‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 17 sur 30 · DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

DE L'ENSEIGNEMENT

(( On me fait tantôt un crime, tantôt un honneur de la loi de 1850, dit M. de Falloux dans ses Mémoires. En réalité, je n'ai droit ni au reproche ni à Péloge au delà d'une très modeste mesure. Mon seul mérite a été d-avoir su m'eftacer à propos et de bonne foi. » L'exorde est modeste, mais de cette modestie qui dénote une grande confiance en soi et l'espoir de faire dire ail lecteur : Cet homme illustre pèche par excès de vertu, il s^efface jusqu'à manquer de justice envers lui même. « La vanité, a dit M. de Pontmartin, n'est jamais plus vivace que lorsqu'elle se cache, jamais plus impérative que lorsqu'elle semble abdiquer, jamais plus immodeste que lorsqu'elle se pose en modestie. » C'est bien cela ! Passez de ce premier mot de M. de Falloux à l'ensemble de son récit, et vous verrez !

Quiconque s'en tiendra aux Mémoires £un royaliste^ loin de reléguer leur auteur au second

plan, croira que sans lui la loi de renseignement n'eût pas été faite ou, du moins, eût été détestable. Il ne s'en donne pas effrontément tout l'honneur, ce serait un manque d'habileté ; mais il expose les choses de manière à se le faire don ner, et il y réussit. C'est une habile usurpation.

Son rôle dans cette lutte fut, certes, d'une tout autre importance que dans la question romaine. Alors il s'était effacé; cette fois il se montra et sut agir avec la résolution et la dextérité d'un esprit ferme et retors. Il est vrai qu'il opérait sous la direction de deux chefs ayant beaucoup de savoir-faire et que leur union rendait très forts : M. Thiers et M. l'abbé Dupanloup. La loi de 1850 est née, en effet, de l'accord de ces deux hommes. M. de Falloux fut le premier de leurs auxiliaires. Ils avaient fait la partition, il a été le chef d'orchestre. L'emploi était difficile et il le tint très bien.

Mais quel était le caractère de l'œuvre? dans quel esprit avait-elle été conçue ? quel but ses auteurs voulaient-ils atteindre?

Avant d'examiner ces points, il faut entrer dans quelques explications.

Parmi toutes les choses que M. de Falloux,

pour grandir ou justifier son rôle, dit mal ou ne dît pas du tout, il en est une d'importance capitale : c'est qu'en 1849 les dispositions du pays et du monde politique permettaient de faire une bonne loi d'enseignement.

Le Carnot de ce temps-là, celui qui est mort sénateur en février ou mars 1888, ayant été nommé ministre au lendemain du 24 février 1848, avait présenté un projet de loi très universitaire, qui fut retiré après l'élection de Louis-Napoléon. Ce retrait, que tous les chefs du parti conservateur réclamaient, et dont on a fait honneur au seul M. de Falloux, était l'œuvre commune de tout le ministère et du Président. G§lui-ci, qui comptait l'état-major universitaire parmi ses adversaires les plus ardents, avait de bon cœur frappé ce premier coup. Il y eut de vives réclamations dans la Chambre. C'était encore la Constituante de 1848, et les républicains y conservaient la majprité ; mais cette majorité, vaincue, condamnée, démoralisée par l'élection présidentielle, n'avait plus d'autorité ni de force. Que pouvait-elle contre un pouvoir exécutif dont le chef, combattu par toute l'administration, avait néanmoins réuni cinq mil-

lions cinq cent mille voix? Elle se soumit.

Les élections de 1849 donnèrent une tout autre assemblée. Le parti de Tordre y était le maître; et ce parti, très irrité alors contre l'Université, surtout h cause des instituteurs, voulaient une vraie liberté de l'enseignement. S'il n'en comprenait pas très nettement toutes les conditions, il en acceptait le principe. Que la direction fut bonne, et tout irait bien. Il faut donc juger le travail de M. de Falloux, non pas d'après l'esprit de la Constituante, déjà condamnée quand il se mit à l'œuvre, mais d'après les dispositions qu'il devait rencontrer dans la Législative.

La loi de l'enseignement, pour les catholiques, qui depuis longtemps la réclamaient, devait être une loi de liberté qui permettrait d'avoir des écoles vraiment chrétiennes tout à fait indépendantes de l'Université.

Les auteurs de la loi de 1850 voulurent au contraire une loi politique et d'union conservatrice, par conséquent une loi de transaction ou de fusion. Il ne s'agissait plus d'en finir avec le monopole universitaire, mais de s'arratiger avec l'Université pour opposer, par cette alliance

entre deux ennemis de race, une barrière plus forte aux progrès de la Révolution. La question du jour dominait ainsi les questions de prin-i cipe, de droit et d'avenir.

Une pareille idée était tout à fait à la mesure de M. Thiers, devait être acceptée de M. Dupanloup et plaire à M. de Falloux. Il fut donc décidé que la loi de l'enseignement, au lieu d'être une loi de liberté pour tous, selon l'ancien programme catholique, serait un compromis politique accordant quelque chose aux intérêts religieux sans compromettre la suprématie de l'Université. M. Thiers promettait de rallier à ce compromis la grande majorité des universitaires et des libéraux modérés ; M. de Falloux ne doutait pas de l'adbésion des légitimistes, et M. Dupanloup garantissait que les évéques le suivraient. Quant aux catholiques militants, adversaires absolus [de l'Université, ils murmureraient sans doute, mais pourraient-ils résister si l'on gagnait M. de Montalembert ? Or, ne savait-on pas que celui-ci, très préoccupé du « péril social », et plus impétueux que résistant, porté d'ailleurs à subir l'influence combinée de MM. Dupanloup et de

Falloux, finirait par entrer dans les vues du triumvirat. Il y entra, et les hommes de compromis tinrent la victoire. Sans ce secours, ils n'eussent été sûrs de rien.

En effet, M. de Falloux, lorsqu'il devint ministre, n'exerçait personnellement aucune action sur le gros de l'armée catholique. Il n'avait pas compté parmi les combattants qui [de 1842 à 1848 livrèrent tant de batailles à l'Université ; et si plus tard il donna un certain concours, ce fut en amateur plutôt qu'en soldat régulier.

C'était, comme tant d'autres royalistes, un allié, et non un membre déterminé du parti catholique. Aussi, quand, en 1848, pour devenir représentant du peuple, il soutint que les catholiques ne devaient plus se constituer en parti, on ne l'accusa pas de trahison. N'ayant jamais été tout à fait des nôtres, il pouvait, en somme, nous quitter. Rappelons de nouveau qu^après son élection il se rapprocha du parti catholique et ne tarda pas à vouloir y commander. Nous l'entendîmes nous dire :

La maison m'appartient, je la ferai connaître.

Et il prétendit nous mettre dehors»

Non, le parti catholique ne lui appartint jamais ; seulement, il put continuer à le briser. Il ne manque pas, dans ses Mémoires, de rejeter sur d'autres ce mauvais coup.

M. l'abbé Dupanloup, qui bientôt fut « l'évéque nommé » d'Orléans, n'avait pas non plus alors, malgré tout son renom et tout son mérite, une influence prépondérante sur les catholiques mêlés activement au combat. Il s'était montré trop pressé de négocier, de transiger, de concéder, pour qu'on pût le suivre sans hésitation. Dès le temps de Louis-Philippe, dans des écrits turbulents de forme, mais, au fotid, assez bénins, ne l'avait-on pas entendu parler en homme qui veut l'accord entre l'Église et l'Université sous la tutelle du gouvernement? De là des observations de Louis Veuillot, qui, bien que très courtoises et même chargées d'éloges, lui avaient porté ombrage. Il comprenait si difiicilement qu'on ne fût pas de son avis ! Son appui devait, d'ailleurs, être très utile à M. de Falloux, car s'il n'entraînait pas la foule, il avait la clientèle des salons, et bon nombre d'évêques l'écoutaient volontiers.

Les Mémoires (Pun royaliste effleurent à peine

ces préliminaires de la lutte, et le peu qu'ils disent ne donne pas une idée exacte de la situation. M. de Falloux y cède trop à la mauvaise habitude de se tromper. Cela est surtout marqué dans ce qu'il affirme au sujet de la commission, qu'il chargea de préparer la loi. A l'entendre, cette commission fut formée avec largeur, sans autre préoccupation que d'assurer aux catholiques la liberté que depuis si longtemps ils réclamaient. Non, ni l'esprit qui dicta le choix des commissaires ne fut large, ni une pareille commission ne pouvait aboutir à une loi conforme aux revendications des catholiques. On voulait une transaction favorable aux intérêts politiques du parti conservateur, et on s'assura une majorité qui transigerait. M. de Falloux l'avoue ira|)licitement dans l'endroit même où il le nie. Après avoir dit, sans preuves et certainement à faux, que sur ce point il consulta surtout M. de Montalembert, il ajoute : « Nous voulûmes réclamer le concours de tous les partis, sans assurer d'avance la prépondérance à aucun, sauf à celui de la liberté, » et « appeler à l'honneur ceux qui avaient pris part au combat, en $* assurant toutefois que les an-

ET LA QUESTION DE L'eNSEIGNBMENT 117

ciens combattants croyaient Vheure de la paix venue.,. » En d^autres termes : nous voulûmes une commission devant laquelle nous serions sûrs d'avoir raison.

On ne pouvait s'étonner, d'ailleurs, de voir le ministre et ses conseillers en chef, MM. Thiers et Dupanloup, gens habiles tous trois, prendre cette précaution. Personne n'y fut trompé. Les Mémoires non plus, bien que publiés près de quarante ans après l'événement, ne pourront sur ce point donner le change. Qui donc croira que MM. de Falloux, Dupanloup et Thiers, pouvant s'assurer des auxiliaires-, se donnèrent des contradicteurs? Il est faux aussi de prétendre que certains combattants voulaient absolument que la guerre continuât. Tout le monde, du côté des catholiques, acceptait la paix, mais SI la condition que cette paix donnerait le résultat en vue duquel on avait fait la guerre.

En 1856, dans un écrit où il prétendait représenter et défendre le parti catholique, M. de Falloux parla de sa commission de l'enseignement comme il le fait dans ses Mémoires. Il assura que la politique en avait été exclue.

Loviis Veuillot lui répondit :

118 Là LOI DE 1850 ,

f( L'œuvre était essentiellement politique et la commission aussi. Toutes les nuances de l'opinion en matière d'enseignement, même des nuances jusque^à quasi imperceptibles, y étaient représentées, mais avec un choix exquis pour assurer la majorité à la conciliation telle que la voulait le ministre. A côté de quelques personnes dont l'aptitude n'avait pas encore été soupçonnée, brillaient les puissances du corps enseignant, M. Cousin, M. Saint-*Marc Girardin, M. Dubois. La part des catholiques était belle : M. de Montalembert d'abord, ensuite M. l'abbé Dupanloup et M. l'abbé Sibour; puis MM. de Corcelles, de Riancey, de Melun, Fresneau, de Montreuil, Cochin ; M. Laurentie, rédacteur en chef de V Union; M. Roux-Lavergne, représentant du peuple et notre collaborateur. Néanmoins, entre tous ces hommes si respectables, peut-être n'en était-il pas trois qui représentassent encore Tancien esprit du parti catholique, tel qu'il s'était manifesté une dernière fois à la tribune dans le discours de M. de Montalembert sur la Constitution. Nous remarquâmes avec peine l'absence de deux noms qui devaient être préférés à tant d'autres : celui de M. Charles

Lenormant, homme spécial, l'un des blessés de la cause, et surtout celui de l'illustre évéque de Langres, M'' Parisis, dont l'infatigable talent avait jeté un si précieux éclat sur nos luttes et décidé nos meilleurs succès. Pourquoi ce grand évéque était-il exclu de la commission ? Pourquoi aucun de nos évéques n'y avait-il été appelé, lorsque Ton y ramassait toute la prélature universitaire? »

Pourquoi?

D'abord parce que l'on voulait une majorité malléable, ensuite parce qu'il fallait que l'ecclésiastique le plus important de la commission, celui qui, pour les universitaires et les neutres, y représenterait l'Eglise, fût M. Dupanloup.

Aux noms de M*' Parisis et de M. Charles Lenormant, que donne Louis Veuillot, il faut ajouter le sien. Du moment où l'on appelait « à l'honneur ceux qui avaient pris part au combat », comment expliquer que le rédacteur en chef de VUnwers ne fût pas appelé? Nul n'avait combattu — je ne dirai pas plus que lui, mais autant que lui. De 1842 à 1849, son action, avait été incessante, retentissante et particulièrement féconde. Au journal il avait joint la bro-

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chure et le livre. Venu après Montalembert et avant M*' Parisis, il représentait le parti de l'enseignement libre dans la presse avec autant d'éclat, de force et de succès que celui-ci dans l'épiscopat et celui-là dans le Parlement. C'était peu de chose qu'il eût subi pour cette grande cause l'amende et la prison ; mais c'était beaucoup certainement qu'il eût tant contribué à la fortifier près des catholiques, et à l'imposer par de constantes et brillantes polémiques aux préoccupations du public lettré. Si la question était mûre, M. de Falloux n'y était pour rien et Louis Yeuillot y était pour beaucoup.

De tels titres pouvaient, près de certains esprits, devenir des motifs d'exclusion, et nous ne croyons pas porter un jugement téméraire en comptant M. de Falloux parmi ces espritslà. Il avait une autre raison d'écarter de sa Commission Louis Yeuillot ainsi que M. Charles Lenormant et M^ Parisis. Il lui fallait, du côté catholique, des hommes dont la situation ne dominât ni la sienne ni celle de M. Dupanloup. Or M'^ Parisis dominait alors de beaucoup M. l'abbé Dupanloup, et , sans repousser toute idée de concession^ il était de

caractère à trouver que l'on concédait trop.

M. Lenormant avait sur les affaires* d'enseignement de l'autorité, de l'expérience, des vues à lui, et aimait plus à contredire qu'à se soumettre. Il eût été difficile d'en avoir raison. Quant à Louis Veuillot, M. de Falloux et M. Dupanloup, qui déjà l'avaient trouvé trop ferme sur les questions de principe, craignaient que par sa fidélité au programme catholique il ne devint gênant. Ces trois hommes, bien qu'ils eussent été au combaty ne devaient donc pas être à Vhonneur. Et vraiment il n'eût pas été prudent de les y convier, quand il fallait entendre par honneur l'abandon du drapeau.

M. de Falloux, qui toujours biaise, n'a garde de donner carrément ces raisons. A sa place, uB homme loyal l'eût fait, car il pouvait, en somme, se placer sur le terrain politique et briser avec quiconque refusait de l'y suivre. Mais, outre que cette franche allure n'allait pas à son esprit, il y eût perdu le droit de dire qu'il s'était alors montré catholique avant tout. Or, il entrait dans ses vues d'avenir de prendre cette position-là.

Les Mémoires n'essayent point d'expliquer

122 Lk LOI DE 1850

pourquoi M'' Parisis et M. Lenormant furent écartés de la commission. Ce grand évéque et cet homme de mérite, qui avait souffert pour la cause, ne sont pas même nommés à ce sujet. Ils passent à l'état d'individualités négligeables. Il en est autrement pour Louis Veuillot. M. de Falloux croit se justifier par une impertinence ' de ne l'avoir pas appelé. Nous réglerons plus loin ce compte particulier.

La commission, docile à ses chefs, fit la loi qu'on lui demandait. C'était l'abandon du programme catholique.

Et quand je dis le programme catholique, j'entends, non les idées et les demandes de VUnw'ers et de son groupe, mais les conditions posées par tout le parti catholique, avec l'approbation publique et unanime de l'épiscopat. Oui, unanime, et cela n'avait pas été obtenu d'entraînement. Le pape Grégoire XVI lui-même y avait mis la main. Tel archevêque, resté en dehors du mouvement et présenté par Louis- Philippe pour le cardinalat, ne reçut le chapeau qu'après avoir, sur les observations du Saint- Père, adhéré aux réclamations de ses collègues contre le monopole de l'Université.

ET LA. QUESTION DE L'BNSEIGNEMENT 12â

Voici quel était le programme catholique; nous l'extrayons, non d'un article de Louis Veuillot ou d'un discours de^ Montalembert, mais d'une déclaration du cardinal de Bo^ nald, archevêque de Lyon, l'un des prélats classés à la fois parmi les agissants et le? modérés :

(c Nous ne demandons pas la destruction de l'Université ;

« Nous ne voulons pas que le clergé ait seul le privilège d'enseigner, nous ne voulons dé monopole pour personne;

ce Nous demandt)ns la liberté telle qu'elle existe en Belgique; nous la demandons pour tout le monde ;

« Nous voulons que l'enseignement soit sous la même surveillance que l'autorité exerce sur la presse, repoussant en matière d'éducation ce contrôle préventif que la loi, repousse quand il s'agit de faire imprimer son opinion.»

Un acte collectif de tous les évoques de la province de Lyon ajoutait :

« Nous réclamons la vraie liberté d'enseignement, c'est-à-dire la faculté accordée à tous d'avoir, sous la surveillance de PÉtat, des écoles

absolument indépendantes des écoles de l'Université. »

Ainsi parlèrent, à plusieurs reprises, tous leç évéques. Tous repoussaient l'idée d'un accord avec l'Université, tous voulaient un enseignement indépendant, ayant la liberté de ses méthodes, le choix de ses livres, aboutissant aux grades et soumis uniquement à la surveillance de l'État. Naturellement, tous les comités et tous les journaux catholiques avaient ce même programme. On ne pouvait pas en avoir d'autre, puisqu'on voulait la liberté.

Voici ce que donnait le projet de loi :

1® Les grades universitaires seront nécessaires à ceux qui voudront enseigner en dehors de l'Université.

2® L'Université restera juge et partie dans sa propre cause, en conservant le monopole des examens et des grades.

3® L'Université pourra interdire aux écoles libres l'emploi des livrés qui ne lui plairaient point.

4® La surveillance de FEtat prescrite par la Constitution sera transformée en inspection de l'Université; cette inspection portera méipe

ET LA QUESTION DE L'eNSEIGNE MENT 125

sur la morale et s'étendra aux petits séminaires.

5® Les prêtres appartenant à des congrégations non autorisées ne pourront ouvrir des écoles.

N'était-ce point Pabandon de l'ancien programme ? Pouvait-on voir là une loi de liberté ? Les fidèles du parti catholique n'avaient-ils pas le droit de réclamer ?

Le projet de loi avait, en outre, le tort grave de disposer de l'Église sans son assentiment. Sous prétexte de défense sociale, ses auteurs avaient décidé que nos évéques, nos prêtres, figureraient dans le conseil supérieur et les conseils départementaux au même titre que les pasteurs des cultes protestants reconnus et les rabbins. Cela aussi soulevait de vives réclamations; et tant que Rome n'avait pas dit : ce Je le tolère, » ces réclamations étaient justes.

A proprement parler, le rôle public de M. de Falloux dans la loi de 1850 s'arrête là. Il n'était plus ministre quand son projet fut soumis au contrôle du conseil d'État, puis à la discussion et au vote de la Chambre. Il restait donc encore

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beaucoup à faire, et Ton s'étonne qu^on lui ait attribué tout le mérite du résultat. Cela est d'autant plus injuste que PAssemblée législative, d'accord avec le gouvernement, améliora l'œuvre de la commission; ce qui tend à prouver que le projet de loi ne donnait pas tout ce que l'on pouvait obtenir. II faut toucher ce point et deux ou trois autres pour donner une idée correcte de ce grand débat que les Mémoires d'un royaliste résument fort mal. Nous achèverons ainsi de démontrer que le comte de Falloux, loin d'avoir été alors avant tout, comme il le prétend, l'homme de l'Eglise, fut essentiellement, comme toujours, l'homme du libéralisme.

Le projet de loi, élaboré selon les vues de MM. Thiers, Dupanloup et de Falloux, différait trop absolument du programme catholique pour que, de notre côté, on ne fût pas déçu. Qu'il y eût progrès sur l'état de choses existant, oui ; que l'Université perdit quelque terrain, oui encore ; mais ce n'était point ce que Ton attendait, ni ce qu'il fallait. Nous voulions la liberté pour tous, et non quelques avantages particuliers, payés très chers.

ET LA QUESTION DE l'EMSEIGNSMEMT 127

Les conciliateurs soutinrent et l'on soutient encore à leur profit que Pœuvre de la commission accordait le possible. Qu'eii sait-on aujourd'hui et qu'en savait-on même alors? Il est toujours fort difficile de fixer les limites du possible. Chacun les voit où il lui plaît. Une question posée de la sorte se trouve nécessairement prise entre utie négation bt une affirmation. Les faits tranchent le débat, ils ne le jugent pas. En somme, ni la Constitution de 1848 ni la Chambre de 1849 n'imposaient le projet de loi que signa M. de Falloux.

Des évéques, des députés, des professeurs, des écrivains très au courant de la situation et la majorité des catholiques militants jugèrent qu'on pouvait faire mieux. Il fallait au moins le tenter. Il y avait chance très sérieuse de succès pour un projet qui, en séparant l'enseignement libre de l'enseignement de l'État, eût laissé ù rUniversité ses privilèges budgétaires et ses honneurs. C'était ce que nous demandions, et non pas un partage du monopole, ou une situation exceptionnelle pour les écoles catholiques, comme le donnent à entendre les Mémoires.

Mais certains des nôtres, entrés par tendance libérale et parlementaire dans la voie des compromis, ne voulaient plus, comme au temps de Louis-Philippe, combattre par des écoles libres la corruption dé l'enseignement universitaire ; ils voulaient améliorer l'Université et travailler de concert avec elle à sauver l'ordre social. M. de Montalembert, toujours très absolu dans son idée du jour et trop franc pour ne pas l'exprimer sans ambages, disait aux catholiques : a Dans les circonstances oii nous sommes, il ne s'agit plus d'une lutte entre l'Église et l'État, entre l'enseignement libre et l'enseignement officiel; il s'agit d'unir ces deux forces contre l'ennemi commun, contre les doctrines anarchiques qui menacent le pays, en un mot contre le socialisme. »

M. Thiers, s'adressant aux universitaires et aux révolutionnaires, tenait le même langage. Vous voulons, s'écriait-il, sauver « la cause sacrée de l'ordre». Dans ce but, <c j'ai tendu la main à ceux qui m'avaient combattu, que j'avais combattus ; ma main est dans la leur, elle y restera, j'espère, pour la défense commune de cette société, qui peut bien vous être indiffé-

ET LA QUESTION DE l'rNS EIGNEMENT 129

rente, mais qui nous touche profondément ».

Tous les auteurs et défenseurs du compromis parlaient de la sorte. M. Dupanloup, qui n'avait pas la tribune, faisait, dans VAmi de la religion^ écho à MM. Thiers, de Montalembert, Cousin, etc. Je viens de nommer M. Cousin ; il était aussi, en effets quant au fond, gagné à la transaction ; mais il y mettait moins d'ardeur que ses alliés, et, tout en acceptant les bases, chicanait sur les détails, trouvant, ou du moins disant que sa chère Université perdait trop. Il y avait du scepticisme et même de la goguenarderie dans son adhésion, surtout quand il Texprimait chaleureusement : c'était son genre. Et lorsque dans la commission, devant le ministre charmé et s'enflant — les Mémoires le prouvent — il s'écriait, en agitant ses grands bras : <r M. de Falloux ne songe qu'à sa cause, M. de Falloux c'est la cause ! la cause ! » il y a lieu de croire que le maître renard se gaussait. Par ce gros compliment, il espérait rendre le ministre plus coulant. Se trompait-il ?

Quant à M. Thiers, le socialisme lui inspirait certainement quelque crainte; mais qu'il en fût aussi épouvanté qu'il le disait, non ! Il exagérait

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ce sentiment dans le double but de se faire suivre des conservateurs libéraux et d'arracher aux catholiques de plus larges concessions. Il voulait avant tout sauver l'Université et lui assurer la prépondérance dans l'enseignement secondaire. Volontiers il eût donnée par la loi de l'enseignement primaire, le peuple, « la vile multitude», à l'Eglise, il l'offrît même positivement ; mais il entendait garder pour lui et les siens le bourgeois, les classes libérales qu'il qualifiait « d'éclairées », c'est-à-dire les hommes qui, plus tard, auraient le gouvernement. Que lui et M. Cousin, et d'autres de même école, aient compté sur l'Université pour arrêter la Révolution et rétablir l'ordre moral, c'est possible ; mais que des catholiques aient fait ce rêve et lui aient sacrifié le principe de la liberté de l'enseignement, c'est inouï! Le trait est particulièrement étrange et suspect chez 9^. de Falloux, l'homme du monde le moins susceptible de s'emballer. Il est vrai qu'en cette affaire son intérêt politique le poussait à l'emballement.

Nous n'entrerons pas dans le détail de tout ce conflit, qui dura près d'un an. Quelques

points seulement doivent être notés. Les Mémoires d'un royaliste disent que l'opposition de VUniçers était inattendue et que «M. Louis YeuiUot commença Faction séparative par des polémiques qui permettaient de prévoir les excès de conduite et de langage auxquels il se laissa aller plus tard ».

Il n'y avait rien de moins inattendu que l'opposition de V Univers; M. de Falloux tout le premier l'attendait si bien qu'il voulut la conjurer par une démarche personnelle près de Louis Veuillot, démarche dont Içs Mémoires ne disent mot. Il fut dans cette rencontre ce qu'il savait être quand il voulait adoucir un adversaire ou conquérir une adhésion : complimenteur, souple, doucereux, modeste. L'en- Iretien fut long et fort calme. Le ministre, malgré l'abondance de ses compliments, de ses métaphores, de ses anecdotes et de ses sentences, n'obtint ni le concours qu'il sollicitait, ni môme la neutralité. Cependant il ne perdit pas. toute sa peine. Louis YeuiUot lui promit de ne rien dire avant que la commission législative ne fût nommée. C'était abandonner toute influence sur le choix des com-

missaires et faciliter au ministre un premier succès*.

Selon les Mémoires, les attaques ou plutôt les imprécations de VUnivers auraient été immédiates. C'est faux. Le dissentiment, après hnit jours de silence, fut marqué, les raisons en furent données; mais sans colère, sans imprê^ cations^ de telle sorte que les relations personnelles pouvaient être maintenues. Et, de fait, l'année suivante, sans nul sacrifice de dignité pour personne, elles furent reprises avec M. de Falloux comme avec M. de Montalembert. En même temps que VUniçers conibattait le projet de loi^ il rendait hommage au talent de ses auteurs, il mettait hors de cause leurs intentions et, de plus, sur. d'autres questions les soutenait vigoureusement. C'est peut-être l'époque où Louis Veuillot a donné le plus d'éloges à Montalembert, qu'il a toujours loué avec tant d'abondance de cœur.

Les Mémoires disent, en outre, que les atta« ques de VUni^eriy d'abord peu éc^outées, finirent

1. Louis Veuillot a rendu compte de cette démarche du ministre du viva^ même de M. de Falloux, qui ne Ta pas contestée.

£T LA QUESTION DE l'sNSEIGNEMENT 133

cependant par alarmer quelques consciences. La vérité, c'est que le plus grand nombre des journaux dévoués à la cause de l'enseignement libre^ et la majorité des prêtres et laïques qui avaient pris une part active à nos luîtes^ furent mécontents du projet et le dirent nettement.

Cette preuve a été faite autrefois, et je ne la ferais de nouveau que si quelqu'un d'autorisé prétendait que je n'ai point dit vrai en accusant de fausseté les Mémoires cPun royaliste.

M. de Falloux est également inexact et in* complet en ce qui touche l'attitude desévéques. Tout en avouant que dans l'épiscopat il y eut de rtiésitation sur la conduite à suivre et que nombre d'évéques jugèrent nécessaire de consulter le Pape, il donne à entendre que de ce côté sou œuvre fut trouvée bonne. Non, elle fut seuleûient, tout compte fait, trouvée préférable au maintien du statu quo.

Pendant le vif du débat, deux évéques, M«' Clausel de Montais, évoque de Chartres, et M^'Menjaud, évéque de Nancy, crurent opportun de donner tout haut et au long un avis motiVé; l'un et l'autre condamnèrent la transaction proposée. Il y eut, en outre, dans la Gazette de

LyoHy une note portant que le cardinal-archevêque avait écrit au ministre pour réclamer contre plusieurs articles de son projet. Plus tard, vingt-cinq archevêques et évéques transmirent au Pape, sans en prendre la responsabilité, un mémoire très favorable à la loi. Leur lettre d'envoi se bornait à dire : « La loi, sans être parfaite, nous parait préférable au déplorable statu quo sous lequel nous gémissons depuis si longtemps. » De plus, d'après une note officieuse, vers la même date, onze autres membres de l'épiscopat auraient écrit à Rome dans le même sens. Le mémoire était naturellement l'œuvre de M«^ Dupanloup. Le très actif prélat n'avait, en somme, obtenu que des adhésions limitées, conditionnelles, et ne représentant pas à beaucoup près la moitié de l'épiscopat. Pouvait-il en être autrement lorsque M. Thiers, s'adressant aux universitaires,^ aux libéraux, aux libres penseurs, leur disait : Le projet laisse à l'Université la juridiction^ la collation des grades^ Vinspection^ le gouvernement tout entier de P enseignement. Et c'était vrai !

M. de Falloux n'eut donc pas le concours de

Pépiscopat, il n'en obtint qu'une sorte de neu-* tralité, favorable chez les uns, inquiète che2 les autres. Si le projet, sans réaliser le programme catholique, avait donné tout ce que l'on pouvait raisonnablement espérer, les évoques, au lieu de se diviser et de rester neutres, l'eussent certainement appuyé. De même, les simples prêtres et les laïques, vieux soldats de la cause, auraient suivi M. de Montalembert. S'il en fut autrement, si le projet de loi compta parmi' ses adversaires des prêtres comme les abbés de Gazalès, Combalot, Suchet, Desgarets, Rohrbacher; s'il eut contre lui, dans la Chambre, dix ou douze des députés les plus ardemment dévoués à l'Église ; si le chef du parti royaliste dans le propre département de M. de Falloux, le comte Théodore de Quatrebarbes, catholique si dévoué et son ami, proposa au conseil général un vote de blâme, c'est parce que les catholiques pensaient généralement que l'on pouvait faire mieux. Certes, l'action de Louis Veuillot était puissante ; cependant il n'eût pu susciter une telle opposition s'il n'avait pas été dans le vrai. Les Mémoires d^un royaliste sont brefs sur les débats qui précédèrent le vote de la Chambre ?

C'est assez naturel, puisque M. de Falloux, &• tigué et absent de Paris, n'y prit aucune part. La lutte fut ardente et le bruit de la tribune eut des échos dans la presse. M. de Montalembert tonna contre ceux qui avaient refusé de le sui* vre. S'il lui arriva jamais de retenir des paroles amères, ce ne fut pas cette fois-là. Son discours et la réponse de Louis Veuillot ont été réimprimées; j'y renvoie ceux qui voudront savoir lequel des deux sut garder la mesure. L'opposition catholique parla, non dans l'espoir d'emporter le vote, mais pour sauver les principes. Son orateur fut M. l'abbé de Gazalès. Nul dans tout ce débat ne fit un discours plus ferme, ni plus élevé, ni plus modéré.

Le successeur de M. de Falloux^au ministère de l'Instruction publique était M. de Parieu. On le savait catholique pratiquant, mais on le soupçonnait de tendances gallicanes, et l'on craignait que, s'appuyant sur le travail et le silence de la commission ministérielle ou commission Falloux, il refusât aux membres des congrégations non reconnues, surtout aux jésuites, le droit d'enseigner. Nous nous trompions. Le gouvernement, malgré les instances de la gauche, ne

voulut .)ias introduire cette odieuse exception dans la loi, et la Chambre, après un bon discours de M. Thiers, l'écarta. Ce vote, qui rendit beaucoup moins vive l'opposition de VUnwerSj et d'autres améliorations de détail obtenues par le concours ou avec l'assentiment du ministre, prouvaient deux choses : la première, c'est que M. de Falloux n'avait rien imposé au Président, puisque M. de Parieu, choisi par celui-ci, améliorait l'oeuvre de son prédécesseur; la seconde, que la Chambre qui, plus juste que les auteurs du projet, avait fait entrer M'*^ Parisis dans la commission parlementaire, pouvait fournir à la liberté de l'enseignement une majorité plus favorable que ne l'avait été la commission formée par le ministre.

Les Mémoires dHun royaliste se gardent bien de noter cela, et, de plus, au lieu de reconnaître loyalement que M. de Parieu rendit la loi meilleure, ils se bornent à le louer en termes prolecteurs d'avoir bien servi la loi qui lui était confiée. M. de Parieu, à qui M. de Falloux et ses amis n'avaient rien confié du tout, eut, nous le répétons, un rôle plus marqué. Il se montra non pas seul^i^ent l'élève de bonne volonté au«

138 lA LOI DE 1850

quel les Mémoires prétendent rendre une éclatante justiccj mais ministre habile, orateur distingué et ferme catholique. Il ne pouvait changer le caractère général de la loi, et peut-être ne Peût-il ^as voulu, mais il contribua à l'amender. Un homme loyal l'eût dit, M. de Falloux le tait.

La loi fut votée le 15 mars 1850 par 399 voix contre 137. Il y avait quatre ou cinq mois que M. de Falloux n'était plus ministre e|L n'avait paru à la Chambre. Cependant l'école libérale lui a donné tout l'honneur du résultat! Cette école s'entend à faire valoir les siens !

M«' Parisis s'abstint de prendre part au vote final. Voici la raison qu'il en donna : « En présence des divergences que je connais personnellement dans Pépiscopat, j'ai craint que mon vote ne parût un blâme indirect contre une partie de mes vénérables collègues. » Ainsi jusqu'à la fin, malgré tous les agissements de M»' Dupanloup, l'épiscopat tint la loi en défiance. C'est que, si elle donnait d'incontestables facilités pour fonder des écoles dirigées par de bons maîtres, elle refusait la liberté de l'enseignement.

Les Mémoires (Pun royaliste disent qu'après le

vote (t VUnwers continua, à l'adresse de Pépîscopat, la campagne qu'il venait de perdre devant l'Assemblée » et « se flatta d'obtenir à Rome une désapprobation explicite qui empêcherait les évêques de France d'entrer dans les conseils départementaux ». M. de Falloux ajoute : <c Le Nonce, M** Fornari, qui m'avait toujours fortifié de son adhésion, réfusa cPentrer dans ce corn'plotj dont s'alarma, autant qu'elle s'en indigna, la grande majorité de l'épiscopat français. »

Que de faussetés !

Sans doute, la polémique ne cessa pas tout de suite. De même qu'après la fin d'une grande bataille, des coups de fusil sont encore tirés de part et d'autre, il y eut encore ici quelques coups de plume. Il ne suffisait pas aux vainqueurs d'avoir la loi, ils voulaient avoir eu * raison. Ils entendaient qu'on admirât leur œuvre. Les vaincus n'étaient pas de cet avis et soutenaient mordicus que le succès d'une erreur n'en fait pas une Vérité. Assurément, mieux eût valu se taire des deux côtés. Mais si VUnwers accepta cette inutile polémique, il ne fit aucune campagne^ ni près de Vépiscopaty ni à Rome.

Ces propos mensongers, que nous retrouvons

dans les Mémoires, M. de Falloux les tint dès 1856, et voici ce qu'alors Louis Veuillot lui répondit :

« Nous n'essayâmes point A^entratner Tépiscopat, expression aussi injuste qu'inconvenante. Nous ne plaidâmes aucune thèse à Rome. Ces hautes pratiques conviennent à l'assurance des hommes d'État; elles siéraient mal à de pauvres journalistes, déjà bien assez occupés de leur besogne quotidienne. Nous avons tout à la fois plus d'humilité et plus de fierté que M. de Falloux ne nous en attribue. Ayant dit tout haut ce qu'il nous a paru légitime de dire, nous évitons de donner des conseils à ceux de qui nous attendons des ordres, et nous nous abstenons d'offrir toutes les explications qu'on ne nous demande pas. Il faut qu'un journal catholique puisse être jugé, non sur ses plaidoyers, mais sur ses œuvres. Dieu nous préserve de chercher à influer, par des arguments sans contrôle public, sur- des décisions que doit dicter une sagesse si supérieure à nos faibles vues. »

M. de Falloux releva-t-il ce démenti? Non, il se contenta de dire que, plus tard, il donnerait ses preuves. Ce plus tard n'est jamais venu, Lçs

ET LA QUESTION DE l'eNSEIGNEMENT 141

Mémoires reproduisent les propos argués de faux, mais ils n'invoquent aucune pièce, aucun témoin qui puisse les appuyer. Ainsi cette grande indignation de la grande majorité de Véfi%coip9Lt français contre un pareil complot n'a laissé nulle trace ?

Même jeu au sujet de Rome. M. de Falloux maintient que nous insistâmes pour faire interdire aux évéques d'entrer dans les conseils départementaux, puis il dit que le cardinal Dupont, mandataire €< de la plupart des évéques », se rendit de sa personne auprès de Pie IX pour détruire l'effet de nos démarches et lui faire* envisager les choses sous leur vrai jour. Le cardinal, ajoute-t-il, a obtint un succès complet ».

Encore une fois, tout ce qui nous touche dans ce récit est une fable. Ni directement ni indirectement, V Univers ne fit ou ne fit faire une démarche quelconque à Rome. Il est faux aussi que le cardinal Dupont, archevêque de Bourges, eût mandat de parler au nom de la plupart des évéques français.

La question de l'entrée des évéques dans les conseils fut traitée par l'intermédiaire de la nonciature. Le Pape consulté chargea M*"^ For-

nari de faire connaître à Tépiscopat son avis, et c'est par une circulaire que cet aris fut transitiis aux évéquos. ce II a été constaté au Saint^Père, disait le Nonce, que dans le vénérable corps épiscopal existaient quelques divergences d'opinion, (P autant plus que quelques prescriptions de la loi s'éloignent de celles de VÈglise et d'autres semblent peu convenables à la dignité épiscopale... »

Après cet exorde, qui ne nous donnait point tort, venaient des observations complémen-* taires, puis cette conclusion : ce Si l'Église est loin de donner son approbation à ce qui s'oppose à ses principes, à ses droits, elle sait assez souvent supporter quelque sacrifice compatible avec son existence et ses devoirs... »

Conclusion : on pouvait accepter la loi puis-* qu'elle était préférable au statu quo, et les bons devaient s'unir pour en tirer tous les avantages possibles.

M. de Falloux a-t-il résumé honnêtement cette circulaire en disant que VUniçerSj qui ne demandait rien, n'obtint pas ce qu'il demandait, et en faisant entendre que la loi reçut de Rome une pleine approbation?

Il se targue de la constante adhésion du Nonce, M'' Fornari ; il n'eut que sa neutralité. L'éminent prélat blâmait les bases mêmes de la loi ; mais il n'avait pas à intervenir, et il n'intervint pas. Et quand, rentré à Rome, il prépara le Syllabus, il voulut l'avis de Louis Yeuillot, et no|i celui de M. de Falloux.

La cause était terminée. U Univers n'avait plus rien à dire, et s'il parla une fois encore, ce fut pour inviter le Moniteur catholique j journal de Ms' Sibour, archevêque de Paris, que rédigeaient ses grands vicaires, MM. Darboy et Bautain, à ne plus attaquer une loi que Rome acceptait.

Voilà les faits.

Ne prouvent-ils pas que, sur la question de la loi de 1850, comme sur tant d'autres, les Mémoires d!un royaliste^ sont une œuvre de vanité et de mauvaise foi ?

Ils prouvent autre chose encore. D'abord, que M. de Falloux, bien que très en vue dans cette loi, n'y a cependant rempli qu'un rôle secondaire ; qu'il ne l'a pas conçue, qu'il ne l'a pas terminée et que d'autres ont plus contribué que lui à la faire accepter. Ensuite que son action, très habile quant au choix des hommes, aux

Wê la loi de 1850

manœuvres parlementaires, à l'exploitation des idées courantes et défi préoccupations du moment, n'a jamais tenu compte des principes.

Il voulut faire une loi parlementaire et libérale au lieu d'une loi de liberté*

Nous ne terminerons pas sans reconnaître de nouveau que, si la loi de 1850 n'd pas tenu, il s'en fattty tontes les promesses de ses auteurs, que si elle n'a pu porter les fruits que promettait le programme catholique, elle a permis de faire du bien. Nous devons rappeler aussi, qu'à partir du jour où elle fut appliquée, V Univers lui donna tout son appui, -et que chaque fols que le gouvernement — Empire ou République — a voulu l'entamer, nous l'avons défendue.

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