L'EXPÉDITION DE ROME
A Rome, en janvier 1888, un prélat distingué et très au courant de la plupart des questions de ce temps me disait : <c Quant aux doctrines et à la conduite politique, Falloux laissait fort à désirer ; mais il a fait, étant ministre, deux, grandes choses : Texpédition de Rome en 1849, et en 1850 la loi de l'enseignement. »
Et, comme j'arrêtais mon interlocuteur par cette interjection répétée : Oh! oh! il parut fort étonné. C'est, qu'en effet, il est généralement reçu que l'expédition de Rome fut l'œuvre de M. de Falloux et que, sans lui, l'Université eût conservé le monopole de l'enseignement. Ses amis personnels et tous les tenants du libéralisme catholique ont tant de fois dit cela, que lui-même a cru, comme on dit au boulevard, que « c'était arrivé ».
1. Cette partie de mon travail ayant été dans le Correspond dant l'objet d'une tentative de réfutation, j'ai fait à ce recueil une réponse que le lecteur trouvera plus loin, et qui complète ma première étude.
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Eh bieni non, ce n'est pas arrivé. M. de Falloux n'a été pour rien — je dis rien — dans le fait même de l'expédition de Rome, et n'a eu qu'une action secondaire, louche et partagée sur (c la question romaine », c'est-à-dire sur le rétablissement du trône pontifical. Quant à la loi de 1850, s'il y eut officiellement le premier rôle, il n'en fut ni le promoteur, ni le principal soutien. Il n'avait point compté pon plus, ce qui s'appelle compté, parmi les catholiques auxquels on devait l'état d'esprit qui permettait de frapper le monopole universitaire. Mais parlons d'abord de l'expédition de Rome.
On apprit à Paris, le 26 novembre 1848, que le Pape était dans le Vatican prisonnier du parti révolutionnaire , qui , devenu le maître par un assassinat, avait proclamé la République.
Tout aussitôt le gouvernement fut interpellé. Que ferez-vous pour protéger le chef de l'Eglise? lui demanda-t-on. Il répondit que M. de Corcelle partait pour Rome avec mandat « d'intervenir, au nom de la République française, pour faire rendre à Sa Sainteté sa Mhevlé personnelle, si elle en avait été privée ». Une brigade, forte de 3,500 hommes, devait être mise à la dispo-
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sitîoti de renvoyé français, sous la résefre qu'elle testerait dans le rayon de Civîtà-Vecchîa et se bornerait à fournir, en cas extrême^ à Pie IX le moyen de quitter ses États. II s'agissait donc uniquement de protéger la personne du Pape, La République française offrait un asile au chef de rÉglise, tnais n'entendait pas intervenir dans la question romaine. Cela fut dit et redit dans deux séances de l'Assemblée, par le chef du pouvoir exécutif et son principal ministre, M. Dufaure.
Les chefs du parti révolutionnaire, MM. Ledru-RoUin, Quinet, Jules Favre, blâmèrent le gouvernement de ce qu'il avait fait; M. de Montalembert lui demanda de faire davantage : « La personne du Pape nous est infiniment chère et infiniment sacrée, dit-il; mais il y a quelque chose de plus cher et de plus sacré pour nous, c'est son autorité. Vous devez la protéger, le comprenez-vous? »
MM. Cavaignac et Dufaure firent des réponses fuyantes, d'où il résulta clairement pour tout le monde que la République française n'agirait pas contre la République romaine. M. de Falloux ne prit aucune part à cette discussion, dont le
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dernier mot fut un ordre du jour qui ratifia les précautions prises pour assurer la liberté ^per^ sonnette du Saint-Père, et déclara qu'on pourrait s'occuper des faits 'ultérieurs, s'il s'en produisait.
Les choses en étaient là lorsqu'on apprit que Pie IX avait pu s'échapper de Rome. On crut qu'il viendrait en France, et le gouvernement se prépara de bonne grâce à le bien recevoir. L'expédition qui devait protéger sapersonne devenait sans objet, et le général Cavaignac en fut très soulagé. Cependant la question des droits du souverain et de l'indépendance du pontife restait ouverte. Si M. Cavaignac, comme chef provisoire du gouvernement, pouvait l'écarter, il devait, comme candidat à la présidence de la République, en dire son avis. Il s'en garda bien. Son redoutable concurrent, Louis-Napoléon, ne paraissait pas non plus très pressé de parler. Il s'était même abstenu lors du vote qui avait ratifié les ce précautions prises ». Cette abstention étant très commentée, il adressa au rédacteur en chef de V Univers et porta liii-méme à notre imprimerie la lettre suivante :
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Paris, le 2 décembre 1848.
Monsieur le rédacteur,
Apprenant qu'on a remarqué mon abstention dans le vote relatif à l'expédition de Cività-Veccbia, je crois devoir déclarer que, tout en étant décidé à appuyer
toutes les mesures propres à garantir efficacement la liberté et l'autorité du Souverain Pontife, je n'ai pas pu appuyer par mon vote une démonstration militaire qui me semble dangereuse même pour les intérets sacrés qu'on voulait protéger, et de nature à compromettre la paix de l'Europe.
Recevez, Monsieur, etc.