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le sert poar de l'argent; il est subventionné; j'en suis sûr. De plus, je puis vous prouver qu'il a offert ses services au comte de Chambord et qu'il eût été royaliste si le Roi avait voulu le payer. Tenez! j'ai là cette preuve, la voici. -^Eh! s'écria le prélat avec son sourire aimable et volontiers narquois, je suis aveugle! — Si vous ne pouvez voir, vous pouvez entendre; écoutez. » Et le comte de Falloux lut, ou plutôt feignit de lire un papier quelconque. <c Je connais trop bien Yenillot pour croire à votre papier, reprit M'** de Ségur; cependant laissez-le moi ; je le montrerai à mon secrétaire, dont je sois sûr, ou à mon frère, et nous pourrons ensuite en causer. » Le comte de Falloux répondit qu'il ne pouvait se séparer de sa preuve, mais qu'il la soumettrait volontiers au frère ou au secrétaire du prélat. Rendez-vous fut pris : il n'y vint pas. M'*^ de Ségur ne se crut nullement tenu au silence, et d'autres que moi sont vivants à qui il a parlé.
Si M. de Falloux, comte, académicien, ancien député, ancien ministre, n'avait pas en d'autres circonstances répété ce tour de Scapin, j'aurais hésité à rapporter un pareil trait, craignant qu'on n'y pût croire. Mais presque à la même date il usait du
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même procédé contre M**" Pie, le grand évêque de Poitiers, et plus tard, en 1871, il en usa contre le comte de Chambord.
Il ne se bornait pas à forger de telles histoires pour nier l'intégrité du rédacteur en chef de l'Uni-çersj il en forgeait d'autres pour l'attaquer dans ses mœurs. Je le lui aï reproché en face par la publication d'une lettre que Louis' Yeuillot m'avait adressée du château des Nouettes le 14 juillet 1856, et dont voici un extrait :
(c II devient de plus en plus difficile de croire a la vertu de Falloux. Il a positivement dit à Tabbé de Ségur que je recevais de l'argent de l'empereur. Il le dit à d'autres, et il ajoute d'autres choses, par exemple, que j'ai mené et mène une vie scandaleuse, et que j'ai rempli Florence de mes débordements. Pourquoi Florence ? Voilà ce que l'on ne sait pas. Mais X... (un ami de M. de Falloux) assure que l'on ne peut entrer h Florence sans la trouver encore frémissante de mes scandales. Ne serait-ce pas toi, malheureux frère, qui m'aurait fait cette réputation ? Car enfin il y a dixhuit ans que j'ai passé deux jours à Florence, et le souvenir doit en être un peu affaibli ; et toi on t'y a vu il y a six ou sept ans. Tu n'y as passé que vingt-
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qnatre heures. En faut-il davantage k un Veailtot
pour cSrajTr une capitale ! a
Ces reproductions et les conameaUîres dont je les accompagnais prouvent assez que je n'ai pa« attendu que M. de Falloux ne pût se défendre pour le juger. D'ailleurs je me serais tu antérieurement, que devant les Mémoire» if un royalUte j'aurais parlé comme je l'ai fait. Aussi n'est-ce pas pour atténuer ou expliquer mes articles que j'insiste sur ce point; c'est pour les affirmer.
Naturellement, M. de Falloux n'aimait pas qu'on l'accusât de déloyauté; mais il lui plaisait assez d'entendre dire qu'il poussait ta dextérité très loin. Ce sentiment perce dans ses Mémoires. Il y rapporte que l'abbé de Bonnechose recommandait » l'abbé Bautain de le tenir en défiance : h Défiezvous de la sirène ! » et c'est également avec complaisance qu'il montre Jules Favre lui glissant un jour dans l'oreille cette gracieuseté qu'il se défendit modestement d'accepter : « On dit que je suis le plus perfide de l'Assemblée, mais à vous le pompon! » Il ne fut, d'ailleurs, jamais assez habile pour déguiser qu'il l'était trop, et il y gagna bien des camouflets. D'autres hommes politiques de ce temps furent accusés de fausseté par leurs ennemis,
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lui, défenseur de Tautel et du trône, il le fut surtout par des catholiques et des royalistes. Je le rappelle en plusieurs endroits et cependant je n'ai pas épuisé mon dossier. Aussi cet homme qui avait de la for* tune, presque de la naissance, une vie chrétienne, des dons variés et précieux, n'eut-il jamais la grande et enviable influence que donnent, même sur les adversaires et les ennemis, la sûreté de la parole et la loyauté des actes. Ses amis disaient : Il est bien habile ; ses adversaires : Il est bien perfide ; et, au total, sauf quelques séides, chacun le tenait en défiance. C'est pourquoi, malgré tout son mérite et son savoir faire, il ne put jamais passer au premier plan. Louis Yeuillot, dans un article de janvier 1872, à propos d'une campagne de M. de Falloux contre le comte de Chambord, a marqué en quelques lignes cette situation :
« Nul homme né en beau chemin n'eut davantage la facilité de marcher vite et noblement. Il a de l'esprit, du courage, une parole fine et claire ; il écrit très bien lorsqu'il s'y met, et il a le moyen de ne pas improviser. Il sait prendre son temps ; il est engageant et persévérant ; il est riche. Ce que la nature lui refuse, il l'obtient par artifice et patience. Avant d'être, il eut des prôneurs ; avant de
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savoir ëcrire, il Stdes livres vantés ; les gens qui aiment que l'on se compromette l'appla adiré nt pour des œavres qui ne le compromettaient pas ; il entra de bonne heure et comme chex Ini dans la vie politique, sur le dos de ceux qu'il semblait pousser. Il discerna et mit en réserve des pierres roulantes dont il pourrait plus tard se faire des piédestaux. La fleur de lis lui servit de recomman* dation pour s'introduire chez l'aigle et de passeport pour aller au coq ; la croix ne lui nuisit poiat auprès de M. Tbiers : et ce qui montre combien l'bomme est fort, ni l'aigle, ni le coq, ni M. Tbiera ne lui nuisirent beaucoup auprès de la fleur de lia et de la croix. Il sut monter avec agilité, descendre avec prudence, n'être nulle part, demeurer partout. Mais voici la merveille : tant de qualités naturelles et tant de (Qualités acquises, après vingtcinq années d'exercice, n'ont su lui faire que la figure d'an intrigant. »
Cette figure d'intrigant, M. de Falloux la prît dès ses débuts dans la vie publique. Tandis que beaucoup de catholiques et de royalistes, tout en l'aidant à devenir député, représentant du peuple, ministre, doutaient de lui, les républicains refusaient de croire it ses protestations. J'ai reçu sur ce
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point, depuis que mes articles ont paru, une communication assez curieuse ; c'est un passage du rapport que M. Bordillon, chef du parti républicain en Anjou sous Louis-Philippe, et préfet de Maineet-Loire après Février 1848, fit sur les élus de son département à l'Assemblée nationale. Voici les lignes relatives à M. de Falloux :
« Alfred de Falloux se dit, se croit noble : il n'en est rien. Sa très roturière famille était marchande il y a soixante ans à Angers.
c< Souple et dextre intelligencci cet enfant gâté de la Congrégation est tout le savoir-faire, tout le savoir-vivre. Son élocution d'une facilité isocratique en fait un très disert, très brillant sophiste.
« Je doute fort qu'il ait aucuns grands succès a la Chambre. La foi manque à cette âme énervée par l'habileté.. Il n'y a aucune grande passion qui l'inspire. C'est l'abbé Maury en paletot ^ ».
Le préfet Bordillon jugeait mal quant h l'avenir oratoire de M. de Falloux et l'on reconnaît le libéral d'autrefois a son mot sur la <c Congrégation » ,
1. Les amis d« M. de Falloux, qui voudraient vérifier ce texte, pourront trouver le rapport tout entier aux Archives nationales, série F. C. III.