente, et le comte de Clermont a promis dix mille écus et sa protectioo i quiconque voudrait l'épouser.

. {■) «Ce Vind cit m préteur sur gages. Il a vécu fort longtemps avec

la Saînt-Cyr, qui a eu tant d'affaires avec la police. Il y m 3 biçn d'autres de sa troupe qui s'en mêlent, et lui m'a causé pendant quelque temps, mâis quand il a fallu en venir à des arrangements sérieux, il a wt|^ du nez et s'est dédit. » (Rapport 4ê Ujaràbrt.)

Cette police cancanière, ainsi rcduilc au role d'espionnage scandaleux, recrutait ses agents dans toutes les classes : des officiels et soldats aux gardes; des abbés, des moines mendiants, les laquais, les aiffrefins, Tcf jenUcmetlinfai, et surtavt lesiiyMvif detmfapvi d|i fiuei» étttoit iCi iastipraeitts ofdinairà

t M PSMOISHJLK lA DUC C4MTm ▲urmouDiT om UALTBS8B

Ci-devant danseuse à l'Opéra, demeure rue de Richelieu, près le boulevard. Elle est grande, brune, bien iaîte^ point jolie; en revju^che on lui donne de Tespht Agée au moins de trentequatre à trente-cinq ans (i 75 J*ai dit que sa sœur, pour avoir plus de liberté dans ses rendez-vous avec Récolin, l'avait accouplée avant l'âge de treize ans avec un nommé Lambert, beau garçon, alors laquais ou valet de chambre d'un seigneur étranger dont la tradition ne nous a pas conservé le nom. (Ce Lambert est actuellement attaché au prince de Turenne; c'est lui qui veillait sur la conduite de la demoiselle Verrières l'aînée, sa maîtresse, lorsqu'elle demeurait rue Montmartre. Pour répondre même plus sûrement du trésor qui lui était confié, il couchait dans une chambre k cût4 de U sienne» et ie aoù que le, drôle mangeait le lard.)

Bientôt après les demoiselles Le Duc ayant quitté la maison paternelle, la cadette dont il s'agit ici passa d'abord ainsi que son aînée sous la majeure partie des laquais à la qiaïaitatae (domestiques ambulants qui roulent dans les hùtàn garnis). Cette épooue leur fut même rappelée publiquemèat par U demoiselle Mortagne, un jour qu'elles se promenaient aux Tuileries avec M. de PoUgnac, p^er gentilhomme du comte de Clermont (c'était le a ivin 1749, jov de Tocuve de la Fête-Dieu), ^ mhrt égayer et aamser ces demoiselles aux dépens, d^ la Mortagne. Mais le bon mot coûta cher à cette dernière, car elle fiit arrêtée de l'ordre du roi et conduite i l'hôpital le a fviHiltiiviMti ainsi que Polifnac le loi avait promis. Néanmoins, grke aaz bontés du magistrat qvî veille avec taaide "HUilaiwt sw tMtai ki parties ^ peuvent iatùresser sa )iia-

PREMIÈRE PÉRIODE

tkc, elle n'y est restée qu'environ un mois ou cinq semaines.

Pour revenir à la dcniuispHe Le Duc la cad'i'ltc, après avoir été longtemps aux pièces de vingt-quatre sous, quelquefois à meilleur marché, elle trouva le sieur Desbrosses qui lui fit quelque bien avec ce secours elle prit un maître de danse, par le moyen duquel elle fit la connaissance de Malterre^ alors maître des ballets de l'Opéra, qui la ût entrer au Magasin et lui doona lui-même des leçons.

Ce qu'elle retirait de DesbrosseSj joint aux petits profils de son détail (car il s'en fallait, dit-on, de deux ou trois douzaines d'autres que Desbrosses ne fût seul), la mit en état de se dèbarboni lier et de s afficher sur un meilleur ton. Effectivement, peu de temps après elle fit la conquête du duc d'Epernon (Louis de Pardaillan de Gondrin, petit-£lsde M. le duc d'Antin, surintendant des bâtiments du roi), qui, Tayant vtte à la messe aux Feuillants, U trouva à son gré et la fit suivre par im de ses laquais qui lui proposa un rendez-vous de la part de son maître. La demoiselle n'eut garde de Refuser cette boooe fortune; le duc d'Epernon soupa avee elle dès le soir même et la prit en 3êm\t'\è. Comme il avait beaucouj^de crédit à l'Opéra, dont le duc d'Antin son aïeul avait en jadis la direction, il l'y il entrer* Cétaît vers l'année 1732 on 17)3 (i).

( i) «Cesllà précisément que eonmeiice l'époque de son bonhenr.

Ce futlecômtr de Furnel, ntii est un g-nTilhomnie du Languedoc, autrefois richç de cent vin^t miiie Ir.Tcs de rente (qui a pour fils le comte deFumcl, âctueUemeni colonel du leguneni Ue b umel-cdvaleriel.Cefut «fcme le comte de Fiund, fort riche et fort généreux, qui rébandu. il fit tous ses efforts peur enrichir sa nouvelle maîtresse et I:i mettre en état de figurer avec ses compagnes.» (Sii/f r r i fi 1 ; Saint-Gcrmain.)

{^Rapport de LajanUre»)

La carrière anistique de M"* Le Duc ne fut ni lengue ni brillante, tes

histoires du Théâtre la mentionnent à peine. Vcici le court article que lui consaae le Dictionnaire des théâtres de PanSj des frères Parfaict I7î6j : a Mi'e Le Duc, danseuse de l'Académie royale de musique, après

A ptiaey iut-dle installée <|o'elle débuta par nu coup d'éclat,

en enlevant à la Saint-Gerroaîn, sa compagne^ qui paasût akws pour la plus jolie jî//« du tripot, le marquis de Vassé son amant.

La Saint-Germain en fut au désespoir. Après avoir en vain nùs tout en œuvre pour ramener son infidèle, elle s*en prit à sa rivale, et, l'ayant attendue à quatre heures sur le théâtre de IK>péra, qu'elle choisit pour son champ de bataille, die lui sauta aux yeux dès qu'elle la vit venir. La Le Duc, qui n'avait pas plus qu'elle les mains gourdes, se mit en défense et lui riposta de la belle façon, en sorte qu'elles avaient déjà eu le temps de se bien tignonner lorsqu'on vint les séparer. L'affaire ne fut malheureuse à tous égards que pour la Saint-Germain : non seulement elle perdit son amant, mais les coups de griffes qu'elle reçut de son adversaire l'empêchèrent pendant plus de huit jours de paraître sur le théâtre. La Le Duc en fut quitte pour quelques poignées de cheveux et dansa à son ordinaire.

Après cette aventure triomphante qui lui fit beaucoup d'honneur, elle devint !a fille du spectacle la plus à la mode. Le marquis de Vassé étant mort (en 17:14, en Italie\ elle mit ses faveurs à un si haut prix qu'il n'y eut que le président de Rieux en état de les payer. Des bi|oii\, 80,000 livres tant en meubles qu'en vaisselle d'argent, furent le pot de vin du marché qu'il conclut avec elle. Par la suite il fit en sa faveur bien au delà de ce qu'il avait fait pour ses autres maîtresses. Leur union ne lut point loiructueuse ; au bout d'un an^ c'était en 1 740» la deavoir dansé dans les ballets dès l'année 1736, fut ensuite chargée de

auelques-unes des principales entrées, qu'elle a exécutées avec appiuulaiement, jusgtt'ancommendHncntciel'année i742.Retiiéedtttlièitre.9

Dans le cattlogue des opéias, pnbUé à b fin de VHistoin de ï^ûcaii'

mie royale de musiaue de Gilbert (iii-8, I7$7), M"^ Le Duc ne figure parmi les actrices dansantes que pour la reprise de Cadmus (i7}7) pour le Ûardaaus de Rameau, représenté le 19 novembre 1739; mais on icacoDtie aises iQOvait son nom dans ks ilbnOldtt temps.

IBQfselle Le Duc accoucha d'une fille dont die prend beaocQiip ' de soÎD. C'est le seul enflât qui soit proveBU de cette mtn^(i)« Le président vécut encore assez tranquillement avec sa maîtresse jusqu'à la fin de 1741 et il continuait de Taccabler de bien, lorsque le conte de Cleraiont^qni avait la demoiselle Camaigo» devintamoiueiix de la Le Duc, D'abord ce neivrent que de petiu soins, ensuite on en vint à une déclaration en forme. La belle se fit prier longtemps, objectant tonionn, et ilbur raison, la reconnaissance qu'elle devait aux procédés généreux du président. Ce mobi]e«.plus fort que son ostentation, ne rebuta pas le Prince; après avoir fait mouvoir toutes sortes de machin neSi il lui déliMlia l'abbé Le Blanc, qui la détermina à donner unrendex-vottsan Prince (2). Le mariage y fut^ dit-on, consom* mé, et il continua i la grelucbonner pendant quelque temps; souvent même il était réduit à se cacher ou i se diérober par une fousse porte lorsque le président, qui en savait bien quelque chose et qui était assez fou pour vouloir lutter contre lui, arrivait* Mais enfin, rebuté de jouer un personnage qui ne lui convenait pas, il signifia un jour à la demoiselle Le Duc qu'il

(1) Nous uouvons ici, dans le rapport de Lajanièfe, une accusation ^un aêtre genn portée contte MU« Le Duc, qiii aurait en pour eonplices la demoiselle Antonia, son ancienne rivale la Saint-Germain, ti cetera. Ces détails appartenant exclusivement 5 la chronique de Lesbos, nous imiterons la réserve de Meusnier. qui a cru devoir les épargner au chastes eidUet de M«« de Pompadour.

(2) « Son Altesse» lassée de ces tetardements, détacha après elle la Martm, qui est nne femme d*intrigoe assez jolie, qui a épousé le nommé Boulay, grand coquin et grand m (au service surtout de M. le

maréchal de Saxe^^, et la Delorge, qui est une ancienne fille des chœurs de l'Opéra. Ces deux femmes, unies avec le sieur Boulay, firent tant par kun Miuz raiionnenenii quHfl omcluient ce mariage ébauché et firent chasser l'Infintnné président, qui en fiitinconsolable.» (Xe^pert it Lajanière.)

A cet estimable trio le sieur Meusnier suUtitue l'abbé Le Blanc tmu seul. Il avait set nisMa lana doute pour lui rendre ce bon office.

i9S laMm ««m»

* fiilik absolMioit congédie^ le pféndkBt, d mfmçf^ wêm cé demifir de lui Uàtt m aanvait pntî osait jamais rawttre les ]Medfi dMB sa naltresse.

Le pauvre présidciit fat pétrifié; fluis <|iielaîfe contie in' rifal de ce raag, et capable swtottt d'effectuer ses promesses ? Il prit donc le parti le plus sage, ce fut cekit de se retirer, et» po«r iûre^ creier de dépit soo infidèle» il prit à ses ga^ ges ia demoiselle Camargo, que le Prince venail de quitter, el d'entrfie de jeu il lui envoya une écudle dk>r avec sa soucoupe de même méat et nulle hrais i*w dedans. De proposer id qne la demoiselle Le Duc fnt insensible â te trait qui caractérisait le président, ee sénat imposer, elte qui a tottjonrs été fort intéressée. Mais les regrets devenaient inutiles, elle était entre les mains d'un boaune qui ne lâdte pas prise aisément lorsqu'il se pique au jeu ; et m^ne, pour mieux assurer sa conquête , on veut que le Prince, par le conseil de Tabbé Le Bla ne, plus docte sur cet article qu'en matière de religion, emprunta À sa maîtresse tout l'argent qu'elle pouvait avoir alors (i), qu'il lui a à la vérité bien rendu au centuple dans la suite. Outre que l'on prétend qu'elle lui coûte plus de 20,000 livres par an.

Dix- huit mois après, la demoiselle Le Duc accoucha d'une fille qui est morte il y a trois ou quatre ans (c'est-à-dire en 1749). Cet incident redoubla la tendresse du comte pour sa maîtresse. Elle devint absolue dans sa maison et fit tout ce qu'elle voulut. Les personnes même de qualité qui composent la cour du Prince se sont accoutumées depuis à plier sous les caprices de cette fille , et ont pour elle toutes les déférences qu'on aurait pour une honnête femme.

Depuis près de douze ans cette union se soutient avec tous les

(i) « Mais la dcmoîselle Le Duc était assez riche. Elle avait pour plus df trois cent cinquante mille livres en argent comptant OU en effets quand le Prince la pnt. » {Rapport de Lajanièrt.)

jy É MMiii ts ég la wfmté, et II l'y a e» qifiiM légftM aMr»- ' tioatei leirsamm,ooeiM«iêe paf Ik dm aujourdlitti danseuse à l'Opéra, avec laqodle 1» conte s'amiaa à l'aiwée pendant la campagne de 1 746. Mab et ftit m (ira de paiNt : à son reloar à Paris, il est ratré son letJoisde b d«MMI« Le Duc.

EHe est propriétaire de ta fluason qu'elle occupe rue de Mchilita, et elle la tient des bienfeits du Prince.

[Jomâléi foUa^ inédit.)

Mabs 1743.*- Le jeudi 22 mars 1742, la demoiselle Le Duc, ci-devant imdtresse duprésideatde Rieui,allaseproBiener aux tinlbres de Longcbamps dans une calèche de canne peinte en bleu, et tous les te en aiigent, attelée de six cbevaux nains pas pins gros que des dogues : un pedt postillon etun petit bussaid richement babiiléSi l'un en veste rouge toute couverte de galons d'argent avec une plume bleue au chapeau, l'autre en robe bleue, le sabre et le bonnet tout garnis de plaques d'argent La Le Duc tenait les guides des chevaux et était escortée de deux valets de pied déguisés.

Le faste de cet équipage était une galanterie de M. le comte de Gemont, abbé de Saint-Germain^ dont il régalait la vanité de la Le Due, qui remplissait auprès de lui le poste de sultane favorite dont [ouïssait la Camai^go sur la fin de l'année 1741,

La déttse de la fite répondait i cette magnifique gabnterie

par un habillement encore plus riche et plus galant, en bleu et argent; elle avait pour compagnes, dans sa calèche, sa sœur et

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la Cartou. Plusieurs autres actrice» remplissaient trois carrosses de la suite de madame l'abbesse^ et portaient ses couleurs en bleu et blanc. -

Tons les coureurs de Longchamps, à cheval, e» carrossea et en calèches, firent cortège à cette troupe de vestales, autant par curiosité qne par amusement. Le chevalier de Laagle» mousquetaire, se promenait dans un petit fauteuil de canne attelé d'an cheval, et voltigeait tantôt derrière, tantôt à côté de l'équipage de la déesse, suivant la rencontre et la largeur du chemin, et lui disait en passant des badineries galantes. Dans va moment où sa calèche côtoyait celle de la Le Due, le sieur Rollandy'd-devant écuyer aux mbusquetmrcs, et fuî ce jour-U faisait les fonctions de chevalier d'honneur de la reine de laiéte, s'allongea pour donner un coup de fouet au cheval du sieur de Langle, afin de le détourner ou de Vempécher de passer devant. Le mousquetaire, piqué, poussa son cheval et atteignit Rolland d'un grand coup de fouet qui lui embrassa les épaules , dont il murmura, sans aucun sîgue de vouloir en tirer venginace. La Le Duc s'écria : « Mais fi donc, monsieur L.* Mais cela est « épouvantable I Est-ce que vous ne connaissez pas l'équipage «du Prince?

a — Je sais, mademoiselle, le respect que je dois au Prince; « mais quand des gens comme vous et comme cet hommelà me « manqueront, je saurai les faire souvenir de leur devoir. »

Heureusement que cette affaireen resta là et que la maréchaussée ne s'en mêla pas : il y avait là plus de deux cents mousquetaires, et plus encore de ceux qui veulent le paraître, tout prêts à mettre Tépée à la main pour soutenir le parti du chevalier, d qui chacun seinbkiit offrir ses services par l'empressement qu'on avait à se ranger autour de lui.

On n'a pas épargné les brocards et les chansons au comte de Clermont ; le roi même lui a marqué qu'il était mécontent et scdudaii:^é.

une afficke qu'^w a €ûte à ce sujet :

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