CHAPITRE VI
RÉPONSE A UN PLAIDOYER DU CORRESPONDANT AU BUJBT DE L'EXPÉDITION DE ROME «
Le Correspondant a'a pas goûté nos articles sur les Mémoires (Vun royaliste. Si nous devions l'en croire, il pourrait nous réfuter d'un bout à l'autre, mais il y renonce par horreur de la dispute et pour se conformer aux intentions du Pape, qui désire entre les catholiques la paix.
Ce langage ne trompera personne. Si le Cor^ respondant avait voulu la paix, il n'aurait pas publié de nombreux chapitres des Mémoires d^un royaliste, et loué sans nulle réserve cette œuvre de guerre, de vilaine guerre, car le comte de Falloux et par conséquent ceux qui lui font écho, se servent d^armes prohibées.
Quant aux intentions du Pape, il fallait se les rappeler avant de porter les premiers coups, et
1. Le Correspondant ayant prétendu, dans ses livraisons des 25 mai et 10 juin, que mon étude sur l'expédition de Rome ne faisait pas une assez large part à M. de Falloux, j'ai, par la réponse que je donne ici, justifié et complété tout mon récit.
non pas les invoquer pour se mettre à l'abri de rectifications légitimes et nécessaires. Le Pape blâme d'injustes agressions et regrette d'inutiles polémiques ; il n'interdit ni de rétablir la vérité sur des faits historiques audacieusement faussés, ni de protéger contre d'indignes outrages des catholiques qui ont bien servi l'Église.
La tardive sagesse du Correspondant n'est que de l'impuissance. Il se tait sur la plupart de nos réfutations et de nos accusations, parce qu'il ne sait comment y répondre. Jugeant le terrain de l'expédition de Rome plus facile ù défendre, il s'y est établi. Nous allons l'en débusquer.
Nous avons dit que M. de Falloux, tant de fois glorifié comme ayant fait l'expédition de Rome, n'avait nullement eu ce grand rôle; puis, rappelant les négociations diplomatiques, les débats des Chambres, les déclarations offi« ciellés, les témoignages authentiques et contrôlables d'hommes publics mêlés à ces grandes luttes, nous avons donné à M. de Falloux sa juste part dans une œuvre commune à tant d'autres. Cette part s'est trouvée modeste.
Le héros du Correspondant, au lieu de rester en vedette, comme l'acteur de qui vient tout le succëSi passait au second rang. Si nous constations qu'il avait vivement pressé le Conseil cP intervenir pour rétablir le pouvoir du Pape, et qu*on le compta parmi les ministres qui vou^ laient aller vite^ nous disions aussi que celte expédition, acceptée éventuellement en dehors de lui, par de plus influents que lui, se serait faite sans lui. Nous ajoutions que tous les ministres, ses collègues, d^accord avec Louis-Napoléon, voulaient, eux aussi, résoudre la question romaine par le rétablissement du trône pontifical.
Si tous voulaient cette solution, voilà le rôle de M. de Falloux bien amoindri. Comment le glorifier d'avoir, à force de persévérance, d'habileté, de fermeté, de zèle, amené ses collègues à des opinions qu^ils avaient déjà? Enfoncer une porte ouverte ne fut jamais un grand exploit. Le Correspondant l'a compris, et voici de quelle façon il tourne la difficulté. Ecartant les documents qui le gênent, prenant dans nos articles deux membres de phrases, au total quinze mots, et les rapprochant de huit lignes des Mémoires
de M. Barroty coupées et rejointes arbitrairement, il nous accuse d'avoir invoqué à faux l'ancien président du Conseil.
Voici ce passage de son article, tel qu'il l'a souligné :
« M. Eugène Yeuillot assure que, d'après les Mémoires de M. Odilon Barrot, tous les membres DU CONSEIL voulaient relever le trône pon^ tificalj qu'ils voulaient tous cette solution. Il en conclut naturellement que M. de Falloux n'y a pas eu plus de mérite qu'un autre. M. Yeuillot se trompe. M. Barrot dit absolument le contraire. Voici le passage des Mémoires que nous transcrivons textuellement (t. III, p. 146) : « cette