CHAPITRE XIV
Corneille a écrit sept ou huit comédies qui,
toutes, contiennent des traits charmants et de
jolies scènes; une seule cependant est restée
au répertoire : le Menteur. Cette préférence est
justifiée, car nulle autre des comédies du maître
n'est aussi bien venue et n'a conservé tant de
jeunesse. Les traits fins, joyeux et mordants
sans être méchants, y abondent. A travers le
rire résonne de temps à autre le vers cornélien,
le vers an Cid et de Cinna^ mais il ne détonne
pas et la pièce est vraiment gaie. Néanmoins ce
n'est pas un chef-d'œuvre : quelque chose de
fort important y manque : l'observation. Dorante
est un menteur, ce n'est pas le menteur. Garçon
obligeant, léger, de belle humeur, il ment, soit
pour se vanter, soit pour se tirer de l'embarras
où quelque précédent mensonge l'a mis, soit
même pour le seul plaisir de dire tout ce qui lui
vient en tête. Il ne calcule rien. Son mensonge,
toujours improvisé, est sans fiel comme sans
habileté ; il ne se tient pas ; et, au total, ce hâbleur qui ment sans cesse ne sait pas mentir.
Le vrai menteur procède autrement : holnme de [réflexion et de calcul, il travaille son mensonge, il l'insinue plus qu'il ne l'affirme, et se ménage des moyens de retraite, des sortes d'alibi, afin de pouvoir s'échapper en s'écriant : <K Votre interprétation va trop loin, vous me faites dire plus que je n'ai dit. » Ce «caractère» je viens de l'étudier,et je sais que pour bien rendre son personnage il a manqué à Corneille de connaître M. de Falloux.
Les Mémoires (ffun royaliste n'ont pas d'épigraphe; celle qui leur conviendrait, la voici : Lingua fallax non amat çeritatem. Ce n'est pas que tout y soit faux; seulement^ sur toute question controversée, sur tout honune dont M. de Falloux a voulu se venger, la vérité n'y est dite que dans la mesure où elle peut protéger le dénigrement, la diffamation, la calomnie . C'est le cachet du livre. Voyez, dès les premiers chapitres, quelles mines M. de Falloux creuse et quels habiles travaux d'approche il fait pour atteindre plus tard le comte de Chambordl 11 loue le j^une Prince, il voit en lui des espé-
COIiCLUStOM 279
rances d'avenir; mais il marque d'une note louche « l'entourage ». Et, d'autre part, il a déjà jeté un peu d'encens aux princes d'Orléans. Les années s'écoulent, il donne encore des éloges, il continue de se dire dévoué, il veut toujours espérer; cependant la note venimeuse s'accentue. L'entourage, qui paraissait faible et douteux, devient étroit, soupçonneux, presque ridicule. Bientôt il sera dangereux.
Quant au Prince, le voilà jeune homme : il est de mine royale, les Mémoires en conviennent, et son esprit parait alerte, mais il n'a pas encore de volonté, il ne sait rien voir, ni rien faire par lui-même ; cela devient inquiétant, et M. de Falloux pressent des défauts qui pourront amener des calamités publiques. Le voilà homme, et il se laisse imposer des conseillers qu'il n'ose ou ne peut juger. M. de Falloux s'inquiète de plus en plus. Et quels sont, au fond, ces conseillers tout-puissants? De fidèles serviteurs dévoués d'une certaine façon à leur maître, mais nuls ou médiocres, et d'une ignorance invincible; si fermés aux choses du temps, si incapables d'apprécier les hommes, qu'ils se défient de Berryer et n'accordent aucun crédit à M. de Falloux.
Et plus le livre avance, plus cet esprit de dénigrement, qui vise constamment le Roi, se développe et s'affirme. Il deviendra de l'ironie, du dédain, de la colère, do la haine ; il usera de la falsification et de l'outrage, mais sans oublier les nuances et les gradations. N'est-ce pas le moyen d'atteindre plus sûrement le but? Le comte de Chambord était coupable quand il semblait ne pas agir par lui-même ; il sera plus coupable le jour où il dira : « Je prends la direction de mon parti et j'entends être obéi. » M. de Falloux, qui l'avait d'abord accusé de faiblesse, d'indécision, l'accusera ensuite d'absolutisme. S'en tiendra-t-il là? Non, il ne lui suffit pas d'attaquer la politique du Roi, il veut abaisser l'homme. Le comte de Chambord, dont la parole si nette, si noble, le caractère si franc et si généreux ont séduit même ses ennemis les plus déterminés, prend dans les Mémoires (Pun royaliste la figure d'un dissimulé, faisant par calcul et par faiblesse des promesses contradictoires qu'il se réserve d'oublier, manquant à la fois de fermeté et de droiture, se retranchant dans des accusations déloyales et vagues pour couvrir les fautes où l'entraînaient son indé^
' GONCLUSIOIf 281
cisionet 9on illuminisme. Par exemple, il aurait faussé les faits en m'écrivant, au lendemain de la mort de Louis Veuillot : En 1873, lorsque « les intrigues d'une politique moins soucieuse de correspondre aux vraies aspirations de la France que d'assurer le succès dé combinaisons de parti m'obligèrent à dissiper les équivoques en brisant les liens destinés à me réduire à l'impuissance d'un souverain désarmé, nul autre ne sut pénétrer plus avant dans ma pensée^ ni mieux donner à ma prostestation son véritable sens».
M. de Falloux, que cette lettre dut faire bondir, nie dédaigneusement que les parlementaires aient ourdi en 1873 une intrigue quelconque. Il suffit que la parole royale contredise la sienne pour que la cause soit entendue; mais ne trouvera-t-on pas un jour ou l'autre quelque chose de plus? Il est difficile d'intriguer beaucoup sans écrire un peu, et si les paroles ne laissent pas de traces, les papiers quelquefois se retrouvent. Cela pourrait arriver pour diverses lettres échangées alors entre parlementaires? On doit compter là-dessus, et, de plus, on doit être convaincu que les derniers
confidents et fidèles serviteurs du Roi ne voudront pas laisser sa parole en souffrance. Ils diront ce qu'il leur appartient de dire, ils révéleront ce qu'il leur appartient de révéler pour défendre une grande mémoire, dont ils ont particulièrement la garde.
C'était le droit de M. de Falloux, bien qu'il fût ou se crût ou se dit royaliste, de ne pas accepter toutes les idées du comte de Chambord et de ne pas aimer sa personne. Mais pourquoi tant de haine et pourquoi cette haine s'est-elle portée jusqu'au dénigrement, jusqu'à l'outrage, jusqu'à fausser les faits et les pièces? C'est que M. de Falloux ne pouvait être mécontent de quelqu'un, à tort ou à raison, surtout à tort, sans le haïr, et ne pouvait le haïr sans chercher dans le dénigrement et la calomnie sa vengeance. Or, le Roi avait trompé ses calculs et ses espérances. Convaincu de son mérite, ayant dans ses idées une confiance de sectaire et se jugeant supérieur à tous les royalistes en vue — ses Mémoires le prouvent, — il comptait prendre dans le conseil royal la première place, sauf à laisser Berryer jouir d'une présidence d'honneur. Il ne put y arriver et devint fron-
deur, puis ennemi. Seulement ce ne fut pas un ennemi loyal et, par conséquent, déclaré. Il fit la guerre aux doctrines du Roi, à son drapeau, à sa personne, et continua de se déclarer royaliste. {1 faut reconnaître que cette tactique lui réussit et que le comte de Ghambord eut la douleur de voir beaucoup de ceux qu'il appelait ses amis, et qui se déclaraient ses fidèles, lui tourner le dos pour suivre M. de Falloux. On a dit que Henri V, s'il n'avait jamais douté de son droit, avait douté de l'avenir. Pouvait-il, devant cet oubli des idées et des sentiments monarchiques, être bien confiant?
M. de Falloux, qui fut l'homme de l'affaiblissement des principes et de la division dans le parti royaliste, joua le même rôle dans le parti catholique. Il le fit également en vue de lui-même, il employa les mêmes armes ; il a cherché les mêmes vengeances. On le vit, à la fois, royaliste contre le Roi et catholique contre le Pape. L'un et l'autre le rappelèrent au devoir; il n'en tint compte. Tout au contraire, cette disgrâce et cette défaveur lui firent savourer une jouis^ sance d'un ordre particulier, mêlée d'âpreté et de charme, mais où le charme l'emportait. Ce
royaliste fut toujours sûr d'avoir raison contre le Roi ; ce catholique, s'il s'irrita d'être blâmé par le Pape, — un blâme qui frappait ses doctrines — ne s'en inquiéta jamais. Ne savait-il pas qu'il avait, plus que Roi et Pape, le discernement des hommes et comprenait mieux qu'eux les besoins du temps? D'ailleurs il était toujours prêt à protester de ses bonnes intentions. Nul ne jouait plus volontiers double jeu. M. le marquis de Castellane, l'un de ses té* moins, nous l'a montré tenant en suspicion le Pape et les princes auxquels il se déclarait sou-mis.
Cependant il est moins hostile à Pie IX qu'au comte de Chambord. C'est que le Roi, qu'il s'était promis de gouverner, l'avait, en lui montrant la porte, absolument déçu, et que le Pape, en condamnant le libéralisme catholique, l'avait simplement gêné. Il poursuivait, en effet, un but politique plutôt qu'un but religieux. L'ambitieux dominait chez lui le doctrinaire, et, malgré son goût pour le faux, le catholicisme libéral l'eût moins séduit s'il n'y avait pas vu un appui pour le parlementarisme et un moyen d'action personnelle. Du reste, sa réserve quand
il parle de Pie IX est toute relative. Nous le voyons^ là comme partout, l'homme de la rancune et du dénigrement. Il veut réduire ce grand Pape à la taille ordinaire et même le rendre petit. Il le montre hésitant, faible, sans clairvoyance , plus prompt à promettre que fidèle à tenir, sensible à la flatterie, dominé par des coteries, ne sachant jamais voir de quel côté sont le bon conseil, la prévoyance, le dévouement; se trompant sur les grandes questions politiques et sur les hommes, etc. C'est sa revanche du Syllahus et de l'infaillibilité, puis aussi de tant de coups portés au libéralisme, de tant d'encouragements donnés à Louis Yeuillot. M. de Castellane, ami dévoué, mais d'une mémoire trop fidèle et d'une plume trop expansive, nous dit où en était ce catholique libéral quand il fallut se soumettre au Concile. Il montre les autres chefs de l'école poussant des cris de douleur et ajoute : ce Seul le comte de Falloux sut se contenir. Malgré son désespoir, il garda le silence. Tel un général d'armée vaincu, qui au soir de sa défaite, au lieu d'insulter son vainqueur, ne songe qu'à lui ponter de nouveaux coupa. )»
S86 GOMGLUSIOII
Nous Tenons de rappeler, après en avoir donné de nouvelles preuves au cours de cette étude, comment M. de Falloux dans ses Mémoires se venge du Pape et du Roi. Il faut rappeler aussi qu'il a procédé de même sorte, mais naturellement plus à découvert, contre les catholiques et les royalistes qui ont dit à son ambition et à ses doctrines : On ne passe pas I Tous il a voulu les atteindre dans leur personne.
Représentants de la vieille noblesse, portant dignement leurs grands noms, évoques dévoués an Saint-Siège et fermes sur les pHncipes, députés, écrivains, tous il les a marqués de quelque note abaissante. Il en fait une galerie où l'on ne trouve aucun homme qui ait à la fois de l'intelligence, du caractère et de l'honneur. C'est une règle : quiconque Ta contredit ou simplement gêné, même sans le savoir, est un envieux ou un sot, un présomptueux ou un aveugle ; quiconque l'a résolument et efficacement combattu a obéi à un mobile honteux. Oui, il n'a eu ni foi, ni Dieu, ni loi, celui qui n'a pas estimé Falloux.
Notez que la polémique de ce contempteur n'est lestée d'aucun document, d'aucune preuve,
d'aucun témoignage authentique, d'aucun texte pouvant résister au contrôle. M. de Falloux conjecture, induit, déduit, fait des rapprochements, invoque ses souvenirs, affirme, flétrit, condamne, et tout est réglé. Il faut le croire sur parole.
Etre cru sur parole, M. de Falloux l'a manifestement espéré. Il avait cependant de l'esprit, et même, en certains cas, du jugement ; mais il s'était tant joué de la vérité qu'il ne pouvait plus mesurer le mensonge, et se flattait de tout faire accepter. C'est, comme œuvre de fausseté et de calomnie, le défaut capital des Mémoires d!un royaUste. On y reconnaît partout l'homme qui de son vivant reçut tant de fois en face, à juste titre, de sévères démentis sans jamais se décourager. Cependant, si ces leçons que lui infligèrent, en termes plus ou moins durs, mais toujours clairs, le comte de Chambord, M. Léo de Laborde, les membres du comité royaliste de l'Anjou, M>^ Pie, Louis Yeuillot et tant d'au* très, ne purent le corriger, elles le retinrent un peu. Il sentait que fuir devant une accusation de fausseté, en promettant de répondre plus tard, ce n'était pas brillant. Ce frein, qui lui
donnait quelque sagesse, il ne Ta pas eu en écrivant ses Mémoires — un livre d'outre-tomfoe, — et voilà pourquoi il s'y est montré fourbe et calomniateur au point de gêner même les méchants et de ne pouvoir tromper que les ignorants, les sots ou les étourneaux. Je prie M. l'abbé L. Lacroix, professeur d'histoire et conférencier de salon, qui, sur le témoignage de M. de Falloux, a tranquillement accusé Louis Yeuillot de félonie^ de croire que je ne songe nullement à le classer parmi les sots.
Le faux, marque distinctive des Mémoires de M. de Falloux, se trouve d'ailleurs, à un degré plus ou moins net, dans tout ce qui a marqué sa vie publique. Gentilhomme, il n'a pas d'ancêtres; comte, il tient son titre d'un décret de fraîche date et cependant périmé par une révolution ; catholique et royaliste, il est élu représentant du peuple après une profession de foi républicaine, et entre dans le premier ministère de Louis-Napoléon ; il devient académicien sans titres littéraires et en vue de services politiques qu'il né rendra pas ; il est lauréat des concours agricoles si^ns être personnellement agriculteur; ennemi du comte de Chambord, il passe
pour son représentant; renié des vrais monarchistes, l'opinion le croit leur chef; enfin il meurt, laissant contre le Roi et les doctrines royales un pamphlet intitulé les Mémoires d'un royaliste. Que ce titre donné à un tel livre est bien de luil Ceux qui l'ont connu voient sa longue et maigre figure s'animer d'un sourire vindicatif en l'écrivant.
Tout cela donne certainement l'idée d'un habile homme. Il avait, en effet, de l'habileté et il y joignait des dons précieux. Il savait parler et s'éleva plusieurs fois à l'éloquence ; il voulut écrire et devint, dans une bonne mesure, écrivain; homme de surface, il cherchait volontiers la profondeur et, pour les myopes, paraissait la trouver; il avait de la décision et de la persévérance, du savoir et du savoir-faire; enfin il causait avec grâce et finesse, abusant un peu de la sentence et de l'axiome avec les gens qu'il proposait d'éblouir, mais se soulageant dans le privé par d'autres propos... « Le comte de Falloux, dit le marquis de Castellane; excellait à conter les histoires légères; avant d'en commencer le récit, il ne manquait jamais de dire :
<c Je ne sais si je dois raconter celte aventure ;
290 GOMCLUSION
a pourlanty puisque je la tiens de l'éyèque du « Mans... »y et Phistoire allait son train. »
Ces qualités et ces aptitudes sont de celles qui poussent leur homme; elles assuraient à M. de Falloux une place distinguée dans le monde du parlementarisme et du libéralisme, sauf le cas où il y aurait joint l'amour des principes et le respect de la vérité. 11 y joignit, au contraire, l'esprit d'intrigue qu'il appela l'esprit de conciliation, et sa fortune politique fut faite. Petite fortune,en somme, et peu enviable pour un catholique né royaliste, car elle le classe parmi ceux qui ont achevé la ruine de l'idée monarchique, et que l'on a vu soutenir des doctrines ou des tendances que l'Église a condamnées.
On a qualifié M. de Falloux d'homme d'État.
Pouvait-il être homme d'État, le politicien dont M. Thiers fut pendant vingt-cinq ans l'idéal? Cette admiration donne sa mesure et comme conscience et comme portée politique. C'était simplement un parlementaire entêté dans ses idées, borné dans ses vues, ayant un mérite inférieur à son ambition et un caractère inférieur à son mérite. Aucun de ses actes, aucun de ses écrits ne révèle une nature primesautière et
forte. II suit avec, dextérité, avec ruse, la voie où se trouve son parti. Mais sous quelque aspect que vous l'envisagiez : homme politique, orateur, écrivain, il est sans conception qui lui soit propre, sans initiative, sans originalité. S'il peut paraître original en quelque chose, c'est par sa tranquille audace dans le mépris de la vérité et par une confiance absolue et cependant contenue en lui-même. Ce dernier trait de caractère lui permit de s'imposer, sans leur porter ombrage, à de plus importants que lui. Il y gagna par exemple de conduire Berryer en paraissant le suivre.
Au total, cet homme distingué a vécu dans le faux, l'a servi et s'en est servi. C'est encore par le faux qu'il reste un personnage. De quoi le glorifie-t-on? De deuxgrand? actes qui se seraient accomplis sans lui : l'expédition de Rome et la loi de 1850. Son rôle dans ces graves rencontres a été secondaire, et même, à quelques égards, fâcheux. Cependant il a fitii par en usurper tout l'honneur. Et pour couronnement de cette carrière, où le faux a eu tant de part, le comte de Falloux est mort, laissant derrière lui ses Mémoires, œuvre de vanité, de haine et
de mauvaise foi, où la calomnie, surtout contre Louis Yeuilloty prend un tel caractère, est si misérable, si odieuse et si absurde, qu'on peut y voir, qu'il convient même d'y voir, de l'obsession et de l'inconscience.
J'ai cité, au cours de ce volume, des extraits de diverses lettres de M. de Falloux à Louis Veuillot. Aucun doute n*a été élevé sur l'exactitude d'aucun de ces extraits. Cependant, pour que l'éditeur et les approbateurs des Mémoires d'un royaliste ne soient pas tentés de dire que, dans leur ensemble, ces lettres pourraient bien n'avoir pas le caractère que leur donnent les passages insérés dans mes articles, devenus des chapitres, je les reproduis ici in extenso. On verra que si je n'ai pas tout de suite tout cité, c'était uniquement afin d'arriver plus vite au but.
Page 215, chapiti^e x, j'ai donné quelques lignes
d'une lettre écrite par M. de Falloux à Louis Veuillot,
après leur première entrevue, en 1843. Voici toute
cette lettre :
Angers.
Cher Monsieur,
S'il m'est permis de douter de votre souvenir personnel, il m'est interdit de douter de
votre vigilance envers nos grands intérêts communs. Je vous envoie donc trois numéros du Maine-et-Loire^ qui ont peut-être droit, à divers titres, à votre attention.
Vous verrez d'abord dans ma lettre la superchérie deM. le professeur Trouessard eiVachar nement universitaire à vouloir maintenir, /?er fas et nefas^ ses déclamations sur la Saint-Barthélemy.
Vous aurez à juger ensuite s'il n'y aurait pas un petit cours théologique à faire faire à MM. les membres du parquet cP Angers. Je ne l'ai pas essayé dans ma réponse, parce que leur attaque a été une manœuvre politique, et que je devais me défendre sur ce terrain-là en vue de mes adversaires et de mes propres amis. S'il y a lieu à une réplique, j'irai plus avant. Toutefois les catholiques eux-mêmes ont tellement besoin qu'on les mette ou les maintienne dans la droite voie, que quelques lignes de vous avec l'élévation de vues et de style qui vous est propre, cher Monsieur, pourrait rendre grand service dans notre bonne ville. La force catholique y est riche et abondante, mais l'inertie est déplorable. Les AUTORITÉS sont prises ici dans toute l'accep-
tion et toute la puissance de ce mot. Chaque jour donc, il devient plus urgent d'enseigner à nos amis à faire respecter leurs convictions par ceux-là mêmes qui devraient l'exemple de ce respect dans l'intérêt seul des charges dont ils sont revêtus.
Tant que vous n'aurez pas fait passer ces vérités élémentaires dans le sang de nos catholiques, nous resterons à la merci de tous les outrages.
En tous cas, cher Monsieur, je vous envoie les pièces du débat pour les soumettre purement et simplement à votre appréciation. Tout usage que vous en ferez ou ne ferez pas, me paraîtra l'arrêt du juge le plus compétent. Croyez bien, cher Monsieur, à mes sentiments de bien sincère déférence, car ils ont leur source dans une profonde estime et dans une bien vive admiration.
ALFRED DE FALLOUX
Les mots soulignés dans cette lettre et dans celles qui suivent l'ont été par M. de Falloux.
Page 216, même chapitre, j'ai cité une phrase de M. de Falloux, félicitant Louis Veuillot d'avoir conservé de fait la rédaction en chef de V Univers, que
MM. Dupanloup, de MonUlembert et le P. Lacordaire, aidés du P. de Ravignan et de M. Charles Lenormant, voulaient lui enlever. Voici en entier cette lettre :
Segrë, 16 août 1845.
; Cher Monsieur Veuiixot,
Je vous remercie mille fois de la note si bienveillante qui précède, dans V Univers de ce matin, la magnifique page du comte de Maistre ; il est bien vrai que je l'ai copiée moi-même, il y a douze ans, à Vienne, avec grande abondance de larmes et dans la première ferveur de mon culte pour M. de Maistre ; la comtesse Bathianny (dont le nom peut parfaitement être publié] croyait son manuscrit inédit, et me le prêta comme tel, à titre de bien spéciale faveur. Cependant, et depuis mon offrande à la Revue de VArmorique^ j'ai vu dans la Revue des Deux Mondes (article de Maistre par Sainte-Beuve) que cette notice avait été imprimée et que quelques exemplaires existaient encore en Savoie; elle y est, en tout cas, tellement rare, qu'un an d'activés recherches, et par le canal de l'ambassade de Sardaigne, et par la famille de Costa, n'ont pu m'en procurer un seul exem-
plaire. J'aurais voulu comparer les deux versions. Peut-être M. de Maistre avait-il ajouté quelque chose; enfin, vous comprendrez le prix de cette recherche et vous partagerez mon regret de son inutilité. Il m'en reste la satisfaction d'avoir réellement restitué au jour ce qui n'aurait jamais dû être oublié. Néanmoins, oi/blié et inédit étant deux choses différentes, je dois à ma conscience de vous mettre à même de rectifier le fait comme vous le jugerez convenable.
Je vous félicite de l'adjonction de M. de Coux, cher Monsieur, et we félicite de votre présence probablement consolidée à V Univers. Si je. ne savais combien vos instants sont accablés, j'aurais été heureux de quelques détails sur cet ^ifénementy mais j'y éprouverais trop de remords, et au lieu de question, je me borne à vous adresser l'expression bien invariable de mon bien sincère et bien dévoué attachement.
ALFRED DE FALLOUX
Lettre da 8 avril 1848, citée en partie, pages 31 et
32, chapitre ii :
8 avril.
Cher Monsieur Veuiixot,
Vous n'avez pas le temps de lire et je n*ai pas le temps d'écrire le récit détaillé de quinze jours d'hésitation, de négociations avec toutes les considérations à l'appui qui ont précédé et déterminé la publicité de notre liste. Permettez-moi seulement de vous dire que nous attendions de votre confiance en M. de Quatrebarbes et en moi le préjugé que nous avions fait tout ce qui était Maine-et-Loirement possible; que ce possible ne pouvait être discuté publiquement entre VUnivers et VUnion^j et que ce possible était cependant préférable au certain que nous avons à cœur d'éviter, et que nous n'éviterons pas si nous ne subissons pas quelques influences locales. Votre attaque ne peut donc que jeter un peu de trouble dans des rangs déjà fort peu sûrs de la victoire, sans aucun bénéfice pour rien, hommes et principes, de ce que vous voulez servir et de ce que nous ne voulons pas abandonner plus que