CHAPITRE XIII
Louis Veuillot, parlant de notre entretien .du 16 novembre 1851 avec M. de Falloux, — non pas dès le lendemain dans le journal, où il n'en rapporta rien, mais cinq ans après, — disait : «M. de Falloux exposait des préventions exagérées, une confiance précipitée, des desseins téméraires. » M. de Montalembert, on Ta vu par la lettre que nous avons citée, rendait en termes beaucoup plus vifs, beaucoup plus durs, le même jugement. Cette conduite de M. de Falloux, son violent désir d'en finir au plus vite et à tout prix avec le Président, étaient d'autant plus étranges que, d'après ses Mémoires, il ne voyait pas ce que l'on pouvait faire et ignorait les projets des hommes auxquels il s'associait avec tant de passion. Si M. de Montalembert et V Univers l'avaient écouté, le bon guide que le parti catholique aurait eu là I Tout son espoir de succès reposait sur le « plan d du général Changàmier, devenu l'espoir des parlementaires, et
justifiant ainsi le mot de Louis Yeuillot lorsqu'il avait vu M. Thiers courtiser le général : <r M. Thiers se forge une épée. » Ce fameux « plan », que M. de Falloux nous aurait confié le 16 novembre, il n'en eut le secret qu'à <c la fin » de ce même mois, en prenant le café che^ M. Mole avec MM. Berryer, de Noailles, Vitet et le général (2* volume, p. 133, 134). Et il n'y avait pas de plan! Changarnier comptait sur son ascendant pour enlever l'armée au moment voulu et n'admettait pas qu'un coup de main fût possible contre lui. Mon appartement, disait-il aux conjurés, dont il faisait ce jour-là des initiés, « est une petite forteresse. Les habitants de ma maison me sont absolument dévoués; particulièrement le pâtissier qui loge au rez-de-chaussée, et tous ses marmitons »; donc on ne pourra me surprendre, et le jour où l'Elysée se découvrira, j'aurai partie gagnée. M. Thiers ne caressait pas des conceptions beaucoup plus fortes. Et voilà quelles tôtes menaient la majorité à l'assaut de la présidence ! M. de Falloux dit que les confidences du général et le ton dont elles furent faites lui cauçèrent une indicible tristesse^ et qu'il sortit do
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cet entretien tenant sa cause pour perdue. Ne reconnut-il pas aussi que Louis Yeuiliot avait eu raison de lui dire une quinzaine de jours plus tôt : (( Vous ne savez pas où vous allez, vous avez de dangereux alliés ; la majorité, qui, même unie, ne pourrait rien, est irrévocablement divisée. Montalembert a raison contre vous, je ne puis vous promettre la neutralité ! »
Notons ici qu'au lendemain de cette séance chez M. Mole, M. de Falloux, ne croyant plus au général Changarnier et se portant fort pour ses amis les parlementaires, fit à l'un des partisans de Louis-Napoléon, le baron de Heeckeren, des ouvertures où celui-ci vit la promesse positive de faciliter un coup d'État, semi-législatif et semi-militaire. — Ce fut une méprise de M. de Heeckeren, s'écrie M. de Falloux, je m'étais borné à lui dire : i( Si le Président faisait apporter à la tribune des mesures énergiquement conservatrices, pourrions'-nous refuser de les voter? y> Huml dans l'état de choses, rien que cela, c'était déjà beaucoup, et si l'on raisonnait comme M. de Falloux, quel parti l'on pourrait tirer de cet aveu contre lui ! Sans trop insister, nous devons au moins rappeler la charmante
réponse du Président (qu^on n'oublie pas que la chose se passait le 1" décembre 1851 au soir, cinq ou six heures avant la mise en cellule de MM. Thiers, Ghangarnier, etc.) : « Je suis enchanté de la bonne nouvelle que vous m'apportez, mon cher Heeckeren, mais je suis bien occupé; venez me voir demain matin, à dix heures, nous en causerons ^ »
\j Univers ne poussait pas au coup d'Etat, mais il y adhéra sans peine. Jamais il ne songea moins à se séparer de Montalembert. De cette adhésion limitée, conditionnelle, M. de Falloux fait un acte où s'associaient l'enthousiasme et le servilisme. Il dit que VUniVers était au diapason du Constitutionnel y organe officieux de M. de Morny, et que tous deux, à force de presser M. de Montalembert, en obtinrent malheureuse^ ment un manifeste que, livré à lui-même, il n'eût pas fait. Voilà une singulière manière de défendre un ami. U Univers n'eut jamais rien de commun avec le Constitutionnel et resta tout à fait en dehors des relations que le chef du parti catholique put former de ce côté. Nous citions
1, On trouvera à Tappendicc quelques renseignements sur cet incident dont M. de Falloux n'aimait pas à parler.
la feuille de M. de Momy comme les journaux libres citent les organes du pouvoir, et notre ton n'était nullement le sien. La chose est facile à vérifier. S'il nous arriva de publier en même temps q ue le Constitutionnel certaines petites pièces de quelque intérêt, ce fut au profit de M. de Falloux lui-même et sur son désir transmis par M. de Montalembert. Il s'agissait de billets, où l'ancien ministre de Louis-Napoléon expliquait en termes habiles le langage équivoque qu'il avait tenu après le coup d'État au sortir de cellule. Loin de lui refuser ce service, nous fîmes à ses très brèves réclamations les honneurs de la première page. Voilà quelle fut toute toute notre alliance avec le Constitutionnel, M. de Falloux l'a très bien su. S'il dit le contraire, c'est afin de faire peser en grande partie sur Louis Yeuillot la responsabilité de la conduite que tint alors M. de Montalembert.
Cette responsabilité serait à coup sûr très acceptable, et nous songeons moins à la repousser qu'à donner exactement les faits; il n'entre, d'ailleurs, ni dans notre sujet, ni dans nos intentions, de rappeler et de juger ce que fit M. de Montalembert avant, pendant et après le
coup d'Etat. Nous n'en vouIobs parler que dans la mesure où il le faut pour donner aux Mé^ moires cPun royaiisiCy en ce qui touche Louis Veuillot et l'&n^Ver^/d'indispensables démentis. M. de Fallouxi qui le» 1" décembre — trop tard ! — avait ébauché un mouvement tournant pour se rapprocher de Louis-Napoléon, accepta d'abord avec sérénité la défaite des parlementaires, et l'on se demanda s'il bouderait longtemps le régime nouveau. Condamner absolument, comme il le fit, ceux qui se prononceraient par un vote négatif contre le coup d'Etat et déclarer que les hommes d'ordre, sauf les chefs de file ayant marqué dans les dernières luttes, ne devaient pas s'abstenir, c'était, sous une forme oblique, faHouxienne^ conseiller le vote affirmatif. Un tel conseil ne dénonçait pas un irréconciàble. Le journal angevin de M. de Falloux suivait également cette voie très sage. Ses articles obtenaient nos éloges,, et il ne s'çn montrait pas fâché. Mais cela ne dura pas. M. de Falloux, cessant d'être ondoyant et divers, reprit rang parmi les grands politiques qui avaient compté sur le général Ghangarnier, aidé des « marmitons » de son voisin le pâtissier, pour
mettre le Président à Yincennes et le prince de Joinville à la présidence.
La sagesse [ou les hésitations de M. de Fal« louv avaient été d'autant plus remarquées que les autres notables du parlementarisme^ remis de ^leur terreur du premier jour, convaincus que le Président respecterait les personnes et voyant les rouges muselés, se montraient furieux. Il fallait se prononcer. M. de Falloux devint moins réservé, moins calme, puis passa dans l'opposition absolue. Tout au contraire, M. de Montalembert, un peu troublé au début, non content d'accepter le coup d'Etat, le loua. Que d'injures il reçut pour cet acte viril que sa conscience lui dictait, et par lequel il était con* vaincu de servir l'Église ! M. de Falloux ne songea pas à dire, pour le défendre, qu'il subissait l'influence de Louis Yeuillot. Il lui fallut une trentaine d'années pour trouver cela. Tout au contraire, sans y mettre la même violence, il fit cause commune avec les enragés du parlementarisme qui accusaient M. de Montalembert d'avoir, plus que VUnwers^ contribué à faire passer les catholiques du côté de» l'homme de décembre ». Les journaux étrangers, particu-
lièrement les journaux belges, dont quelques exemplaires ou quelques fragments de numéros prohibés pénétraient en France par contrebande, servaient d'orgaqes aux mécontents. De plus, on faisait circuler dans les salons des <c nouvelles à la main » et des copies de lettres que la presse parisienne n'eût pu publier sans danger. M. de Falloux usa de ces moyens contre M; de Montalembert. Je le vois par une lettre de celui-ci (18 décembre) : « ... Je vous transmets copie de ma réponse à Falloux, qui fait circuler ici (à Paris) des copies de la lettre qu'il m'a écrite... » M. de Montalembert parlait ensuite de démentis échangés avec Berryer et ajoutait : « Je ne croîs pas que le pauvre Falloux sorte grandi de tout cela. Cependant son parti a trop besoin de lui pour ne pas lui maintenir un piédestal. » Traitant le même sujet de la semaine
suivante, il ajoutait : « Chaque jour mon
temps, ma patience, ma dignité, sont compromis par les lettres entortillées de M. de Falloux et les lettres grossières de M. Berryer, imprimées dans V Indépendance belge^ et qui me dénoncent à l'Europe comme un homme perfide^ équivoque^ etc. » Le 5 janvier 1852, revenant
encore sur ces colères et ces outrages, qu'il prenait trop à cœur, il disait : « ••• Tout ce que j'apprends me fait connaître que la fureur des salons et des anciens partis, loin de diminuer, s'augmente et s'exaspère contre moi. Je passe pour le chef du parti des cochons; c'est le terme élégant dont on se sert, en y ajoutant force invectives contre les dévots^ seuls capables de tant d'ignominies, au dire de ces purs et fiers chrétiens.
« On plaint surtout l'Église d'être compromise et déshonorée par mon action sur elle; et le Bulletin français, journal rédigé à Bruxelles par Alex. Thomas sous l'inspiration de M. Thicrs, annonce pour son prochain numéro un article intitulé : Le Péril de V Église. M. Thiers, de son côté, dit tout haut que je suis le Judas de la Chambre, que M. de Falloux est ,^ un honnéle homme, mais que moi je ne suis qu'un traître, et qu'il m'insultera publiquement à la première occasion. »
En même Xemps qu'il réclamait ainsi contre le groupe où se trouvait M. de Falloux, il écrivait : « Je suis en union intime avec Veuillot. » Qu'on se reporte aux Mémoires <Pun royaliste,
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et Ton verra que toute cette situation y est absolument f au ssée .
Je note au passage que M. de Montalembert eut alors parmi les catholiques, en France et au dehors, les plus nobles et les plus in^portanls appuis. J'ajoute qu'il sut parler au Président en chrétien. Parmi les conseils qu'il lui donnait, je souligne celui de ne pas s'en tenir pour la liberté de l'enseignement et la réforme de l'Université à la loi de 1850. « J^ai dit au Prince, écrivaitril, que la sympathie de l'esprit catholique lui venait naturellement, mais que, pour se l'assurer durablement, il fallait certaines garanties solennelles en matière de liberté d'enseignement et de liberté religieuse... » Et ailleurs : « J'ai soumis au Prince un projet de décret sur la liberté de l'enseignement et la réforme de VUniversité. d La loi de 1850 n'était donc pas sacrée pour lui ?
A partir de 1852, M. le comte de Falloux fut de toute campagne qui se fit contre Louis Yeuillot. Il encouragea de ses gratifications ou de ses souscriptions jusqu'à Jacquot, dît de Mirecourt. Mais laissons les petites affaires pour noter les grosses. Sous ce titre : Le Parti cathq^
su EtVCOltK tB CALOMIflATKUR
liqucy il publia en 1856 un long réquisitoire contre V Univers j le personnifiant, à bon droit, d'ailleurs, dans Louis Yeuillot. C'était, sous une forme impérieuse, avec des habiletés de sophiste et des visées de penseur, une falsification constante et haineuse de notre œuvre I
Les faits y étaient faussés, les citations tronquées, les doctrines dénaturées. Le tout devait établir que VUnwers, au lieu de servir la cause religieuse, la compromettait et que l'on devait mettre en doute son indépendance vis-à-vis du pouvoir. Cette dernière accusation, à laquelle la nature venimeuse et abaissante de M. de Falloux le portait invinciblement, n'était pas formulée avec l'audace et la netteté^ qui sont, en quelque sorte, la sincérité du mensonge. Non, elle circulait sous le couvert d'insinuations, de présomptions, dans des phrases serpentantes et bien travaillées ; de telle sorte que le lecteur en était pénétré sans qu'elle fût carrément émise. L'habileté, a dit M, Renan, est de ne pas conclure. M. de Falloux, homme retors, n'eut pas écrit cet axiome,mais il savait le pratiquer.
Louis Yeuillot, de sa main vigoureuse, brisa cet astucieux travail et somma son adversaire
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de dire ce qu^il entendait par nos jours de souplesscy ou de complaisance pour à'inipérieux alliés. c< Que M. de Falloux, disait-il, épuise ce débat. A-t«il un document, a-t-il un témoin qui dépose contre nous d'une pensée , d'un mouvement d'intérêt personnel, d'une tendance quelconque à tirer de la cause que nous servons un profit privé quelconque ? Qu'il produise ce document, qu'il amène ce témoin. S'il n'a que sa parole, nous donnons la nôtre, et nous en restons là. »
M. de Falloux fit, sur l'ensemble de la réponse de Louis Yeuillot, une réplique , où il essaya d'être impertinent et digne , mais il ne releva pas ce défi.
Peu de temps après, il eut sa part dans la confection et la diffusion du misérable libelle l'a Uniçers » jugé par lui-même. Mais puisque les Mémoires ne parlent pas de cet écrit, que vingthuit évoques flétrirent publiquement, et puisque le prêtre qui en prit la responsabilité est mort , n'en parlons pas non plus. Nous l'avons d'ailleurs jugé comme le demandait la justice quand le signataire était encore là et pouvait réclamer. Il ne réclama pas.
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Napoléon III, qui s'était affirmé, qui avait grandi en faisant de la politique d'ordre, en favorisant les intérêts conservateurs et religieux, laissa voir, après la guerre de Crimée, que Phomme de l'Italie révolutionnaire n'était pas mort en lui. Louis Veuillot comprit et signala tout de suite les dangers de cette tendance. La collection de V Univers et les Mélanges en ren* ferment de nombreuses preuves. M. de Falloux dit néanmoins que, devant des prodromes sur lesquels on ne pouvait se tromper et que bien* tôt des actes suivirent, Louis Veuillot resta l'apologiste absolu de la politique impériale. Il ne se borne pas à le dire, il prétend le prouver. Et comment s'y prend-il? Oh! de la façon la plus simple. Il montre où en était la politique impériale en 1858 et 1859; il signale le coup qui frappa la société de Saint- Vincent de Paul ; il rappelle que le Siècle^ si hostile à l'Église, avait ses coudées franches; il appuie sur ce qui se faisait au profit de l'Italie unitaire, etc. ; puis ajoute : A cette époque un observateur at^ tentif {c^ était lui) pouvait remarquer que VUni-çerSj tout a en se donnant pour le serviteur inflexible des principes » secondait en fait^pAV les
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condescendances et les connivences les plus dangereuseSf Podieitx travail des ennemis de la religion et du pouvoir temporel. Puis pour bien établir qu'à eeiie époque (1859) Louis YeuiUot était le complice et même le flatteur de Napoléon III, il cite une note écrite par le rédacteur en chef de VUnwers en 1854. Voilà M. de Falloux !
Est-il nécessaire de rappeler qu'en 1854 les catholiques français et Rome avaient à se louer de la politique impériale ? Cinq ans plus tard, il en était autrement, et VUniçers, ayant signalé le danger plus haut que personne, mourait de mort violente. Quant au Correspondant, dont M. de Falloux glorifie à cette occasion le grand courage, un autre sort l'attendait : le gouvernement le laissait vivre et il prospérait.
Dans cette suppression de VUnwers M. de Falloux voit l'occasion de calomnies nouvelles, très odieuses, mais, par leur bassesse même, encore plus ridicules qu'odieuses. Ne veut-il pas établir que si Napoléon III supprima V Univers ce fut pour rendre service à Louis Veuillot et en raison de l'accord fait entre eux contre le Pape ? Voici son raisonnement ; L'empereur
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ayant prévu, même avant de se mettre à l'œuvre, qu'il ne renverserait pas le trône pontifical sans rencontrer ce l'ardente opposition des catholiques, résolut de la dompter », et pour atteindre ce but compta sur V Univers ; il ne fîit pas trompé. M. de Falloux ne produit pas le texte du contrat qui fut passé, mais il sait de source certaine qu'il y en eut un et en indique les conditions : VUnivers pourra parler haut sans avoir rien de grave à craindre ; on recevra ses critiques « comme Vlntimé recevait les coups de bâtons », afin d'en tirer profit, c'est-à-dire afin d'assurer à ce complice la confiance des catholiques et du Pape. Même quand on le frappera, s'il faut en arriver là, il restera favori. « Les rigueurs sincères, les colères vraies » seront pour le Correspondant \ et c'est pourquoi on laissera vivre cette revue. Comment, en effbt, lui montrer constamment rigueurs et colères si elle ne vivait plus ? Cela étant posé aux pages 383, 391, 392, M. de Falloux dit, page 395 : a La suppression de V Univers, dont ce journal se vanta souvent comme d'une persécution qui devait le placer au-dessus de tout soupçon, fut en réalité une faveur exceptionnelle. Lorsque le
Pape prononça l'anathème contre renvahisseur de ses États, dans des termes qui pouvaient s'appliquer également à Victor-Emmanuel et à Napoléon III, VUnwers ne pouvait, sans se déshonorer et se démasquer^ se dispenser de publier la bulle d'excommunication qui lui fut directement expédiée. Il l'inséra donc, et le lendemain il fîit supprimé. »
Je n'ai pas à dire — ce serait trop long — dans quelles conditions VUniçers reçut la bulle et la publia; j'affirme seulement que même sur ce détail M. de Falloux n'est pas exact. Mais qu'importe ! Nous le citons pour mettre bien à découvert l'impudent et le calomniateur, et non pour le discuter. Poursuivons.
Ayant ainsi, par la hardiesse du raisonnement et d'habiles déductions, transformé la suppression du journal en faveur exceptionnelle y M. de Falloux veut fortifier sa diffamation et, tout na* turellement, il y joint quelques mensonges. « Le voilà martyr (yUnwers)\ s'écrie-t-il, mais pour dix-huit jours seulement. Après cette courte expiation, il reparaît sous le titre : le Mornk chez le même imprimeur, dans le même format, avec le même gérant, avec les mêmes rédac-
teurs, moins MM. Louis et Eugène Veuillot^ qui demeurèrent directeurs officieux^ au lieu d'être directeurs officiels. »
Très au courant par des amis communs de la façon dont les choses s'étaient passées après la suppression de VUnivers et ayant toujours bien connu l'organisation du Monde^ M. de Falloux ment ici de propos délibéré. Jamais MM. Yeuillot n'ont eu, je ne dirai pas la direction, mais l'ombre d'action sur le journal qui remplaça à la fois V Univers et la Voix de la Vérité ^ que M. Taconet acheta 50,000 francs, avec l'autorisation d'en changer le titre. Très jaloux de son autorité, très légitimement désireux de conserver sa propriété, et très sûr, que, de longtemps, Louis Yeuillot ne serait ni autorisé à fonder un nouveau journal, ni libre d'écrire dans un journal existant, M. Taconet ne nous consulta jamais ni l'un ni l'autre. De quelle terreur il eût été frappé si notre cher du Lac, qui tenait au Monde la queue de la poêle, lui avait dit un jour: Nous avons un article politique de «Louis d! Il eût tremblé même devant un article d' « Eugène D. Les relations personnelles elles-mêmes
ces9èreAt, E^ sept ans Louis Veuillpt, grâce k
la fermeté de Melchior du Lac, put introduire dans le Monde^ sans les signer, trois articles : deux nécrologies et le récit d'une fête religieuse. Quant à moi, je n*y ai rien écrit du tout. Ce ne fut. pas toujours sans peine que nos anciens collaborateurs purent signaler nos travaux de librairie ou nos articles de la Revue du Monde catholique. Du Lac, resté notre ami intime, souffrait tellement de cette situation, qu'entre nous et lui il n'était presque jamais question du Monde.
Encore une fois, M. de Falloux a su tout cela, non seulement parce que nous l'avons dit de son vivant — ce qui suffirait; — mais aussi parce qu'il suivait de très près les affaires de la presse catholique et que certains de ses amis avaient au Monde leur entrée. Seulement, il fallait bien qu'il fit un nouveau mensonge pour arriver à cette conclusion : « M. Veuillot fut-il très affligé de voir disparaître sa signature d'un journal où son esprit demeurait ? La suite des événements permet d'en douter... Si l'on regarde à Vem^ barras de sa situation^ si l'on réfléchit que la bulle romaine Vacculait à la nécessité ou de déserter la défense du Saint-Siège ou de rompre
irrévocablement avec Napoléon III, on comprend bien qu'il se sentit plus soulagé que puni, et qu'il dut bénir dans son for intérieur un silence opportunément imposé. »
Enfin ! a-t-il assez inventé ? a-t-il assez calomnié ? Non , pas encore . La preuve, dit-il , que M. Louis Yeuillot s'entendait avec l'empereur, c'est qu'il aurait pu continuer la lutte j soit par des brochures j soit par la création (V un journal en Suisse ou en Belgique^ et qu'il n'en fit rien. Seulement, après s'être longtemps tenu coi, forcé, par ses amis surpris eidevenus gênants, de reparaître, il rentra un instant dans le combat, sous le prétexte de servir la cause catholique, mais en réalité pour la trahir.
Relevons ces iniquités dans l'ordre où le calomniateur les a produites.
c< M. Yeuillot, dit d'abord M. de Falloux, était à cette époque en cordiales relations avec plusieurs financiers de l'empire, et plus particulièrement avec l'Israélite Mirés. Le Saint-Père le détourna de ce genre de spéculation... » Pardon ! Louis Yeuillot, qui jamais ne spécula, n'avait à cette époque aucune relation d'un caractère quelconque avec aucun financier. C'est
après la suppression de V Univers qu41 connut M. Mirés. Celui-ci, concessionnaire des chemins de fer romains, offrit à l'ex-rédacteur en chef de V Univers^ et sur le conseil de M. de Sacy, rédacteur du Journal des Débats^ une position dans l'état-major de cette entreprise. Louis Yeuillot lui répondit : « Je vais à Rome, et je vous dirai oui ou non quand j'aurai pris langue. » Il prit langue et dit non. Les détails de cette négociation, dont quelques-uns offrent un assez vif intérêt, trouveront place ailleurs.
M. de Falloux raconte au même endroit que Pie IX, toujours confiant en M. Veuiilot, avait désiré le voir en toute intimité^ « pour le garder au service des intérêts religieux », et qu'en conséquence il « l'entretint confidentiellement d'un plan de vaste et libre organisation de la presse catholique hors de France ».
Mais comment M. de Falloux, qui n'a rien entendu, et auquel, à coup sûr, Louis Yeuillot n'a rien dit, a-t-il tout su ? C'est très simple : Un de ses anciens amisj gui était aussi Pamide M. Veuiilot j l'a instruit du fond des choses, et il a deviné le reste. Voilà pourquoi il parle des plans que le Pape exposa à l'ancien rédacteur
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de VUniçerSj en homme qui aurait pu dire :
J'étais lày Louis Yeuillot eut certainement alors avec Pie IX d'intéressantes et importantes conversations, dans lesquelles la presse eut sa part, mais il faut attendre que je les aie rapportées pour les connaître. Le i^asie plan^ que dénonce M. Falloux, étant de son invention, n'y figurera pas. Il y sera dit en revanche, avec les détails nécessaires, quels services de presse Pie IX attendait de Louis Yeuillot et dans quelles conditions il désirait que V Univers ^ sous ce nom ou sous un autre, ressuscitât en Belgique.
La grosse question était d'atteindre le public français. Ceux qui lisent aujourd'hui les Mé^ moires d'un royaliste peuvent croire qu'en 1860 les journaux publiés à Bruxelles ou à Genève arrivaient tout droit en France. Non, les uns étaient absolument proscrits; les autres entraient quand la censure le trouvait bon. M. de Falloux fausse donc les faits quand il dit que Louis Yeuillot, pour continuer la lutte, n'avait qu'à créer un nouveau journal en Belgique ou en Suisse. Ce nouveau journal eût été saisi à la frontière, et il n'y aurait pas eu lutte du tout.
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C'est pour cela qu'après avoir bien cherché, bien combiné^ on y renonça.
Si M. de Falloux parle des confidences de Pie IX à Louis Yeuillot, et du vaste plan que le grand Pontife exposa dans àHntimes audiences au journaliste, c'est pour arriver à cette conclusion, bien digne de son esprit trigaud : Quand le Pape, confiant et trompé, eut tout dit, quand il eut remis à Louis Yeuiilot des instructions secrètes et des papiers importants, celuici s'arrangea pour tout livrer à l'empereur.
Jouant l'homme léger, il fit un paquet des papiers qu'on lui avait confiés, des notes qu'il avait prises sous la dictée du Saint-Père, et le mit dans sa malle. Puis, au lieu de veiller sur ce colis si précieux, il le confia, avec la clef, à un inconnu rencontré en wagon, homme complaisant et policier. Cet agent, remplissant le rôle qui lui était assigné, prévint ses chefs, et la malle fut saisie. L'empereur tenait les secrets du Pape. Le premier usage qu'il fit de cette arme fut d'empêcher Vexécution des conceptions personnelles de Pie IX en matière de presse.
Tout cela est sûr, puisque M. de Falloux l'a su de Tanii commun et inconnu qui lui confiait.
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pour l'adoucir, les confidences de Louis Veuillot. Hélas 1 cet indiscret, bien intentionné et resté caché, perdait son temps. Vainement il disait à M. de Falloux, en lui parlant de Louis Yeuillot : « Le pauvre homme est mortellement attristé » de la saisie de ses papiers, l'ancien ministre ne se rendait pas. Loin de là, il s^en^ fonçait de plus en plus dans sa défiance. Et pourquoi cela ? Parce que Louis Yeuillot, dans ses réclamations et explications, ne se montrait, assure-t-il, ni très surpris ni très irrité de son* aventure. Avoir fait saisir les secrets du Pape et n'en pas pleurer^ n'était-ce pas, pour les perspicaces, l'indice d'une complicité? M. de Falloux ajoute : « Le public trouva tous ces récits fort singuliers ; mais VUnivers jeta un peu de sa poudre brillante aux yeux de ses abonnés, et le bruit de cet incident s'éteignit comme tant d'autres. »
Voilà un joli trait ; seulement il est de trop. En effet, lorsque cet incident arriva, VUnivers était supprimé depuis trois mois, et il ne reparut que sept ans plus tard. Nul moyen donc pour lui d'aveugler les gens en leur jetant une poudre quelconque aux yeux.
Mais enfin, ces papiers dont la saisie aurait du affliger mortellement Louis Yeuillot, que révélaient-ils ? Ils ne révélaient rien. Le butin de la police se composait : 1^ de lettres de chancellerie, avec suscriptions latines, relatives à des demandes de titres ou de décorations adressées au Nonce apostolique pour qu'il les fît parvenir aux intéressés ; 2^ de lettres de famille ou d'affaires privées, de notes en vue de publications futures, notamment le Parfum de Romey et de papier blanc.
Ce' n'était point la ce que l'on cherchait. L'empereur, qui n'avait pas la conscience nette, redoutait un peu d'être excommunié, et l'impératrice s'en inquiétait beaucoup. Or, le monde officiel et policier, qui dès lors ne s'entendait guère aux choses religieuses et ne savait rien de la façon dont elles se traitent, croyait fermement que Louis Veuillot avait appuyé à Rome le projet d'excommunication et rapportait la bulle redoutée. Voilà le papier que l'on croyait trouver dans sa malle, (c Savez-vous, lui disait quelques mois plus tard M. de Persigny, quo le fait seul d'avoir demandé au Pape d'excommunier l'empereur vous rendait coupable de cons-
piration contre la France avec l'étranger, et nous donnait le droit de vous déporter? »
Si Ton veut d'autres détails sur le service d'espionnage organisé alors autour de Louis Veuilloty sur le frère fileur qui devait le suivre partout, et au retour ne pas perdre sa malle de vue, on les trouvera dans VUnivers du 17 janvier 1869 et dans les Mélanges (troisième série, t. III, pages 288-302). C'est sur ce récit, une perle d'humour et de style, que M. de Falloux a travaillé. Nulle part peut-être ce maître fourbe n'a montré plus de déloyauté dans Texposé des faits et plus d'impudence haineuse dans les inductions, et tout cela afin de faire entendre que Louis Veuillot a dû trahir le Pape pour l'empereur! Rien ne prouve mieux que, même chez un homme d'esprit, la haine peut être bête. Le mot est gros, mais c'est le mot vrai, et je le laisse.
Quelque fidèle du libéralisme se demande peut-être si, dans les notes de Louis Veuillot saisies par la police, il n'était pas question du journal que désirait Pie IX. Oui, il y avait là le canevas du prospectus qui serait lancé si l'œuvre était tentée. Louis Veuillot, ne croyant
pas qu'on pût créer et répandre un journal sans que personne le sût et que le gouvernement s'en doutât, préparait un appel aux catholiques. Cela avait été arrêté à Rome dans des conseils qui n'avaient rien eu de secret, car plusieurs souscripteurs conditionnels y avaient pris part.
Il ne s'agissait pas, en efiPet, d'une publication clandestine, que Louis Yeuillot ne pouvait songer à faire et que Pie IX n'eût pas autorisée, mais d'une œuvre publique digne de l'écrivain qui devait la diriger et du Pontife qui voulait la patronner. M. de Falloux, qui avait alors des yeux et des oreilles au Vatican et même à l'am^ bassade de France, n'a rien ignoré de tout cela; s'il a dit le contraire dans les Mémoires cPun royaliste, c'est parce qu'il avait besoin du mensonge pour étayer ses calomnies.
C'est aussi par une fausseté qu'il entre en matière sur la question des brochures. Les amis eux-mêmes de M. Yeuillot, dit-il, mécontents de son silence, devinrent gênants. « Ils lui répétaient sans cesse : <c Mais faites donc une broc( chure ! » Il en fit une. »
Non, il en fît cinq au moins, sans compter VJUusion libérale^ et M* de Falloux, son lecteup
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assidu, les a toutes lues de très près. Voici leurs titres :
Le Pape et la diplomatie. — Waterloo. -^ Le Fond de Giboyer. — Le Guêpier italien. — A pro^ pos de la guerre. — C'était aussi une brochure de combat, cette courte et militante biographie de Pie IX que Louis Yeuillot publia pendant la suppression de V Univers. Mais qu'a-t-il donc écrit durant ces sept années, comme durant toute sa vie de chrétien, qui ne fût dicté par Pamour de l'Église et dirigé contre l'ennemi, qu'il s'appelât le Parlement, la Presse, l'Acadé^ mie ou César ? Les deux volumes du Parfum de Rome ne sont^ls pas, en même temps qu'un chant d'amour, une œuvre de combat, où bien des coups frappent en plein la politique et les actes de Napoléon III ?
Tenons-nous-en aux brochures. Pourquoi M. de Falloux, qui les a toutes connues, n'en compte-t-il qu'une : Waterloo? C'est d'abord pour insinuer que Louis Yeuillot n'était pas libre vis-à-vis de l'empereur, qu'il y avait entre eux quelque marché qui le liait; c'est aussi parce qu'en détachant de cette brochure un paragraphe, il lui a paru facile de la présenter
comme une paradoxale apologie de Napo^ léon /*'.
Il n'y a ^^ même dans ce qu'il cite — ni apologie ni paradoxe. Louis Yeuillot y note en passant, pour le démontrer ensuite, que par la défaite de la France à Waterloo les nations protestantes, l'Angleterre et la Prusse, et la grande nation schismatique, la Russie, devinrent prépondérantes en Europe et réglèrent les choses de manière à fortifier cette prépondérance. Il cite à l'appui de sa thèse différents faits, notamment la création du royaume des Pays-Bas, qui soumettait la Belgique catholique à la Hollande protestante. Et, poursuivant sa démonstration, il dit que Napoléon P*^, excommunié mais non apostat, était dans cette bataille, par la force des choses, comme souverain de la fille aînée de l'Église, le capitaine catholique. Qu'il y ait là sujet d'ergoter ou même de discuter, qous le voulons bien ; mais comment y trouver l'apologie du grand vaincu de Waterloo ? Gomment aussi nier qu'après leur victoire la Prusse, l'Angleterre, la Russie, ne fussent mal tresses de l'Europe?
M. de Falloux aurait pu cependant contester
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là-dessus ; il a préféré dire que I^ouis Veuiilot, en publiant, de 1860 à 1867, cette seuk bro* chure, avait encouragé par une audacieuse et injustifiable ficbgornerie la politique iialienne de Napoléon III.
Que répondre à cela, sinon que la seconde partie de Waterloo est dirigée tout entière contre cette politique? Il y est noté que l'empereur a changé de voie depuis l'attentat d'Orsini, et il lui est signifié qu'en méconnaissant, par son alliance avec le Piémont et ses complaisances pour les révolutionnaires, les traditions et les devoirs de la France, il marche à un second Waterloo pire que le premier. <c J'ose dire, s'écrie Louis Veuillot, que la France sera encore la grande vaincue dans ce second Waterloo, plus désastreux que le premier; vaincue des mêmes ennemis, vaincue par suite des mêmes fautes...» Et plus loin :« Ce Piémont que l'on prend pour un ami et pour un renfort me rappelle l'arrivée des Prussiens sur le champ de bataille de Waterloo, la droite de l'armée catholique dégarnie et la bataille perdue. »
Voici le dernier mot : « ... Ceux qui ont fermé l'oreille (aux avertissements des évoques) en-
tendront le tonnerre. Hélas! ce qui fait l'angoisse de nos cœurs, à nous fils catholiques de la France, ce n'^est pas la crainte que Dieu ne soit pas vengé. »
Était-ce le langage d'un courtisan, ou celui d'un chrétien qui voit où l'on va ?
Et voilà l'écrit que M. de Falloux signale comme une œuvre à^audacieuse et inqualifiable flagornerie^ ayant pour but de préparer la voie aux projets italiens de Napoléon III ! C'est à croire qu'à force de dire faux, cet homme n'avait plus le sens du vrs^i. Le mensonge sortait de ses lèvres tout naturellement, comme du croc de la vipère sort le venin.
Le langage que tenait Louis Veuillot dans Waterloo eût été ferme en tout temps. Il était alors aussi hardi que possible. Non seulement les lois sur la presse permettaient de saisir tout écrit où le gouvernement voyait un excès, mais l'écrivain subissait forcément la censure de l'éditeur et de l'imprimeur. Ceux-ci, en effet, pouvant être poursuivis comme l'auteur, n'entendaient pas provoquer l'amende et la prison. Ils demandaient des ratures ou refusaient leur indispensable concours. C'est ainsi qu'il nous
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fut impossible de publier une brochure intitulée : La suppression de V^ Univers y^. Je Pavais écrite, et mon frère devait en faire la préface. Nul éditeur ne l'accepta. Cependant| connaissant la loi et voulant que mon écrit parût, j'y étais d'une extrême modération. Cette censure, Louis Yeuillot dut la subir pour le Pape et la Diplo^ maêiej Waterloo^ le Guêpier italien^ etc. Cependant, si l'on compare les brochures du temps aux siennes, on verra qu'il sut donner au blâme et à la vérité de vigoureux accents. Quel esprit droit peut en douter ?
M. de Falloux, au moment de conclure sur l'œuvre de Louis Veuillot, prévoit une objec* tion. Il craint qu'on ne lui reproche d'avoir condamné une conduite et des écrits qui furent loués de Pie IX? Prenant les devants, il signifie à la postérité que si ce Pape mérita des hommages, il fut cependant sujet à l'erreur, qu'il se trompa sur plusieurs points politiques^ et no-* tamment sur deux hommes^ « le cardinal Antoneili et M. Yeuillot». Le premier, ajoute-t-il, laissa une très pauvre mémoire et un trop riche héritage; le second, « investi d'une sorte de dictature dans la presse catholique, faussa cons-
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tamment Papologie religieuse et la déshonora autant que cela pouvait dépendre de lui». Foi deFalloux!
C'est le mot de la fin ; il couronne l'œuvre tout entière, mais ce n'est qu'un outrage, et s'il nous convient de prouver que M. de Falloux, quand il articule un fait, ment, nous jugeons superflu d'établir contre cet homme à l'esprit salissant, que Louis Veuillet n'a pas déshonoré la presse religieuse. De son premier livre jusqu'à sa mort, deux Papes, des centaines d'évéques, des milliers de prêtres et le peuple chrétien ont dit, au contraire, qu'il l'avait grandement honorée ; cela suffit.
Pie IX ne s'est trompé ni sur Louis Veuillot, ni sur M. de Falloux. En 1849 il a loué largement celui-ci de la part restreinte qu'il avait prise à l'expédition de Rome^ et, plus tard, jugeant les doctrines dont Tancien ministre de Louis-Napoléon était le défenseur passionné, ces doctrines qui veulent allier la lumière et les ténèbres^ accorder la justice et l'iniquité^ il a dit que les catholiques imbus de telles idées et les propageant étaient plus dangereux que les fauteurs mêmes de la Commune. M. de Falloux
comprit si bien qu'il était frappé que, dans ses Mémoires, il se vante, lui catholique, d'avoir été
en pleine défaveur du Pape. Cette fois, il a dit vrai.