‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 13 sur 30 · LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE · texte numérisé non relu

LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE

Ainsi Louis-Napoléon, candidat à la présidence de la République, réclamait le maintien de la souveraineté temporelle An chef de l'Eglise. M. de Falloux, hostile à la candidature du Prince, ne fut pour rien dans cette déclaration, alors si importante. Les hommes politiques qui la conseillèrent et l'obtinrent sans peine furent MM. de Montalembert et Thiers, peut-être aussi M. le comte Mole. On a dit que Louis-Napoléon avait pris cet engagement pour gagner les voix des catholiques; c'est possible. Mais c^était aussi dans ce but que le général Cavaignac avait parlé de protéger la personne du Saint- Père. Louis -Napoléon proniettait beaucoup plus, et, cette fois, il tint ce qu'il avait promis.

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hw Mémoire d^un royaliste faussent à cjessem tous ces préliminaires de l'expédition de Rome. Cela devait être, car, s'ils disaient la vérité, la légende qui donne à M. de Falloux le mérite de cette expédition perdrait tout crédit. Non seulement ils taisent la vérité, mais ils arrangent les choses de telle sorte que, même quand ils ne mentent pas, ils font pénétrer le mensonge dans l'esprit du lecteur. Ainsi, de tout le débat où il fut établi que le gouvernement du général Cavaignac voulait uniquement 9'occuper de la personne du Pape, riçn de net ; Qt des déclarations du prince Louis- Napoléon en faveur de l'autorité du chef de l'Église et du maintien du pouvoir temporel, pas un mot. Il semble quei jusqu'au jour où M, le comte de Falloux put agir comme ministre, tout s'était borpé à offrir au Saint-Père un asile en Frapçe. « he général Cavaignac, disent le^ Mémoires^ avait vivement pressé Pie IX d'accepter un asile en France, si le séjour de Rome devenait impossible, et le Président, ainsi que spn ministère, démoliraient très fidèles à ce vœu. »

Quand le président Louis-Napoléon et son

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ministère purent parler, le séjour de Rome était si bien devenu impossible à Pie IX que déjà il était à Gaête. S'en tenir encore à lui offrir un asile eût été dérisoire.

M. de Falloux ne se borne pas à taire les déclarations de Louis-Napoléon afin de se donner le mérite d'avoir tout fait ; il représente le Prince comme étant, jusqu'après son élection, resté d'accord, pour le fond des choses, avec son cousin, le prince de Canino et les triumvirs romains.

<c Le président de la République, dit-il, avait été élevé dans les idées les plus antipathiques à la souveraineté temporelle des papes. Son frère et lui, dès leur jeunesse, avaient payé par une agression à main armée l'hospitalité que, depuis 1815, la famille impériale avait reçue de la générosité des souverains pontifes. Le prince de Canino, président de l'Assemblée romaine, affectait en toute rencontre la plus révoltante attitude. Le Président n'ait ait pas aussi loin^ mais il n'allait pas non plus jusqu'aux sentiments d'une réparation formelle et dévouée. »

Que Ton se reporte aux deux lettres du Prince

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citées plus haut, et l'on saura à peu près comment M. de Falloux écrit Thistoire.

Après avoir indiqué qu'il dut vaincre pour servir le Pape l'hostilité du Président, il passe en revue ses collègues du ministère^ afin de faire croire que de ce côté aussi il rencontrait bien des difficultés. A l'entendre, ce fut son triomphe d'obtenir, sans avoir « blessé ou alarmé le Président», que la République française ne reconnût pas la République romaine.

Non, le Président, qui, avant d'être élu, avait condamné la République romaine, ne songea pas à la reconnaître après son élection. Les Mémoires de M. Odilon Barrot le Constatent expressément. On y lit, au tome III, page 145, que si M. de Falloux, obéissant aux impatiences de son parti et à ses propres convictions, pressait vivement le conseil d'intervenir pour rétablir le pouvoir du Pape, le Président n'était pas insensible à Phonneur de rendre à la catholi-cité son chef aimé et vénéré, M. Barrot explique ensuite les sentiments qui poussaient Louis- Napoléon à vouloir relever le trône pontifical. Il déclare aussi que tous les membres du conseil voulaient cette solution.

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Nous ne pouvons suivre M. de Falloux dans les méandres où il s'engage afin d'égarer le lecteur et de grandir son rôle ; il suffit de rappeler que Louis-rNapoléon, d'accord avec ses ministres, n'admit pas un seul instant que tout fût dit sur la question romaine parce que le Pape était personnellement .hors de danger.

On concentra des troupes à Toulon, en vue non d'un simple débarquement à Cività-Vecchia, mais d'une marche sur Rome. Seulement la question ne relevait pas uniquement de la France. Le Pape, dès le 4 décembre, avait adressé aux puissances catholiques un appel qui n'était point resté sans réponse. L'Espagne, l'Autriche, Naples, se préparaient à intervenir « pour remettre le chef de l'Eglise dans un état d'indépendance et de dignité qui lui permit de remplir ses fonctions sacrées». La France devait ou laisser faire, ou s'associer à cette intervention, ou s'y opposer par les armes.

Louis-Napoléon n'eut ni l'idée de s'opposer, ni celle de rester neutre. Il voulut agir. Mais dans quelles conditions ? Pourrait-on s'appuyer sur le Piémont? Y aurait-il actiQii coi^mune des puissances, ou entente pour in^rcher

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au même but simultanément et séparément?

Louis-Napoléon, dans des calculs faciles à comprendre de sa part et auxquels s'associèrent tous ses ministres, se prononça pour l'action séparée qui, certes, au point de vue des principes et quant à la promptitude des résultats, ne valait pas l'action commune. Il fut décidé que les Français paraîtraient agir seuls et occuperaient Cività-Vecchia, puis Rome. Les Autrichiens se chargèrent de tout le pays depuis Bologne et Ferrare jusqu'à Ancône, qu'ils assiégèrent; les Espagnols s'établirent à Terracine ; les Napolitains entrèrent dans les États de rÉglise par Velletri et battirent les mazziniens à Palestrina.

Tant que durèrent les négociations entre les puissances catholiques, M. de Falloux ne put avoir qu'une action très limitée, si limitée même qu'on n'en voit les effets nulle part. Sans doute, lorsqu'il y eut dissentiment ou hési*» tation sur des questions incidentes ou de détail, on le compta parmi les ministres qui voulaient aller vite ; et quand des avis différents se produisirent, il dut soutenir le meilleur. Il y était porté à la fois par ses opinions, ses engagements

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et ses intérêts. Quelle force eût-il coaservée dans le cabinet s'il avait cessé d'y défendre les opinions et d'y produire les revendications du parti qu'il y représentait? Mais ce rôle ne le mettait pas hors rang. Aussi ne peut-on trouver dans toute cette première phase de l'expédition de Rome un seul point grave sur lequel il ait influé d'une façon particulière et décisive. Il n'ose lui-même le prétendre formellement. Et qui croira que ce soit par modestie?

Tandis que les gouvernements négociaient et que les préparatifs militaires s'achevaient, nos révolutionnaires voulaient empêcher toute action de la France contre «leurs frères d de Rome. Ils combattaient violemment dans la presse tout projet d'intervention au profit du Pape et harcelaient les ministres d'interpellations sur l'état des choses. ; — On négocie, répondait le ministre des Affaires étrangères ou le Président du Conseil, et nous ne pouvons porter à la tribune les secrets de la diplomatie. Le 8 mars, un vote de l'Assemblée repoussa un ordre du jour qui eût gêné le gouvernement; trois semaines plus tard, sous le coup des impressions que causait la victoire des Autrichiens sur les Piémontais à

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Novare, le ministère essuyait un échec ; mais le lendemain il obtenait un vote louche, dont il profita pour agir. M. de Falloux ne prit aucune part à ces diverses discussions.

Grande bataillé de tribune le 18 avril. Cette fois, la question fut posée plus nettement. Le gouvernement demandait un crédit pour subvenir aux frais d'une intervention dans les Etats romains. M. Odilon Barrot, président du Conseil, osa déclarer que la République française n'entreprendrait pas de « sauver la République romaine », mais il n'alla pas jusqu'à dire carrément : « Nous l'attaquerons ! » Sa thèse fut que la France ne devait pas « permettre une restauration du Pape en dehors de son influence et de sesprincipeà ». Au total, le gouvernement donnait à entendre qu'il tenait tout autant à contrecarrer l'Autriche qu'à servir le Souverain Pontife. Il le pensait bien un peu ; et puis c'était le moyen d'enlever le vote, et il l'enleva. L'expédition allait commencer. Cette fois encore, M. de Falloux ne dit mot.

Voilà les faits. Ils prouvent que durant cette

phase, qui fut très diflicile, M. Odilon Barrot et

M. Drouyn de Lhuys payèrent de leurs per-

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sonnes et surent exposer leurs portefeuilles; ils prouvent aussi que Louis-Napoléon, qui jouait gros jeu, car il pouvait perdre plus que tout autre, tint ses engagements. Quant à M. de Falloux, il eut certainement de bonnes intentions. D'après ses Mémoires, il aurait alors, dans des entretiens intimes, donné d'excellents avis au Président. Il lui aurait démontré, par exemple, que si l'intérêt français commandait de ne pas laisser l'Autriche dominer toute l'Italie, il ne fallait pas, d'autre part, compter sur le Piémont pour limiter à notre profit l'influence autrichienne. Ces propos étaient sages. Mais Louis-Napoléon comptait-il vraiment, de décembre 1848 à mars 1849, sur le Piémont pour renverser la République romaine et rendre au Pape ses Etats? Nous n'en croyons rien.

D'abord, le terrain n'était pas libre, puisque déjà l'intervention des puissances catholiques était décidée, et cela avec l'assentiment de la Prusse et de la Russie. De plus, bien qu'il n'aimât pas l'Autriche, — que ses ministres n'aimaient pas non plus, — le Président ne nourrissait aucun projet d'entrer tout de suite en lutte armée contre elle. Enfin, il serait étrange que

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M. de Falloux eût^ même avant la bataille de Novare, tant combattu tout projet d'entente avec le Piémont, lui qui, dans un discours du 9 août 1849, reprocha très vivement aux républicains de n'avoir pas soutenu Charles- Albert, « l'épée de l'Italie », et de ne s'être pas armés de cette épée pour en faire Vinstrument de la délivrance des Italiens.

. Le 25 avril nos troupes occupaient Cività- Vecchia; le 30 elles se présentaient devant Rome, oii elles comptaient entrer sans combat et essuyaient un échec. Grand tapage et grande joie dans tout le parti révolutionnaire. On conçut l'espoir de renverser le ministère et même le Président. Après une séance de jour très tumultueuse, l'Assemblée tint une séance de nuit plus tumultueuse encore, qui se termina, malgré de vigoureux discoifrs de MM. Odilon Barrot et Drouyn de Lhuys, par un vole contre le gouvernement. L'armée, humiliée à Rome, était, à Paris, désaV^ouée par l'Assemblée nationale. On put croire que la démagogie allait prendre le dessus. Mais le Président resta calme et fut ferme. Par exemple, il ne fut pas constitutionnel. Il répondit tout de suite et contre toutes

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les règles au vote de l'Assemblée par une lettre au commandant en chef de l'armée d'expédition, le général Oudinot. « Notre honneur militaire est engagé, lui disait-il ; je ne souffrirai pas qu'il reçoive aucune atteinte. Les renforts ne vous manqueront pas. Dites à vos soldats que j'apprécie leur bravoure, que je partage leurs peines, et qu'ils pourront toujours compter sur mon appui et ma reconnaissance. »

Nouvelle bataille de tribune au sujet de cetle lettre. Ce fut M. Grévy qui ouvrit le feu. Le ministère se défendit en disant que la lettre du Président était un acte privé. L'affaire, malgré les efforts de M. Ledru-Rollin, se termina par un ajournement. Reprise de la lutte deux jours plus tard. Le débat, d'abord assez calme, devint des plus violents quand on apprit que le général Changarnier, commandant de l'armée de Paris, avait mis à l'ordre du jour, avec commentaires aggravants, la lettre de Louis-Napoléon au général Oudinot. Le vote donna gain de cause au gouvernement.

Les Mémoires d'un royaliste y* tout en prêtant des mobiles très personnels au Président, reconnaissent que ce coup, frappé sans

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l'assentiment du Conseil, était d'une grande hardiesse. Il ne fut pas seulement hardi ; il eut, en outre, le mérite de bien établir aux yeux de tous que l'expédition de Rome avait pour but la restauration du Pape. Or M. de Falloux n'eut aucune part à cet acte décisif.

Le 3 juin, l'armée française remporta un succès qui présageait la chute prochaine de la République romaine. Nos révolutionnaires, enfin convaincus que le gouvernement pousserait l'entreprise jusqu'au bout, décidèrent d'en ap« peler aux armes et, aprèé deux ou trois jours de débats très orageux dans la Chambre, une tentative d'insurrection eut lieu. M. de Falloux, cette fois encore, s'abstint de parler. Ce silence persévérant n'accuse pas son courage ; il se taisait parce que sa parole eût irrité la gauche sans fortifier la droite. Il ne pouvait rien en effet sur la Chambre. Si cette impuissance explique son silence, elle ne saurait donner une raison de dire qu'il a tout fait.

C'est le 3 juillet que notre armée entra dans Rome. Le général Oudinot, répondant aux adresses et discours des représentants ou sujets du Pape, déclara que la France avait voulu ré-

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tablir le pouvoir temporel du chef de l'Église, et était heureuse d'avoir accompli <c cette œuvre à la fois sociale et religieuse ».

L'armée avait achevé sa tâche, mais la politique n'avait pas dit son dernier mot. Nous verrons si le rôle de M. de Falloux, très effacé jusqu'à la prise de Rome, prendra plus d'importance et méritera tout particulièrement la reconnaissance des catholiques lohsqu'il s'agira de rendre au Pape avec ses États son autorité.

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