CAMPAGNES DE I744 A I
Nous touchons 'à la plus brillante époque de la carrière militairedu comte de €lerm6fit« Danscette guerre de la succession de l'empereur Charles VI que termina glorieusement le traité d'Aix-la-Chapelle, il montra non-seulement de la valeur, mais encore du talent pour la guerre de si^es. Il est vrai que le marquis de Valions, son major général, prétend s'en attribuer à peu prés tout le mérite; sans vouloir trancher la question , nous nous bornerons à faire observer que cet officier distin gaéf qui sut conquérir par de longs et importants services le grade de lieutenant g^ral, était d'origine méridionale. Ses Souvenirs, récemment publiés, nous ont été d'un précieux secours pour éclairer le côte militaire du comte de Clermont. Le journal de Barbier nous a fourni aussi d'excellents ren*
aeignemeiitt sur toutes ses cùniNigiies. Barbier,
bien que paisible avocat au parlement, avait des parents aux armées qui le tenaient au courant des opérations de la guerre, et même de la petite chronique du camp, mieux renscigncc souvent que les relations officielles. Il cite deux de ses correspondants: M. Barbier de PUchancourt» attaché au ré^^ent de Custine, et M. de Courbuisson, brigadier, lieutenant colonel du régiment d'£u. Aussi le trouvons-nous parâdtement informé et capable de soutenir le contrôle délicat des Souvenirs du marquis de Vaitons.,
Novembre 1 74^. — A présent que nombre d'officiers sont à Paris, on apprend des nouvelles de Tarmée... l'ai entendu parler par des gens de condition de M. le duc de Chartres. On n'est point content de sa conduite, indépendamment de bravoure que ces gens-là comptent comme de droit... point de table , on ne mangeait chez lui que prié, et cela ne se faisait pas honorablement... On se loue furt. au contraire de M. le comte de Clermont... A l'égard du prince de Conty, on sait qu'il n'était pas en état de tenir maison, et il récompense cela par les iaçons guerrières.
[JcwnuU dt Barbiir.)
Ï74 SECONDE PARTIE
8IBBE DB MmiN*
Mai 1744. — Au mois de mai, je fus détaché auprès de M. ie comte de Clermont Prince, pour y faire les fonctions de major général pendant le siège de Menin. Nous ouvrîmes la tranchée vi^-à-vis l'ouvrage k cornes du faubourg d'HnlIewin... Au bout de quelques jours je m'aperçus que cet ouvrage était, peu ou point gardéj et que vers les dix heures seulement il en partait quelques coups de fusil peu suivis. Je communiquai mes observations à M. le comte de Clermont et lui proposai, malgré l'avis des ingénieurs et officiers d'artillerie, de tâter l'ouvrage... Ia confiance qu'il avait en moi décida ce priace à m*tn donner ^ la pennîssion pour la même nuit...
Le soir^ à neuf heures et demie, je descendis dans lesfossés, * qui étaient secs; j^avais avec moi la compagnie des grenaifiers d'Artois. Je fis monter à Téchelle un sergent^ que iesnîins; je lui avais fait mettre trois pierres dans sa poche pour que, les jetant l'une après l'autre dans le fossé s'il ae voyait personne dans l'ouvrage, ce fût un signal aux denx compagnies de grenadiers de dresser les autres échelles pour escalader; ce qui fut fait dans un instant. J'avais eu beau prier M. le comte de Cleiv * mont de ne pas venir, il voulut être lui-même an piedde la première échelle, ie dois hommage à la valeur et an sa^g-froid de ce prinœtque, dans mille autres occasions, j'ai vu toujours mépriser le dùiger.
Arrivés sur le parapet, je fis fouiller l'ouvrage et me portai tout de suite à la gorge, où, à peine placés, nous vîmes sortir I de la place un homme portant un falot, suivi d'une troupe trop éloignée de nous pour en pouvoir discerner le nombre. Nous nous étions mis ventre à terre; les HoHandais arrivèrent sans sedouter de rien, et étaient an milieu de nousqullsne nous
PREMIERS PÉRIODE 1^5
avaient pas encore aperçus; nul ne ht résistance, tout fut fait prisonnier; c'étaient un lieutenant et trente hommes qui chaque soir, ^ dix heures, sortaient de la place en bordant le parapet et tiraient quelques coups de fusil pour retarder ttOtrc attâ» que et nous faire avancer avec précaution.
J e les menai à M. le comte de Ckrmoat, qui me reçut à meiv* veille.
On fit alors entrer des travailleurs pour pousser des zigzags sv la chaassée qui conduisait au corps de la place. M. du Bro* card, commandant de notre artillerie^ fitcoastraîreune batterie de douze canons pour battre en brèche.
Le surlendemain, le gouventenr, se sentant pressé par l'endroit qu'il avait cm absplnment abandonné, arbora le drapean blanc i notre attaque et demanda à capituler. Il était midi. M» le comte de Clermont descendit de son cheval, qui allait plus vite que le mien, etjn'ordonnâ d'en porter la ncmvdle an roi, à son quartier de Flammerdingne...
Je lut dis : a Sire, M. le comte de Oemiont m'envoie rendre compte à Votre Majesté que le gouverneur de Menin a arboré le drapeau blanc à l'attaque d'HaUewin et demande à capituler...» Le roim'écouta avec bontéet mecfaaiigeadedireâ M« le comte de Clermont combien il était content de son zèle. Le S jnittySa Majesté fit son entrée dans Menin.
{JSouniùrs du aurfuis de Védfiuu,)
I SIÈGE D'YFReS
Juin 1744. — Le lendemain de la prise de Menin, le n» investit Ypns (6 jnin 1744}« C'était le princede aennoit, abbé
âËCOMi^Ë PARTIE
de Saint-Germam-des-Prés, qui commandait les principales attaques au siège dTpres. On n'avait point vu en France, depuis les cardinaux de La Valette et de Sourdis, d'homme qui réunît la profession des arnes à celle de l'Eglise. Le prince de Clermunt avait eu cette permission du pape Clément XII, qui avait jugé que l'état ecclésiastique devait être subordonné à celui de la guerre dans l'arrière-petit-fils dugr^Dcl Coodé..* Ypres capitula bieatût (2 ^ juin).
(Voltaire» SikU U Louis XV.)
— De Menm nous allâmes faire l'investissement d^Ypres, où je fus encore chargé du détail du corps de M. le comte
de Clermont... Notre attaque était à la gauche du canal de Boëtenguc; celle du roi à la droite. Nous poussâmes la nôtre avec beaucoup d'ardeur...
Nos grenadiers et les piquets de dragons, surpris par un feu très-vif qui partit à minuit du chemin couvert, crurent que c'était une sortie; ils abandonnèrent leurs postes daitaque pour regagner la tranchée, où j'étais auprès de M. le comte de Clermont. Ce prince monta sur le parapet tout à découvert, parla ' aux dragons et grenadiers pour les arrêter, et aussitôt se porta en avant. Je doublai le pas pour le précéder, en criant à nos troupes : u Laisserez-vous faire l'avani-garde au prince ? A moi, grenadiers ! » Tous firent demî-tour à droite, se reformèrent résolûnient sous le feu, et réparèrent leur première démarche en reprenant leurs postes, qu'ils conservèrent toute la nuit. Je ramenai M. le comte de Clermont dans la parallèle en lui répétant : «Monseigneur, vous vous exposez trop. » Il me répondit avec bonté ; a Et vous qui marchez toujours devant moi? » Cette aYenture fit beaucoup de bruit dans l'armée.
PREMIÈRE PERIODE
La place se rendit après huit jours de tranchée... Le Roi dit à M. le comte de Glermoni, le lendemain, en donnant l'ordre, les princes du sang, officiers généraux et ceux de l'état-major rassemblés : « Comte de Clermont, vous vous exposez trop. . — Sire» c'est à M . de Valfons que Votre Majesté peut faire ce reproche : il s'est conduit avec autant dlntelligence que de valear» et a beaucoup contribué à nos succès. »
{Sounnirsdu mrquu de Val/ons.)
Nous avons perdu, à l'attaque du chemin couvert, au siège dTpres, M. de Beauveau, maréchai de camp ; ce qu'il y a de plus malheureux, c'est qu'il a été tué par nos gens en sautant dans le chemin couvert. C'était l'homme du monde qui avait le plus de volonté et de talent. M. de Beauveau nequittait pas M. le comte de Clermont, qui avait grande confiance en lui et se conduisait par ses conseils.
{Mimoires du duc de Lujncs»)