M. DE QUATREBARBES
On a dit que M. de Quatrebarbes avait des idées religieuses peu en harmonie avec les besoins et les idées de l'époque ; citons ses paroles à la Chambre : «c Toutes les fois qu'un besoin social se manifeste, le Christianisme ne demande que la liberté pour y pourvoir. »
Le Christianisme est le flambeau de l'humanité; le Christ est le seul émancipateur des peuples ; progrès, avenir des nations, toutes ces choses, pour s'accomplir, doivent tirer leur force de l'idée chrétienne : tel est le sens de ces mots si vrais et si profonds.
Il croit, et nous croyons avec lui, que si notre République repoussait le Christianisme, elle s'écroulerait infailliblement, faute de bases pour la soutenir.
Si ce sont là des idées étroites et mesquines, qu'on nous le dise, ou plutôt qu'on nous le prouve.
On a dit encore que M. de Quatrebarbes jetait un regard de regret sur les hommes et les choses d'autrefois; et pourtant on lui a entendu dire : ce Je n'aurai jamais qu'un drapeau, celui de la France I »
Nobles et simples paroles qui valent mieux que des phrases et des protestations. Il l'a promis et il tiendra sa promesse. Nous souhaitons à la République, pour sa prospérité et pour son avenir, bon nombre de citoyens aussi francs, aussi braves, aussi généreux que M. de Quatrebarbes. On ne le verra jamais reculer, on ne le verra jamais pâlir, en face même des plus grands périls, quand il s'agira de faire respecter la religion, la liberté, quand il faudra défendre les droits de la France contre les ennemis du dedans ou contre les ennemis du dehors.
(Suivaient quelques lignes sur les choses locales.)
M. DE FALLOUX Parler de sa haute intelligence, de son apti-
tude à coinprendro et à juger les questions les plus sérieuses de la politique et de l'économie sociale, c'est dire ce que chacun sait aussi bien que nous.
Il s'est fait entendre devant une foule composée des éléments les plus divers, et tous ceux de nos concitoyens présents à cette réunion mémorable se rappellent les applaudissements chaleureux, unanimes, dont fut couverte la voix du jeune et éloquent orateur.
Quelles furent ses préoccupations durant son court passage à notre dernière Chambre der^ députés ? Les unes avaient pour objet des améliorations, et les autres des réformes.
.Telles ont été les questions des chemins vici^ naux et celle de la réforme postale.
Réforme urgente, car cet impôt est un des plus lourds parmi tant d'autres qui écrasent le peuple.
Mais les intérêts matériels n'ont pas seuls réclamé sa sollicitude, et l'on doit se souvenir qu'il a protesté hautement au nom de l'honneur de la France, contre le criminel partage de la Pologne, partage qui imprime sur ses auteurs unQ immortelle honte.
C'est un républicain du lendemain, nous en convenons; mais qu'on ne s'y trompe pas, des républicains du lendemain comme lui n'ont pas besoin, pour s'élever au niveau des idées grandes, nobles et généreuses, de s'être mis en route dès la veille.
C'était tout.
Tome I", p. 433, des Mémoires d'un royaliste y M. de Falloux donne quelques passages d'une lettre de Louis Veuillot, en date du 2 août 1849, adressée à M<^' Rendu, évèque d*Ânnecy. Cette lettre, dont des extraits plus longs avaient déjà paru dans un ouvrage de M. Anatole Leroy-Beaulieu, en Thonneur des catholiques libéraux, a marque bien, dit M. de Falloux, l'origine des hostilités du directeur de V Univers contre la loi de 1850 et contre ses auteurs » . Elle marque surtout, à notre avis, que dès lors Louis Veuillot voyait clair dans le jeu de M. de Falloux. Nous l'avons déjà reproduite, d'après M. Leroy-Beaulieu, dans le cinquième volume de la Correspondance, Puisque M. de Falloux a cru y trouver des armes, nous la donnons encore ici, avec la note que nous avons jugé bon d'y joindre lors de sa première publication
a06 APPBIIDIGB
Fragment d'une lettre inédite de Louis VeuiUot à M"^ Rendu, évéque tt Annecy^.
2 août 1849.
Vous savez dans quels combats nous
sommes, et vous en êtes inquiet* Je puis vous dire que mes chagrins domestiques m'ont été à peine plus sensibles que ceux que j'ai res* sentis en voyant la fausse voie où nos amis s'engagent. Je suis désolé surtout de l'attitude de M. de Montalembert. M. de Falloux m'a moins surpris : je n'ai jamais compté sur lui. Quoique chrétien plein de ferveur, il n'a jamais été précisément un des nôtres, ce que nous appelons un catholique aidant tout. Il l'a cru, et beaucoup d'autres comme lui ; il le croit encore peut-
i . Cette lettre a été publiée telle que je la donne, par M. Anatole Leroy-Beaulieu, en appendice d'études insérsées d'abord dans la Revue de» Deux Mondes (1885) et reproduites en volume sous ce titre : le» Catholique» libéraux^ V Eglise et le Libéralisme de 1830 à nos jours. Natureliement, M. A. Leroy-Beaulieu, sorte de libre penseur spiritualiste, désireux de respecter la religion , mais très eonraincu qu'il peut enseigner l'Église, est très favorable aux caiboliques libé-^ raux. Il a publié cette lettre dans l'idée qu'elle ferait tort à Louis Veuillot. On trouvera généralement, au contraire, qu'elle lui fait honneur. ( Correspondance de Louis- Veuillot, t. V, p. 19.)
être. Moi, je ne m'y suis point trompé, et j'étais si fixé sur ce point, avant le 10 décembre 1848, que j'ai beaucoup insisté dans un conseil qu'il a tenu entre nous, pour qu'il n'entrât point au ministère. Ma vraie raison, que je n'ai point osé dire, était qu'il laisserait nos idées à la porte. Il n'y a point manqué. C'est essentiellement un homme d'accommodement, de transactions et d'affaires, avec beaucoup plus d'ambition qu'il ne suppose en avoir. M. Dupanloup de même.
Ce n'est pas M. de Falloux, comme on le pense, qui a rétabli le Pape ; c'est le Président, qui a mis dans toute cette affaire une volonté inflexible et beaucoup de cœur. Je le tiens d'une source sûre, du Nonce lui-même * .
Je ne comptais donc pas sur M. de Falloux, mais je comptais sur Montalembert. Il a cédé à deux influences anciennes et qui lui ont toujours été fatales : celle de M. Dupanloup et surtout celle de Thiers. Votre Grandeur ne saurait croire les discussions qu'il a fallu soutenir, les combats qu'il a fallu livrer, la volonté
1. MB' Fomari, mort cardinal. C'est à lui que Pie IX donna la présidence de la commission chargée de préparer le Syllabus,
el l'entêtement dont j'ai eu besoin, pour ne pas traiter M. Thiers ( qui a gardé tous ses vieux et mauvais sentiments ) comme l'espérance de la religion. Et cela pourquoi? Parce que M. Thiers voudrait aujourd'hui fortifier le parti des révolutionnaires contents et repus, dont il est le chef, d'un corps de gendarmes en soutane, à cause de l'insuffisance manifeste des autres. Se repentant uniquement d'avoir cru trop tôt TÉ* glise inutile, M. Thiers voudrait aujourd'hui l'employer, mais à sa guise. M. de Montalembert ne veut pas voir cela, et il faut avouer que sur une foule de points il semble n'être plus du tout le même homme que nous avons connu.
C'est à peine s'il espère pour la société quelques années de vie, et il ne les espère que de la force. Je ne dis pas que mes espérances vont beaucoup plus loin; mais je dis que jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure, il faut proclamer la vérité de nos principes et ne point les asservir, ni nous avec eux, à la folie et à l'impiété de ces politiques qui ne comprennent la religion que comme un mensonge heureux.
Le grand mal de la loi Falloux, c'est qu'elle
est un manque de foi. Elle proclame que nousmêmes ne croyons plus à ce que nous avons tant demandé. Or, comme j'y crois encore pour ma part, comme je crois que le salut est dans la liberté de l'Église et n'est que là, je m'en tiens à nos vieilles doctrines, et je n'entre point dans un accommodement qui les ou trage. J'aime mieux un argument qu'une position.
Si j'avais le bonheur de vous voir, Monseigneur, je vous dirais et je vous expliquerais beaucoup de choses qui ne peuvent tenir dans une lettre; malheureusement, je suis obligé de passera la course et d'arriver au résultat qui a été celui-ci : qu'il fallait diviser au plus vite le parti catholique pour en sauver quelque chose et éviter qu'il ne tombât tout entier, sur la question religieuse, dans les bras de l'Université; sur la question politique, dans le sein du conservatorisme bourgeois représenté par M. Thiers. Telle était la situation, telle du moins je l'ai vue ; et comme je n'ai en tout ceci aucun intérêt personnel d'aucun genre, comme j'ai depuis longtemps fait toute espèce de sacrifice de position, d'agrandissement de ibrtune ; comme je ne tiens à rien augmenter de ce que je possède, et
même à rien en conserver, je crois voir juste.
Je vous demande le secret, Monseigneur, sur toutes ces confidences. Je crois qu'en somme, après cette bagarre, le parti catholique restera, et même que Montalembert en restera le chef, averti seulement, et cela est nécessaire, que son autorité n'est point absolue. Mais, dût-on le perdre, ce serait un moins grand malheur encore que de tout perdre, et le drapeau, et l'armée, et les principes.
Agréez, Monseigneur, etc.
L*original de cette lettre est aux mains d'un membre du clergé paroissial de Paris. (Note de M. Anatole Leroy-Beaulieu. )
La lettre suivante, datée du 6 novembre 1850, a paru dans le cinquième volume de la Correspondance de Louis Veuillot, Nous la donnons ici parce qu'elle montre quel langage, un au avant le coup d*Ëtat, tenait Louis Veuîllot, sur les divisions du parti conservateur, et combien M. de Falloux s*est écarté de la vérité en prétendant ou insinuant que le rédacteur en chef de VUni" i^ers avait hésité alors sur la voie à suivre.
APPENDICE ail
Lettre à M, Prosper Dugas.
Paris, 6 novembre 1850.
Monsieur et cher confrère S
Vous avez fort bien compris le sens de l'article du 1''' novembre 2. Les légitimistes doivent prendre garde au général Changarnier, non que ce personnage important ait publiquement donné des gages à personne, mais parce que les légitimistes n'en ont pas plus, ou même en ont moins encore que les orléanistes. La main de M. Thiers était dans toutes les intrigues de ces derniers jours, et vous avez pu remarquer que VOrdrCj journal de l'orléanisme brutal, était le principal confident du général. Personne au fond ne sait ce que M. Changarnier veut
1. M. P. Dugas n'était pas précisément un confrère, mais il s'occupait beaucoup alors de la Gazette de Lyon, feuille catholique et royaliste, et c'est à ce titre qu'il avait écrit à Louis Veuillot.
2. A cette date, il y avait déjà conspiration de Louis- Napoléon contre la Chambre et conspiration des monarchistes libéraux contre Louis-Napoléon. Le général Changarnier était le chef et surtout l'espoir de ceux-ci. h* Univers, d'accord avec le comte de Montalembert, se défiait du général et de ses amis.
faire, j'incline à penser que lui-même Tignore ; mais qu'importe aux légitimistes? Ils doivent comprendre qu'au moment suprême Porléanisme sera là et qu'ils n'y seront point. Mieux vaut cent fois la prorogation que la régence ; mieux vaudrait même Tempire. Bonaparte hésiterait à rompre avec les légitimistes, et surtout avec rÉglise ; il n'aurait pas de motifs pour le faire ; l'orléanisme, protestant et boutiquier, a déjà rompu.
Je vois bien que le parti légitimiste n'a pas de direction, et je crains môme qu'il n'en veuille pas subir. Cette anarchie laisse aux catholiques leur liberté. Qu'ils conservent sans mélange leurs principes, et qu'ils ne demandent pas à l'intrigue le succès de la vérité et de la probité. C'est, je crois, la marche la plus habile et la plus utile. En ce temps, plus que jamais, il faut ne point mentir, montrer de la foi et laisser le reste à Dieu. C'est ce que je conseillerais, si j'étais du parti ; mais plus que jamais je suis résolu à n'être politique qu'en théorie, et à n'être en pratique que chrétien.
Page 222, j'ai donne quelques lignes d'une lettre sans date, mais dont le contexte établit qu'elle fut écrite en février 1851. Cette lettre, qui annule diverses assertions des Mémoires d'un royaliste ^ fut adressée par M. de Falloux à Louis Veuillot, au sujet d'un article de V Univers (3 février 1851 ), sur un écrit que l'ancien ministre de Louis->Napoléon avait publié dans la Revue des Deux Mondes du 1*' février 1851 et qu'il n'a pas reproduit dans ses Discours et Mélanges politiques, le trouvant trop favorable à Louis-Napoléon, dont visiblement il espérait redevenir ministre.
Cet article, composé surtout d'extraits du travail ioit habile et semi- napoléonien de M. de Falloux, donnait à celui-ci de très larges éloges, et l'on va voir qu'il en fut très content.
Cher Monsieur Veuillot,
Vous savez que je n'ai jamais cessé de vous aimer très fidèlement, et il m'est très doux de reprendre, en sus, l'habitude de vous remercier. J'avais fort regretté de ne vous avoir pas pu voir à mon très court et très triste passage à Paris au mois de novembre (1850). Des amis Vous l'ont dit : vous m'avez obligé à vous le
répéter ce matin dans VUnwers d*une façon à laquelle je ne cherche nullement à échapper.
Votre prote a été plus véridique que votre intention, en imprimant que j'avais laissé échapper une exactitude relativement à M. Roux- Lavergne, mais ce n'est pas cela que je tiens à vous démontrer. J'ai plutôt fort à cœur de l'assurer, par votre entremise, que je n'avais pas la moindre pensée de le contrister. Je n'ai pas articulé le comme que vous me prêtez, et à la Constituante * M. Roux-Lavergne me parlait comme un ami actuel de M. Bûchez. Le vote en a aussi plus d'une fois justifié ; mais peu importe. Veuillez dire à M. Roux-La vergne qu'entre tous les souvenirs qu'il m'a laissés, je n'ai voulu
1. M. de Falloux avait donné à entendre, mais sans V articuler, que M. Roux-Layergne avait été élu représentant du peuple dans Ille-et-Yilaine sur la demande de Tévéquc et comme disciple et collaborateur de Bûchez, fondateur d'une école catholique et révolutionnaire, qui prétendait mettre d'accord la révolution radicale et rÉglise. Voici le texte de M. de Falloux : c Dans Ille-et-Yilaine l'évéque de Rennes avait désigné de son plein gré le nom de M. Roux-Lavergne, ami et collaborateur de M. Bûchez. » L'article de V Univers rappelait que M. Roux-Lavergne avait été au contraire élu comme catholique avant tout et, à ce titre, candidat de Tévéque de Rennes, Msr Brossais Saint-Marc.
faire parler et je ne lui offre en ce moment que ceux de la plus sincère et amicale sympathie. J'espère bien qu'il n'en aura jamais douté.
Un mal aux yeux, qui s'ajoute à mes autres misères, me condamne à abréger mille choses que j'eusse aimé à vous dire plus amplement.
J'ai voulu, du moins, cher Monsieur, mettre hors de doute ma vieille et très affectueuse gratitude, ma très habituelle admiration et mes sentiments en toute occasion bien dévoués à vous et aux vôtres.
A. DE FALLOUX
Une autre lettre de M. de Falloux, ayant été donnée à peu près en entier dans le corps du volume, je juge inutile de la reproduire ici.
En parlant de rattitude ondoyante de M. de Falloux, au moment du coup d'Etat, nous avons cité quelques lignes d'une lettre que lui avait adressée, en décembre 1851, M. de Montalembert, et où celui-ci reprochait, en termes plus ou moins voilés, à son a cher ami » de n'avoir pas agi très loyalement. Cette lettre, dont les éditeurs des Mémoires d'un royaliste ont certainement l'original, a été publiée en entier par la Revue du Monde catholique, sans soulever de leur part aucune observa-
tioD. Nous la reproduisons ici, d'abord parce qu'elle confirme ce que nous avons dit, ensuite parce qu'elle a un véritable intérêt politique et moral. Elle montre en outre que si des passions et des colères communes ont pu mettre d*accord MM. de Montalembert et de Falloux, ils n'étaient pas, au fond, faits pour s'entendre.
Paris, 20 décembre 1851.
Mon cher ami,
Voici enfin votre lettre insérée, non seule-* ment dans le Constitutionnel^ mais dans une foule d'autres journaux. M. de Rességuier a dû vous informer, dès hier, de ce que j'ai fait pour arriver à ce résultat, et le consentement qu'ont donné M. de Morny et le Président. Il vous a aussi peut-être envoyé copie de la lettre que j'ai écrite hier au Constitutionnel pour insister sur la publication intégrale de votre lettre, que j'ai trouvée, du reste, parfaitement digne et convenable. Voilà donc une affaire finie ; mais il me reste à vous dire quelques mots de plus en réponse à la lettre virulente (pour me servir de votre expression) dont vous m'avez gratifié avant-hier. Vous savez maintenant que je n'ai été pour rien dans la, publicité donnée par les journaux à vos paroles; mais cette publicité
devait naturellement résulter de la communication que j'en avais faite à tous mes collègues réunis aux Pyramides, d'après votre invitation formelle et spontanée que vous ne nierez pas, j'en suis sûr. Je vous avoue, d'ailleurs, que quand même vous ne m'y eussiez pas engagé, je ne sais si je ne me serais pas autorisé à répéter vos paroles, si sages et si patriotiques, pour rassurer et rasséréner les esprits, effarouchés comme ils l'étaient le jeudi soir par la fusillade du boulevard, et en même temps pour éclairer le gouvernement et l'empêcher de prendre pour des ennemis ceux qui comptaient rester indulgents ou neutres.
Le jplus simple eût été, permettez-moi de le dire, mon cher ami, d'avouer que vous aviez changé d'avis et d'impression. Vous en aviez bien le droit ; mais vos amis n'ont pas celui de m'accuser d'avoir travesti vos paroles et trahi votre confiance. M. de Rességuier (dont j'ai été, comme toujours, très content ) affirme que vous n'avez changé que de contradicteurs ; qu'ici, vous prêchiez l'abstention à des gens qui voulaient voter contre^ et que là-bas vous la recommandiez à des gens qui voulaient voter
SIS 4PPIHDIGR
pour. Quant à moi, je ne puis reconnaître le même homme dans celui qui me disait, le 4 et le 7 décembre, que ni lui ni son parti ne r€prendraient^ çis^-çis du pouvoir actuel^ Pat* iitude hostile qu^Us avaient eu pendant les dixhuit ans de la monarchie orléaniste, et celui qui déplore, dans sa lettre du 16, la perte de toute liberté f de toute vérité et de toute mora^ lité! En réponse à cette dernière assertion, vous me laisserez bien vous demander où en étaient la liberté, la vérité et la moralité le 25 février 1848, au lendemain d'une révolution qui vous avait chassé de votre siège législatif, tout comme le coup d'État du 2 dé* cembre, et à laquelle vous avez adhéré avec encore plus d'empressement et de sympathie que je n'en ai témoigné jusqu'à présent à Louis- Napoléon.
Maintenant, il n'est que trop clair que, vous et vos amis, vous allez reprendre précisément l'attitude que vous avez eu de 1830 à 1848.
A ce sujet, je ne me permettrai qu'une seule réflexion. Comment ferez-vous, pour rester, en reprenant cette attitude, un parti monarchique et religieux ? D'un bout du monde à l'autre, de
Dublin à Turin, de Cologne à Rome, tout ce qui est conservateur et catholique a jeté un cri de joie et de délivrance en apprenant l'acte du 2 décembre. Vous avez contre vous, quant
à présent j TEglise, l'Europe et la France. C'est quelque chose. En revanche, vous aurez la sympathie de MM. Thiers, Dufaure et Char ras. Ils prendront leur revanche un jour, je n'en doute pas; mais ce ne sera pas à votre profit ni même au leur. Ils vous aideront à préparer un nouveau 24 Février, où vous jouerez le rôle de M. Barrot.
Réfléchissez à tout cela et, quoi qu'il en soit, restons amis^ comme nous l'avons été avant d'avoir été d'accord, et depuis que nous ne le sommes plus.