‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 16 sur 30 · INTERVENTION ÉTAIT REPOUSSÉE PAR LA MAJORITÉ · texte numérisé non relu

INTERVENTION ÉTAIT REPOUSSÉE PAR LA MAJORITÉ

DU CABINET. Ce u'est pas que nous ayons une grande sympathie pour cette république qui venait de s'inaugurer par de détestables violences, ni même que nous eussions la moindre foi dans sa durée ; mais c'était chose grave d'aller nous interposer entre le Pape et les Ro^ mains. »

Même ainsi arrangés et présentés, le texte de VUnivers et celui de M. Barrot ne sont pas en désaccord. Ils portent sur des faits différents*

lu Univers y parlant de la solution qu'il fallait donner à la question romaine, assure que les ministres voulaient tous que cette solution fût le rétablissement du trône pontifical. M. Barrot, parlant des débats parlementaires sur les affaires de Rome, rapporte qu'à la date où M. Ledru- Rollin dénonçait l'intervention armée de la France contre la République romaine comme en voie d'exécution, ce moyen énergique d'arriver au but était encore repoussé par la majorité du Conseil.

Où est la contradiction ? Nulle part nous n'avons dit que les ministres avaient toujours été d'accord pour intervenir au plus vite à main armée. De son côté, M. Odilon Barrot ne présente pas l'opposition, qu'à cette date l'intervention rencontrait dans le Conseil, comme un acte hostile à la restauration du pouvoir temporel. C'est qu'en effet il n'y avait nul dissentiment sur ce point. Tous voulaient que Rome fût rendue au Chef de l'Église. Seulement les uns demandaient qu'on se pressât, les autres qu'on temporisât. Ces différences d'allures, faciles à expliquer par l'état des choses à l'intérieur et à l'extérieur, nous les avons mar-

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quées dans nos articles, sans négliger de dire que M. de Falloux avait été, comme le commandaient ses convictions et ses intérêts, du meilleur côté.

Mais ce n'est pas assez pour le Correspondant ^ il veut que M. de Falloux ait conquis au pouvoir temporel des ministres qui lui étaient hostiles et décidé une intervention qui sans lui, à l'entendre, n'eût pas eu lieu. Nous ne pouvons lui accorder cela. Tous les documents authentiques et contrôlables s'y opposent. Consultez les débats parlementaires, les dépêches diplomatiques, les actes officiels, les pièces autorisées, et vous reconnaîtrez que M. de Falloux n'a eu dans cette grande affaire aucune initiative capitale. Il a poussé à la roue, mais d'autres, plus influents que lui, étaient devant lui et tenaient les rênes.

Quoi qu'en dise le Correspondant y celui des membres du gouvernement qui le premier réclama le rétablissement du pouvoir temporel fut Louis-Napoléon. Les pièces sont là, et si l'on peut les dédaigner, on ne peut les annuler. La première est du 2 décembre 1848, l'autre est du 7. Elles disent clairement que le Pape, doit

être roi; qu'au lieu de s'en tenir à protéger sa personne, comme le voulait M. Cavaignac, il faut protéger son autorité. Ces déclarations, que le Correspondant se gardé trop habilement de reproduire et affecte puérilement de mettre en doute, Louis-Napoléon, qui les avait faites étant candidat, s'y tint quand il fut élu. Son premier ministère, formé d'accord avec les chefs des groupes conservateurs, n'était certes pas, dans son ensemble, un ministère catholique; mais tous ses membres, même M. Passy, resté étroitement libéral, condamnaient la République romaine et s'associaient aux déclarations du Président en faveur du pouvoir temporel. M< de Falloux, qui dans ses Mémoires insinue le contraire, l'a reconnu dans une note de ses Discours et Mélanges politiques. 11 y dit que « le premier ministère de Louis-Napoléon Bonaparte entrait pleinement dans la pensée politique que M. de CorccUe représentait à Gaëte». (T. I", p. 262.)

Un acte décisif marqua très vite les dispositions du nouveau gouvernement. La République romaine avait envoyé des ambassadeurs à Paris, afin de se faire reconnaître par la République

française. Le Président et les ministres refusèrent de les recevoir. Les Mémoires d!un roya^ liste donnent à entendre que ce fut là un premier succès de M. de Falloux. Les Mémoires de M. Barrot (t. III, p. 140, 141) écartent abso<* lument cette version. Le livre de M. le comte Bernard d'Harcourt : Les Quatre Ministères de M. Drouin de Lhuys^ l'écarté aussi. Personne dans le Conseil n'admettait qu'on pûl recon* naître le gouvernement établi à Rome. Il fut résolu, dit M. Barrot, que cela serait déclaré péremptoirement. Et, en effet, M. Drouin de Lhuys, ministre des Affaires étrangères, tint sur ce point à la tribune un langage péremptoire ; il indiqua méine, au nom du gouvernement, que la France entendait travailler au rétablissement du pouvoir temporel. Elle choisira son jour et son heure pour agir^ ajouta-t-il. La question fui donc tout de suite posée 'en bons termes et sans que M. de Falloux y eût d'autre part qu'une adhésion certainement empressée.

Cette volonté d'aider à relever le trône pontifical, le gouvernement la laissa voir chaque fois qu'il y eut débat sur la question romaine. M. Barrot le rappelle en divers endroits de ses

Mémoires, et il ressort de son langage que le Président restait fidèle à ses premières déclarations. A l'endroit même où M. Barrot dit que M. de Falloux, obéissant aux impatiences de son parti et à ses propres convictions, poussait ferme à l'intervention, il rappelle que le Président, de son côté, demandait qu'on rendit à la catholicité son chef aimé et vénéré.

Les Mémoires d'un royaliste disent que dès cette époque Louis-Napoléon se proposait d'agir sur l'Italie par le Piémont, et que M. de Falloux l'en détourna. Le Correspondant en conclut que, sans l'heureuse intervention du jeune ministre , la maison de Savoie se fût emparée dix ans plus tôt des États du Pape. Cette conclusion est fort arbitraire. D'abord l'idée de favoriser le Piémont contre l'Autriche était alors assez générale en France. Elle avait beaucoup d'adhérents, même parmi les conservateurs. Les ministres de Louis-Napoléon, s'ils n'osaient pas en faire la base de leur politique, ne songeaient guère à la condamner.

M. de Falloux pensait, ou du moins paraissait penser comme ses collègues. En effet, au lendemain de la bataille de Novare, il se déclara

comme eux, par une communication de tout le ministère, prêt à jeter la France dans la guerre pour sauvegarder l'intégrité du territoire piémontais y et un peu plus tard il reprocha à nos révolutionnaires de n'avoir pas compris que Charles- Albert était <cl'épée de l'Italie ». Enfin, il est établi dans les Quatre Ministères de M. Drouin de Lhuy (p. 19) que tout le Conseil, M. de Falloux compris, voulait agir en Italie par le Piémont. C'est une dépèche officielle datée du 22 février 1849 qui le dit.

11 ne faut pas, du reste, comme le font les Mémoires dun royaliste et le Correspondant ^ juger le Piémont de 1849 d'après sa conduite ultérieure. Malgré ses alliances avec la Révolution et de déplorables lois contre les droits de l'Eglise, Charles-Albert ne songeait pas à détruire le pouvoir temporel. Il voulait chasser de l'Italie les Autrichiens, mettre « dehors les barbares », agrandir ses États et s'arrêter. Ce programme, gros de risques, mais conforme aux traditions de la politique française, Louis- Napoléon et ses ministres, — tous ses ministres — l'approuvaient en principe. Seulement, Président et ministres l'écartaîent comme inoppor-

lun. Aussi, M. Odilon Barrot put-il déclarer à la Chambre que « le gouvernement piémontais (par sa prise d'armes) avait méconnu les conseils de la France ». M. de Falloux, en celte affaire, ne sortit point du rang. S'il dit le contraire dans ses Mémoires, c'est sur la seule autorité de sa parole ; chose insuffisante. Les documents, d'ailleurs, lui donnent un démenti.

Par leur victoire de Novare, les Autrichiens étaient devenus sans conteste les maîtres de ritalie; il ne leur restait plus qu'à le vouloir pour rendre au Pape tous ses États, et ils le voulaient. La France, qui avait revendiqué le droit d'intervenir à Rome pour y rétablir Taulorîté pontificale, devait donc se presser d'agir; sinon TAutriche, aidée, au besoin ou pour la forme, des troupes espagnoles et napolitaines déjà entrées sur le territoire romain, achevait sans nous l'œuvre commencée. L'intérêt national s'unissait à l'intérêt religieux pour commander l'action. Le parti de la temporisation, qui n'avait jamais été un parti d'opposition, ne compta plus dans le Conseil, et l'armée française marcha sur Rome pour y faire rentrer Pie IX.

Celte intervention armée, le gouvernement

français avait indiqué dès le ZQ janvier 1849, par une dépêche de M. Drouin de Lhuysr au duc d'Harcourt, qu'il était disposé à la faire.

Les Mémoires de M. Odilon Barrot donnent beaucoup de détails sur tout ce qui se passa alors. On n'y voit nulle part l'indice d'une action séparée et prépondérante de M. de Falloux. En revanche, il y est rappelé dix fois que le ministère avait toujours voulu rétablir le pouvoir temporel. Il y est constaté aussi que tout le parti conservateur et bon nombre de républicains modérés attendaient ce rétablissement.

Et nul moyen de prétendre que M. de Falloux était pour quelque chose dans ce mouvement salutaire, car tant que dura la crise il se tut. Si le Correspondant ou l'un de ses auxiliaires.

Moniteur de Rome^ Union de V Ouest j Défense ^ veut contrôler nos assertions, qu'il prenne le troisièûxe volume des Mémoires de l'ancien président du Conseil et le lise, de la page 140 à la page 236 ; il sera édifié. Il y verra (p. 144) M. Coquerel, républicain modéré et pasteur luthérien, approuver, comme beaucoup de ses amis politiques, les bonnes intentions du gouvernement au sujet du Pape et l'exciter même à les

réaliser; il y entendra M. Barrot émettre des vues droites sur Pindépendance de la Papauté et rappeler qu'il sut dire tout de suite aux radicaux : (c La présence du Nonce à Paris annonce assez quel est pour nous le souverain reconnu des Etats romains; )) puis (p. 198) que le gouvernement français ne voulait ni reconnaître la République romaine ni s'abstenir, ce qui impliquait{&est toujours M. Barrot qui parle) inévi" tablement une intervention forcée. » Page 200 : « La question catholique était, au moins pour le parti conservateur, la principale cause de l'intervention » ; page 201, citation d'un document où il est expliqué que cette intervention devra rétablir le Pape dans Pindépendance et le degré qui lui sont absolument nécessaires; page 213, plainte discrète de M. Barrot contre M. Drouin de Lhuys, qui dans ses instructions . à nos agents près du Saint-Père montrait trop que, pour lui et une partie du Conseil, le rétablissement du Pape dominait la question politique. Même note dans la Nouvelle Correspond dance de M. de Tocquevîlle, devenu ministre des Affaires étrangères (p. 245) : <« Nous n'avons cessé, écrivait-il le 29 juillet à M. de Beaumont,

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de poursuivre le rétablissement de rautorité temporelle du Pape, que nous considérons comme la condition nécessaire de la liberté et de la paix des consciences dans le monde catholique. » Même note encore dès le 30 janvier dans les Quatre Ministères de M. Drouin de Lhuys (pages 17 et 18).

Que pense de ces témoignages le Correspond dant? N'y voit-il pas que M. de Falloux a erré de parti pris en faisant entendre qu'il était à peu près seul dans le Conseil à vouloir Tintervention ?

II faut le répéter : les hommes qui contribuèrent le plus à l'expédition de Rome furent d'abord Louis-Napoléon, sans qui elle ne se serait pas faite ; puis M. Drouin de Lhuys, à cause du zèle qu'il y mit et de son influence .politique, très supérieure à celle de M. de Falloux ; enfin, M. Odilon Barrot, qui, une fois sa résolution prise, la tint consciencieusement, non peut-être sans s'étonner parfois d'être si papalin. Que Louis-Napoléon restât neutre, que M. Barrot repoussât l'intervention armée, que M; Drouin de Lhuys fût indécis, il n'y avait pas Vexpédition de Rome, où elle prenait un autre

caractère. L'insistance de M. de Falloux, en admettant cjue^ dans cette situation, il eût insisté, n'y aurait rien fait. D'autre part, écartezle du ministère, mettez-y à sa place, avec les mêmes hommes, dans des conditions identiques, tel autre député catholique ayant à peu près l'étoffe d'un ministre, et vous avez tout de même l'expédition. M. de Falloux, personnage de second ordre, sans crédit au dehors et coiidamné à s'effacer devant la Chambre, ne pouvait être qu'un auxiliaire. Il ne fut rien de plus. Quelle hardiesse il a fallu aux uns et combien les autres ont été oublieux pour qu'on ait pu dire et faire croire que MM. Odilon Barrot, Drouin de Lhuys, etc., s'étaient mis derrière ce collègue ! Ils étaient plutôt disposés à le tenir en suspicion.

Mais le Correspondant n'osc-t-il pas écrire aujourd'hui encore que M. de Falloux dominait en 1849 Louis-Napoléon, qu'il le tenait et le poussait] C'est inouï et saugrenu. S'il est une chose hors de doute, c'est qu'aucun des ministres que Louis-Napoléon eut en 1849 n'obtint sa pleine confiance et n'exerça la moindre influence sur lui. Cela ne serait pas établi par

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les Mémoires d'Odilon Barrot, par la correspondance de Tocqueville, par tous les faits et témoignages du temps, qu'on le prouverait par les seuls Mémoires de M. de Falloux. Le Président reculait quelquefois devant le Conseil des ministres, mais il ne lui sacrifiait aucune de ses idées, aucun de ses projets. M. de Falloux, dont il se fit suivre dans l'Ouest afin de gagner les légitimistes en leur montrant un des leurs derrière lui, ne fut jamais «r son homme » ; aussi, quand il n'en eut plus besoin, le congédia-t-il sans esprit de retour. La légende libérale dit que M. de Falloux donna sa démission. Non, il fut remercié. Cette même légende, répétée par le Correspondant^ raconte, également à tort, qu'il accepta le ministère pour en écar* ter Jules Favre. Les Mémoires de M. Barrot prouvent que Louis-Napoléon ne songea pas du tout à Jules Favre en décembre 1848.

Dans la première partie de ce débat comme aujourd'hui, nous nous sommes établi sur le terrain des faits. Ayant à raconter ce qui s'était passé en 1849 au sujet de Rome, nous avons donné des documents et rappelé des actes, des paroles, des témoignages datant de 1849. Le

Correspondant, au lieu de rester sur ce terrain, prétend nous réfuter en parlant de ce qui fut fait, ou dit, ou écrit, dix ans, quinze ans, vingt ans, trente ans plus tard. Ce n'est pas sérieux. Par exemple, pour nous prouver que Louis- Napoléon ne voulait pas en 1849 l'expédition de Rome et que M. de Falloux la décida malgré le mauvais vouloir de son chef et de ses collègues, il nous oppose ce que Louis Veuillot écrivit en 1859 contre la politique suivie à cette date de 1859 par Napoléon III. Plus loin, il extrait triomphalement de VUnivers d'avril 1884 trois lignes, où il est dit que les deux Napoléon poursuivirent la ruine du pouvoir temporel.

Soit ! En résulte-t-il qu'en 1849 Louis-Napoléon n'a pas fait ce qu'il a fait et que M. de Falloux a joué un rôle qu'il n'a pas joué? Mais voici une autre pièce sur laquelle le Correspondant compte davantage. Dans une lettre du 15 décembre 1867, adressée à Sainte-Beuve, le prince Napoléon (Jérôme) rappelait que Louis-Napoléon avait pris les armes en 1831 contre le Pape, et attribuait la conduite qu'il tint dix-huit ans plus lard à la présence dans son Conseil d'un représentant du parti clérical et légitimiste^

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lequel l'aurait entraîné, non sans peine, hors de ses traditions. Outre qu'une parole du prince Napoléon ne fut jamais une preuve, comment prendre au sérieux un propos tenu si tard — 1867 — dicté par un calcul èî évident, ne reposant sur rien, contraire aux témoignages les plus sûrs, aux faits les plus authentiques? Qui ne sait, d'ailleurs, qu'en 1849, le prince Napoléon était très hostile à la politique de son cousin? Qui ne sait aussi qu'à partir de 1858 la tactique des révolutionnaires napoléoniens, tactique dont M. de Falloux bénéficia, fut de fausser les faits de 1849 et de dire que le Président avait alors donné carte blanche à ses ministres? L'honnête M. Odilon Barrot proteste dans ses Mémoires contre ce mensonge. Il affirme que pas une voix dans le Conseil ne s'éleva pour accepter la Révolution romaine; puis il ajoute (p. 193) : «Bien qu'il ait pu convenir depuis au Président ou à ses amis de rejeter sur ses ministres la responsabilité de noire intervention à Rome, la vérité est qu'il coulait cette intervention plus que moi et bien avant moiy seulement pour d'autres motifs que les miens. » Il faut ajouter que Napoléon 111

revendiqua, même lorsqu'il eut changé de polilique, la responsabilité et l'honneur de l'expédition de 1849.

Que le Correspondant mette en doute la sincérité du Président, qu'il l'accuse d'avoir agi par calcul, qu'il lui reproche ses variations, nous ne réclamerons certes pas ; mais les déclarations, actes et résultats de 1849 n'en seront pas entamés. Il restera établi que les premiers ouvriers de l'expédition de Rome, ceux par qui elle put être faite, furent dans le gouvernement : le Président, M. Drouin de Lhuys, M. Odilon Barrot; au dehors, les chefs des groupes conservateurs, appuyés sur une notable partie de la Chambre. Quant à M. de Falloux, il fit certainement tout ce qu'il put, et nous croyons volontiers que nul, au second rang, ne montra plus de zèle.

Mais s'il fit ce qu'il pouvait faire au sujet de l'expédition, il ne sut pas remplir tout son devoir quand il fallut régler la question romaine^ c'est-à-dire les conditions de la rentrée du Pape. Le catholique libéral et l'ambitieux trop attaché à son portefeuille l'emportèrent dans cette occurrence sur le serviteur de l'Église, 11 n'eut pas

seulement la faiblesse d'accepter l'insolente lettre de Louis-Napoléon au colonel Edgard Ney; il l'approuva. Durant toutes ces négo-dations, si contraires aux droits souverains du Saint-Siège et où le gouvernement français le prit de si haut avec le pouvoir pontifical, M. de Falloux s'associa sans réserve aux exigences du Président et des libéraux du Conseil. Le Correspondant lui-môme n'ose entreprendre de justifier cette fâcheuse conduite. Il n'en dit rien. Comme avocat, c'est ce qu'il pouvait faire de plus sage; mais, comme catholique, il aurait dû, tout au moins, la regretter.

Sans insister sur ce côté de la question, puisque l'adversaire nous donne implicitement gain de cause, nous ajouterons un témoignage à tous ceux que nous avons précédemment donnés et devant lesquels on recule. M. de Toc* queville avait, le 2 juin 1849, remplacé M. Drouin de Lhuys aux Affaires étrangères. Esprit distingué, conscience droite, mais avant tout l'homme du libéralisme, qu'il confondait avec la démocratie, il entendait imposer au Pape (c un gouvernement libéral digne des lumières du siècle », et formulait impérieusement ses

exigences. M. de Falloux cherchait-il à l'éclairer, à le retenir? Loin de là, il le poussait. Voici, en effet, ce que disait M. de Tocqueville dans une dépêche d'août 1849, adressée à M. de Gorcelle : « Je vous envoie la dépêche officielle que je vous annonçais par ma dernière lettre. Elle n'^pu être lue que tout à l'heure au Conseil : elle a été approuvée par tout le monde, surtout par M. de Falloux, /^insiste sur ce point, il est symptomatique. Les modérés et les hommes religieux eux-mêmes commencent à être embarrassés et irrités de ce qui se passe en Italie ; ils en redoutent la responsabilité ; et si cela continue, ils nous reprocheront notre mollesse. »

Suivaient des diatribes contre le gouvernement pontifical. Voilà quel fut alors le rôle de M. de Falloux.

Vous oubliez, va nous dire le Correspondant , que Pie IX, écrivant le 13 novembre 1849 à M. de Montalembert pour le louer d'avoir défendu le pouvoir temporel, louait aussi dans le même bref M. de Falloux du zèle qu'il avait montré pour cette grande cause. Nous n'oublions rien. Cet éloge adressé incidemment à M. de Falloux est très large; il prouve que

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Pie IX était reconnaissant du beau discours que le ministre des Cultes avait assez récemment prononcé sur la question romaine et de l'appui qu'il avait donné à l'expédition de Rome; maïs le bref ne dit pas du tout que M. de Falloux fut le principal auteur de celle expédition, et il ne l'innocente pas de s'être pleinement associé aux sommations libérales du Président, et de M. de Tocquevillc, et des autres. Aucun acte deRome n'a excusé cette conduite inexcusable. Elle a seulement été pardonnée.

11 nous semble que la lumière est faite.

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