‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 4 sur 30 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

mais a'étaît-il pas dans le vrai en disant de l'élu de Maine-et-Loire : c'est un sophiste d'une mauvaise habileté? Il lui arriva, d'ailleurs, de résumer par un mot plus familier et plus radical la pensée des républicains de la veille sur les déclarations de M. de Falloux comme républicain du lendemain. Je renvoie pour ce détail à l'appendice.

De même que toute publication d'une correspondance entraine certains juges littéraires à rappeler les lettres de M™* de Sévigné, tout homme politique dont on publie les Mémoires fait parler de Saint- Simon. C'est de règle. On a donc cherché en quoi les Mémoires du comte de Falloux ressemblaient h ceux du terrible duc, car ils devaient nécessaire* ment leur ressembler par quelque côté. Tel critique, croyant que l'ancien ministre de Louis-Napoléon était gentilhomme de la tète aux pieds et de tout temps, a découvert que malgré ses concessions calculées à l'esprit moderne il avait, comme Saint- Simon, les prétentions et les allures des vieilles races ; tel autre a trouvé que le comte, par son style, rappelait le duc. C'était confondre l'élégance et la recherche avec la force et l'originalité. On a dit aussi que tous deux avaient servi l'histoire de leur tempst. C'est vrai pour Saint-Simon, sauf qu'il

INTRODUCTION xv

faut toujours le contrôler sur les faits et rarement le croire sur les personnes. Quant k M. de Falloux, ce n'est qu'un anecdotier^ parfois aimable et plus ou moins véridique, souvent haineux et fourbe.

Cependant toute comparaison entre Saint-Simon et M. de Falloux n'est pas fausse. Tous deux ont écrit pour se grandir et se venger, tous deux ont beaucoup donné à la haine, et l'on peut croire que Louis Yeuillot pressentait les Mémoires de celui-ci quand il jugeait en ces termes les Mémoires de celui-là :

c( Si Saint-Simon est honnête homme, il l'est malhonnêtement. Envieux, hargneux, ingénieux à tout gâter.... Il se cache, il fabrique sa prétendue histoire en secret comme on fabrique la fausse monnaie... Il a cent fois plus besoin de déchirer les hommes que de combattre leurs erreurs...

Il ne veut, il ne peut faire autre chose que mordre ; s'il n'a un homme sous la dent, il n'est capable de rien... Il a tout son génie, toute sa vengeance, toute sa vie dans un tiroir bien fermé. La postérité ouvrira le tiroir, et ses ennemis sans défense seront diffamés. Il vit cinquante ans avec cette pensée, à peine troublé de quelques scrupules stériles. C'est un méchant et une âme basse.

1 INTHODUCTIOn

t tonte M morgoe de duc et pair eit îgDoblemeDt hargée de raocaoe* de laquais.... ■

Voilii pour Saint-Sirnoo et aon geore ; voici pour » imitateurs que Louis Veaillot soupçonnait :

« Notre époque de grandes jalousies et de peits courages lui fournira des émules. Se venger l'importe de quoi, n'importe eomment, paase «ur une fofce; l'applandissemeut , quelles que oient les mains, est reçu comme la gloire. Cela tra partir beaucoup de pauvres cerveaux aigris /avoir été rétribués suivant leur juste valeur, 'out ce qui n'a pas su marcber fera des méloires contre l'obstacle.

o Jadis on ûétrissait l'auteur d'un outrage anolyme : par un progrés bien digne du temps, les lonnétes gens même ne craindront pas de se pcrnettre des outrages posthumes. Ils diffameront ceux [ui les auront tenus ou remis à leur petite place ; Is diront que leurs vainqueurs n'avaient ni probité, li talent, ni courage ; et ils se consoleront ainsi art mal d'avoir été très bieu vaincus. Déjà plusieurs ont en besogne. Il en est que je plains : its mêlaient

leur faiblesse et à leurs erreurs assez de qualités tour mériter l'oubli ^ »

Page 1