‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 22 sur 30 · Numéro du !«' mai · texte numérisé non relu

Numéro du !«' mai

libéral, M. de Falloux l'a été de tout son esprit, de toute sa volonté, mais il .n'a pas plus fondé cette école qu'il n'a fait l'expédition de Rome et créé à lui seul, comme l'afSrme carrément M. de Gastellane^ une France neuve... en onze mois.

Le catholicisme libéral est né d'aspirations diverses, les unes généreuses, mais vagues et difficiles à conduire; les autres intéressées, empreintes dès l'origine de l'esprit sectaire, et visant moins à servir l'Église qu'à la dominer, dans l'espoir insensé et criminel de la soumettre aux exigences «de la société modelrne». Ces deux groupes, subdivisés en coteries tenant à se différencier, se sont toujours unis contre les catholiques simplement romains ; on les a vus faire campagne ensemble — et quelle campagne I — lors du Concile ; mais ni dans ce cas ni dans aucun autre, ils ne se sont fusionnés absolument. Aussi le catholicisme libéral, dont on ne peut dire que tel ou tel Pa fondée n'a-t-il jamais codifié ses doctrines ni reconnu un seul et vrai chef.

Du reste, si nous ne pouvons accorder à M. de Castellane que M. de Falloux ait été le

fondateur, puis le général en chef d'une école ^^ 30uvent condamnée, nous reconnaissons qu'il y entra très vite et la servit toujours passionnément. Ces doctrines, bien vues dans le monde, choyées à l'Académie, utiles dans la politique et assez peu définies pour laisser vis-à-vis de Rome des échappatoires, convenaient tout à fait aux goûts et aux aptitudes du comte de Falloux.

C'était du compromis, de l'équivoque, de l'intrigue : c'était son élément. Comme il sut bien s'y mouvoir 1

Si M. de Falloux n'a pas fondé le libéralisme catholique, il est incontestablement de ceux qui, les premiers, l'ont pratiqué. Quand, en mars 1848, il blâmait et écartait comme caduque l'encyclique Mirari çoSy il faisait acte de catholique libéral; il suivait cette même voix quand il disputait à son évéque la direction politique du clergé et s'efforçait, à l'Assemblée constituante, d'adoucir les revendications catholiques de Montalembert. Il la suivait aussi, et même plus ouvertement, quand, selon les vues de Louis- Napoléon et d'accord avec MM. Odilon Barrot, Drouin de Lhuys, de Tocqueville, Dnfaure, il pressait le Pape d'accepter le code civil, de se-

culariser l'administration pontificale, et d'établir un gouvernement libéral. Il y entra doctrinalement, mais inconsciemment peut-être, et dans tous les cas très accompagné, le jour où il présenta le projet de loi sur l'enseignement.

L'esprit du catholicisme libéral avait inspiré plusieurs des dispositions de ce projet. Seulement l'œuvre étant préférable au statu quo et ayant été conçue en vue des besoins politiques du jour, sa tendance au libéralisme religieux ne parut pas et, pour, la plupart des adhérents, n'était pas une chose d'école.

C'est après qu'il eut crté^ en onze mois de ministère, et à lui seul une France neuvCy que M. de Falloux devint, de parti pris, catholique libéral. Jusqu'alors il avait plutôt été au jour le jour, selon les besoins de la politique, l'homme des accommodements, des compromis, des concessions, que l'homme d'une école. Mais n'ayant plus l'Etat à conduire (M. de Castellane croit que M. de Falloux a conduit l'État), il se joignit

à d'autres docteurs pour indiquer à l'Eglise la

bonne voie. Ces sages se défendaient d'ailleurs

de vouloir enseigner le Pape; ils voulaient tout

simplement éclairer sa marche afin qu'il ne fit point de faux pas.

Ce n'est ni le lieu ni l'occasion de s'étendre sur cette déplorable campagne, puisque le comte de Falloux ne «s'y détache pas du groupe de ses amis. Il fut de la réunion de la Roche-en-Brenil où les chefs de l'École se promirent de bien militer; il fut aussi du congrès de Malines, ces grandes assises oratoires du libéralisme; il acclama ou ratifia la fameuse

maxime « l'Eglise libre dans l'Etat (ou la patrie) libre », oubliant que cette définition, venue de Cavour, allait contre la loi de 1850; il collabora aux manifestes libéraux du Correspondant ; il se prononça contre la définition de Tinfaillibilité et malmena de son mieux la majorité du Concile. Bref, il fit avec zèle toutes les mauvaises besognes du catholicisme libéral; mais, en somme, il n'eut jamais sur ce terrain le premier rôle, ni même un grand rôle. Il n'a été chef de file et entraîneur que dans la lutte, ou plutôt l'intrigue des royalistes parlementaires contre le Roi. Nous devons donc, quant au libéralisme religieux, nous en tenir à ce qui ^ui fut personnel, nous contentant d'indiquer au passage

la question doctrinale et divers actes où d'autres eurent plus de part et, surtout, plus de responsabilité que lui. Sa charge, d'ailleurs, restera suffisamment lourde.

Entre temps, M. de Falloux, comme juste récompense de son zèle pour la cause libérale, de son dévouement à l'idée orléaniste, de son opposition au Roi, fut élu académicien. Il était si méritant sous ces divers rapports, qu'on lui passa ses livres.

Les Mémoires d'un royaliste font en divers endroits, et toujours d'un ton hautain, la leçon aux simples prêtres et aux évéques. On y voit que les chefs de l'école libérale n'ont jamais pardonné au clergé de s'être écarté d'eux. On devait les suivre non seulement contre l'Empire, même lorsque l'Empire agissait bien, mais aussi contre le Pape dans la question du Syllabus et du Concile. Ce sentiment, sans être crûment exprimé nulle part, se fait sentir partout. Il en faut donner quelques traits.

Un jour, dialoguant avec son ami, M. de Persigny, M. de Falloux lui demanda pourquoi l'empereur s'était montré si peu soucieux de garder le concours de M. de Montalembert.

Yoiciy d'après les Mémoires, quelle aurait été la réponse de M. de Persigny :

« L'explication est bien simple : le prince Louis avait su de tout temps qu'il existait en France de nombreuses peuplades d'hommes vêtus de noir, dont il ne connaissait pas les mœurs et dont il ne parlait pas la langue. On avait besoin d'un truchement pour les aborder et traiter avec eux. M. de Montalembert élait tout naturellement désigné pour cet office; mais en peu de temps les hommes noirs s'apprivoisèrent; ils furent les premiers à mettre leur truchement de côté, et quelques-uns se pressèrent autour de l'empereur avec un tel fanatisme qu'ils dépassèrent le but. L'enipereur me dit un jour en propres termes : Ils me dégoûtent. »

M. de Falloux, après avoir rapporté, sans autre garantie que sa parole, cet indigne propos, qu'il semble avoir savouré comme il savourait la disgrâce du Roi ou la défaveur du Pape, ajoute du ton le plus calme : « Des torts du petit nombre, l'empereur avait tiré des conclusions dont le clergé tout entier n'avait pas à se louer. »

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Lingua fallax non amat veritatem. Il y a là une invention de M. de Falloux. D'abord le refroidissement entre le Prince-président et M. de Montalembert se produisit non pas après la proclamation de TEmpire, mais quelques semaines seulement après le coup d'Elat. Quand, un an plus tard, Louis-Napoléon fut empereur, l'ancien chef du parti catholique était depuis longtemps déjà sans influence. D'autre part, à la date où M. de Montalembert prit une position expectante, le Prince-président n'avait pas encore pu se mettre en relation avec les « hommes noirs ». Il n'avait vu que très peu de membres du haut clergé et, pour ainsi dire, personne du clergé secondaire. Ce serait donc sur le langage d'un très petit nombre d'ecclésiastiques plus ou moins notables, que Louis-Napoléon aurait enveloppé notre épiscopat et nos prêtres dans un jugement que résumaient ces trois mots : Ils me dégoûtent!

Non, ce propos, qui ne pourrait en aucun cas avoir été tenu à la date que lui donne M. de Falloux, n'a pas été tenu du tout. Si Napoléon III avait jamais pu songer à le tenir contre un groupe du clergé, ce n'est pas au lendemain du

coup d'État, mais beaucoup plus tard, lorsque des alliés ou des représentants du libéralisme catholique dans l'Église lui demandèrent d^e les aider contre le Concile et contre le Pape. Voilà un point sur lequel les Mémoires cPun royaliste auraient pu donner de précieux renseignements, mais ils n'ont garde d'y toucher.

LouiS'Napoléon ne croyait pas avoir besoin d'un truchement pour parler aux hommes noirs. Loin de s'être promis de confier cet emploi à M. de Montalembert, il ne voulut pas le lui laisser prendre. Causant, après le coup d'État et avant la proclamation de l'Empire, avec M. Edouard Thayer, directeurgénéral des postes, allié du duc de Padoue et l'un des fidèles du Prince-président, je lui dis que celui-ci avait bien vite donné à M. de Montalembert des sujets de plainte. « Vous vous trompez, me réponditil ; Montalembert a montré tout de suite une prétention que le Prince ne pouvait admettre : il s'est posé comme une sorte d'intermédiaire indispensable entre le clergé et le maître du pouvoir. Or le Prince n'entend pas qu'une individualité quelconque représente une des forces sociales du pays; il ne veut pas plus d'intermé-

diaire entre lui et le clergé qu'entre lui et la magistrature ou l'armée. »

Cela était vrai, et M. de Falloux l'a très bien su. Si les Mémoires disent le contraire, ce n'est pas seulement par habitude, c'est pour mieux faire accepter tout le chapitre où le clergé est puni de soii adhésion à l'Empire et de sa répulsion pour le libéralisme catholique. Ce chapitre où M'' Brossais Saint-Marc, évéque de Rennes, et ses prêtres sont donnés comme preuve de l'abaissement du corps ecclésiastique, est un des plus enfiellés de tout l'ouvrage. De quelques écarts de rhétorique, nés d'un enthousiasme qui passait les bornes, mais qui avait, en somme, quelques raisons d'être, M. de Falloux conclut à un oubli de la dignité du prêtre, à une trahison envers l'Eglise. Il dit d'ailleurs que le grand coupable était VUnivers^ lequel avait persuadé à beaucoup de curés, et tout spécialement à M*"" Brossais de Saint-Marc, que Napoléon III était un nouveau Charlemagne.

Devant cette prétendue désertion du clergé, M. de Falloux écrivait à un de ses amis, M. de Séré : a C'est à nous, pauvres laïques, qu'il appartient maintenant de prononcer à haute voix

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le non licet et d'essayer, par la plus respectueuse, mais par la plus énergique résistance, d'enrayer un mouvement dans lequel ceux qui y sont entrés et ceux qui y poussent n'entendent pas s'arrêter d'eux-mêmes. » Ruis, joignant en matière de respect, l'exemple au précepte, il ajoutait : « Notre siècle presque sexagénaire devait-il voir des évêques perdre si aisément le sang-froid et jeter les fleurs fanées du chansonnier des grâces, pêle-mêle, avec les textes sacrés, sur la phraséologie pénitente de tous les révolutionnaires visant au Sénat? » Il plaignait ensuite ces mêmes évêques d'ignorer les pU" deurs de Vâme,

Nous pourrions citer d'autres traits de même sorte. Ceux-là suffisent. Notre affaire est de montrer l'homme, de déterminer ses principes et pratiques, et non de relever tout ce qu'il a dit de faux, de méchant, de haineux.

Le Concile est convoqué, il va s'ouvrir. M. de Falloux affirme que lui et ses amis accueillirent^ avec approbation^ comme, tout le monde^ cette décision de Pie IX. Si l'on en juge par tout le mal qu'ils se donnèrent pour préparer des solutions conformes aux exigences de « la société

moderne » moulée sur les principes de 89, on doit croire que certaines alarmes tempérèrent leur joie. Que de conciliabules, que de publications louches, que d'intrigues dont le secret fut plus ou moins pénétré, dénoncèrent alors le travail des libéraux ! M. de Falloux nie cette évidence. D'après lui, les chefs du libéralisme catholique se préoccupaient seulement de défendre l'infaillibilité et le plus ou moins détendue de l'autorité pontificale contre Vusurpation qu'en voulaient faire des esprits sans portée et sans autorité. Il y aurait beaucoup à dire sur cette singulière préoccupation, mais contentonsnous de la signaler.

Le Correspondant publia (octobre 1869) un manifeste où d'autres sentiments éclatèrent.

Sous une forme à la fois déférente et autoritaire, mais plus autoritaire que. déférente, on y disait au Concile ce qu'il devait faire et ne pas faire. Au nom de l'esprit moderne, on lui traçait tout un programme de direction et d'opposition, programme qui devait s'imposer, car il émanait d'hommes connaissant bien Vétat des esprits en France et en Europe et parlant après mûre délibération. Ce fut, disent les Mémoires,

à Tévèché d'Orléans que l'on délibéra, puis que les délibérants, Af Dupanloup, MM. de Broglie, Cochin, Monsell, catholique anglais, et de Falloux rédigèrent en commun cet exposé de leurs doctrines. C'était, d'après eux, le minimum de ce qu'il convenait d'accorder aux légitimes prétentions des gouvernements et aux raisonnables exigences du temps présent.

L'éminent historien officiel du Concile, M*' Cecconi, archevêque de Florence, signale dans le deuxième volume de son beau, très réservé et très charitable travail, le manifeste du Correspondant; il y dénonce le libéralisme catholique et y voit l'accord des catholiques libéraux de France avec leurs amis d^ Allemagne ^ « pour empêcher, s'il était possible, la définition de l'infaillibilité pontificale ». Puis, comme jugement définitif, il cite les paroles sévères dont l'évêque de Poitiers, M*' Pie, dans « sa juste indignation » frappa l'écrit de « ces gens trop pleins d'eux-mêmes ».

M. de Falloux, après avoir parlé avec complaisance du manifeste des libéraux, rappelle que lui et ses amis se soumirent dès que le Concile eut défini l'infaillibilité. C'est très vrai,

If

et VUnis^erSy au plus fort de la lutte, n'eut jamais le tort d'émettre l'ombre d'un doute à ce sujet. Mais pourquoi M. de Falloux, après s'être félicité d'avoir fait tout juste l'indispensable, plaidet-il encore la cause des opposants ? En pareille matière, quand on s'est soumis loyalement et chrétiennement, tout est dit : il ne faut plus plaider.

On sait quelle passion, quelle fureur montra l'opposition tant que la décision ne fut pas rendue. Que de brochures et de correspondances odieuses, révoltantes, furent alors publiées contre l'organisation du Concile, contre la majorité des Pères, contre le Pape I Et que de coups portaient sur l'infaillibilité elle-même , bien qu'on prétendit repousser uniquement l'opportunité de la définition ? M. de Falloux figura jusqu'à la fin, nul n'en peut douter, parmi les plus obstinés. En cherchant bien, on trouverait trace de son concours dans cette propagande enragée et déloyale. S'il ne s'y associa pas de sa plume peu compétente, il dut y contribuer de sa bourse. Cependant une fois seulement il fut mis en scène.

Lors de Tinauguration de l'exposition pontifi-

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cale (février 1870), Pie IX prononça un discours où il releva cette parole attribuée à M. de Falloux par la Gazette (TAugsbourg^ l'organe le plus accrédité des innopportunistes du Concile : « Il est temps que TEglise fasse sa révolution de 1789. — C'est un blasphème », dit le Pape.

La sensation fut profonde dans l'auditoire, puis au dehors. Ce n'était pas seulement M. de Falloux, un personnage, que le Souverain Pontife Trappait, sans d'ailleurs le nommer, c'était toute une école très forte dans la presse et comptant au Concile d'ardents amis. En effet, ce mot : « l'Église a besoin d'un 89 », montrait très bien où allait la doctrine libérale.

La Gazette (PAugsbourg donnait ce propos comme extrait d'une lettre de M. de Falioux au P. Gratry, le plus emporté, le plus audacieux, le plus évaporé et le seul candide des brochuriers inopportunistes. Aussi, après la parole de Pie IX, attendait-on de prompts éclaircissements venant tout à la fois de celui qui avait écrit la lettre, de celui qui l'avait reçue et du journal qui, voulant les servir, les avait trahis. M. de Failoux seul parla, et le fit tardivement, par conséquent après des négociations

quelconques . Sa réponse fut une dénégation adressée à la Gazette (TAugsbourgy qui l'inséra sans dire d'où lui était venu son renseignement et sans regretter de l'avoir donné. Quant au P. Gratry, vainement on le pressa de faire connaître le texte même des félicitations de son correspondant. Il se tut. Cependant, comme on le savait loyal autant qu'aventureux et étourdi, un mot de lui eût tranché la question.

M. de Falloux, comme conclusion , pria M*"" Freppel, l'un des théologiens du Concile et évêque nommé d'Angers, de porter au Pape la protestation de son innocence. Seulement, au lieu d'adresser tout droit sa lettre au destinataire, il l'envoya à M«' Dupanloup, qui la garda sept ou huit jours et en fît circuler des copies. M^ Freppel, que cette façon de procéder dut surprendre, se conforma néanmoins au désir de son diocésain. Pie IX répondit en substance que si la proposition qu'il avait justement condamnée n'était pas de M. de Falloux, ce n'était pas M. de Falloux que la condamnation frappait.

Au total, l'affaire parut très louche, même aux amis de l'ancien ministre. L'un d'eux, le

marquis de Castellane , l'a indiqué dans la Nouvelle Revue (!•' mai 1888)^ Il constate que M. de Falloux voyait dans la définition de Tinfaillibilité une rupture entre TÉglise et la liberté moderne, puis il ajoute :

« Le comte de Falloux, j'en ai été vingt fois le témoin^ fut épouvanté des conséquences d'une rupture bruyante entre les deux objets de sa passion. Il a toujours nié avoir dit cette phrase que Pie IX trouva bon un jour d'anathématiser : « Il est temps que l'Eglise catholique fasse sa <K révolution de 1789. » S'il ne l'a pas dite, Ton peut affirmer qu'il Ta pensée. »

Bien que les Mémoires d'un royaliste soient relativement très brefs au sujet du Concile, il y aurait lieu de s'y arrêter plus longtemps ; mais il faudrait mettre divers personnages en cause, et surtout examiner de près les passages consacrés à M^ Dupanloup. Mieux vaut tourner court. Négligeons donc de relever les attaques de M. de Falloux contre « les violences de la polémique prétendue ultramontaine ». Cette polémique, sans sortir de son rôle, soutint Tœuvre du Coocile et eut l'approbation du Pape. Certain bref de Pie IX à Louis Yeuillot en fait foi. Cela suffit.

M. de Falloux dans ses Mémoires n'a pas contre Pie IX les violences de paroles auxquelles nombre de ses amis se laissèrent aller pendant le Concile et au sujet de diverses condamnations portées contre les libéraux, mais il en dit assez pour indiquer un solide fond d'hostilité. Pouvait-il, ce haineux, ne pas être hostile au Pape du Syllabus^ au Pape du Concile, au Pape de tant de brefs et de discours contre le libéralisme catholique, au Pape qui disait de Louis Yeuillot : C'est mon ami !

Si le comte de Falloux se soumit comme il le devait, il n'oublia rien. En Pie IX, ce « Louis XVI, dit-il, dont le voyage de Varennes avait réussi », il montre un pontife aimable, bien intentionné et faible, se laissant dominer pour les grandes affaires par le cardinal Antonelli, homme habile en qui les clairvoyants (le Pape n'en était pas) reconnaissaient la « passion de domination et de lucre dont son long ministère restera entaché». « L'histoire, ajoute-t-il, ne dira qu'incomplètement quel préjudice le cardinal a porté à un règne né sous d'autres auspices et pour déplus hauts résultats. » Cela signifie qu'au lieu de faire le Syllabus et le

Concile, ce règne aurait dû donner à l'Eglise le 89 nécessaire. M. de Falloux insinue ensuite que Pie IX était plus large dans ses promesses que dans ses actes, qu'il prenait de bonnes résolutions sans s'inquiéter suffisamment de les tenir et cédait aisément aux flatteurs. Bref, il l'accuse de s'être laissé influencer par des manœuvres de coterie^ de n'avoir pas su voir « de quel côté étaient la prévoyance, le bon conseil, le dévouement ». Et comme preuve, en ce qui nous touche directement, nous Français, il assure que <c les évoques les plus éminents du clergé de France », NN. SS. Guibert, alors archevêque de Tours ; Dupanloup et Jacquemet furent pendant quelques années ce mis en suspicion et tenus en disgrâce » . Il part de là pour faire une sortie en l'honneur des (c prétendus gallicans » et contre les ultramontains, qualifiés de (( fougueux promoteurs du bon plaisir absolu ».

En somme, avec moins de laisser-aller dans le langage et moins de développements, il traite le Pape comme il.a traité le Roi. L'un et l'autre ont condamné ses doctrines ; il veut l'un et l'autre les diminuer, les abaisser. Son ami et panégyriste,

M. de Castellane, constate le fait à sa manière par cette observation : le comte de Falloux <c tint en suspicion les papes et les princes auxquels il se disait soumis dès qu'il les soupçonna d'avoir songé moins à l'Église et à la France qu'à eux-mêmes ».

Voilà de l'orgueil et de la logique : le catholicisme libéral et le royalisme, parlementaire ayant pour base le besoin de pactiser avec l'erreur et d'abaisser l'autorité, l'homme qui professe ces doctrines a nécessairement en lui, sans toujours se l'avouer, un fond d'hostilité contre le Pape et le Roi. Il les soupçonne d'empiétement, parce qu'il voudrait lui-même em piéter. Quelque chose du non serviam le tourmente. Quand ce libéral est une pauvre tête et que sa foi chancelle, il brise ; quand c'est un esprit vigoureux, délié et fourbe que la foi retient, il biaise. On l'entend protester de sa soumission et de son dévouement, mais en même temps il pousse à là résistaece et veut affaiblir l'homme et le principe auquel il se déclare dévoué. Et enfin, comme couronnement de cette lutte intérieure ou de ce double jeu, il laisse derrière lui les Mémoires cPun royaliste.

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