‹ Le comte de Falloux et ses mémoiresChapitre 9 sur 30 · RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

RÉPUBLICAIN

M. de Falloux entra à la Chambre à trente* cinq ans; c'était y entrer jeune. La Charte ne permettfiit pas, en effet, qu'on fût député avant

I trente ans, et les électeurs censitaires trou*

valent généralement que, même à cet âge, on n'était pas encore assez mûr pour les représenter. L'élu de Segré eut donc la satisfaction d'être classé parmi les jeunes. De plus, comme les députes légitimistes ne dépassaient point alors ou ne dépassaient guère la douzaine,, on pouvait aisément se faire dans ce petit groupe une position en vue. M. de Falloux y ^travailla vite et ferme. Il parla dans les bureaux, prit un rôle actif dans les réunions de la Droite et soigna les journaux dont il pouvait attendre quelque chose, h* Univers en fut. C'est un détail que

' ' taisent les Mémoires. En revanche, ils rappor-

tent abondamment, mais inexactement, cela va de soi, les démêlés que le nouveau venu eut tout

de suite avec Pabbé de Genoude, directeur de la Gazette de France, Le portrait de celui-ci, polémiste retors, politique aventureux, ayant trop de passion pour avoir assez de jugement et de justice, est bien enlevé, et même, si l'on tient compte des habitudes du peintre, n'est trop poussé ni à la charge ni au noir.

En 1846 le parti catholique n'avait guère qu'un représentant dans la Chambre, M. de Carné, qui véritablement le représentait bien peu. Homme distingué, catholique sincère, il redoutait les mêlées ardentes et songeait trop à devenir fonctionnaire pouf s'engager, même sur une question non politique, dans une opposition absolue. La place, en somme, ^tait libre. Seulement on ne pouvait la prendre sans courir le double risque de s'aliéner le parti légitimiste et de se rendre impossible pour-^longtemps, peut-être pour toujours. M. de Falloux ne la prit point.

Une réponse que Louis Veuillot lui adressa en 1856 dit très bien quel rôle il eut, quant aux questions catholiques, dans la dernière Chambre de l'ère philippienne. « Député nouveau, M. de Falloux avait paru plus pressé de se

montrer que de s'engager; membre du comité catholique, mais peu assidu aux séances, il entretenait avec V Univers des relations bienveillantes sans intimité. Il était l'un de nos alliés légitimistes les plus importants, et non pas précisément un des nôtres. Le 24 Février, il quitta Paris et se rendit à Angers, où l'appelait sa situation. Il y parla des Assemblées qui venaient d'expirer avec plus de mépris que nous n'en avions nous-mêmes; du peuple de Paris et de la Révolution avec plus d'enthousiasme que nous n'en pouvions éprouver...

Quoique dans un pays profondément religieux, il laissa de côté son petit laurier catholique. Ses amis, relevant ses services comme député, appuyèrent sur le rôle qu'il avait rempli dans la question de la réforme postale, »

Dans les pages nombreuses, animées et rusées que les Mémoires consacrent à m la révolution de Février», plusieurs notes fausses sont mêlées aux notes justes. Nous l'indiquons d'une façon générale. Un seul point doit nous arrêter. Pourquoi M. de Falloux rappelle-t-il et explique-t^il si au long le bon accueil que reçut la République? Pourquoi note-t-il avec tant de soin, et

LB CANDIDAT BÉPUBLIGAIN 19

sans produire rien de iiouveau, les adhésions plus ou moins explicites que des catholiques, des prêtres, des évoques et un certain nombre de royalistes donnèrent aux hommes de Février 1848?

Ces pages, qui semblent un hors-d'œuvre, sont un plaidoyer. Adversaire du gouvernement qui tombait, M. de Falloux avait le droit de donner la main aux vainqueurs; et, de plus, s'il avait été « catholique avant tout», il eût pu, sans mériter aucun reproche, adhérer en fait et même en principe au régime républicain.

Mais il était royaliste, et le Roi légitime vivait. Ses doctrines et ses engagements lui défendaient donc de se prononcer pour la République. 11 le fit néanmoins, et même, forçant sa nature, il y mit de l'enthousiasme... ou de la rhétorique. Quand, écrivant ses Mémoires y il eut à parler de ce temps, il trouva qu'il avait été trop loin et, pour se couvrir, voulut montrer, comme thèse générale et sans paraître songer à lui-même, que tout le monde avait été bien loin, Une fois cette précaution prise, il avait un bon terrain et pouvait se mettre en scène sans s'accuser d'avoir cru ou paru croire plus que d'autres à la Repu-*

blique. Cette ruse, comme toute précaution inutile, est, au total, une maladresse. Elle porte aux vérifications. On lit de près les textes que rapporte M. de Falloux, on se demande s'il n'arrange rien, et l'on cherche. Nous dirons ce que Ton trouve.

Le journal est forcé de donner en hâte son avis sur tout fait grave. Une révolution s'est accomplie dans l'après-midi, il faut qu'il la juge le soir même. M. de Falloux ne subissait pas cette loi, mais il était si pressé de prendre situation que, dès le lendemain de la proclamation de la République, il y adhérait. Son adhésion, dans laquelle il chercha plus tard à montrer des sous-entendus, était explicite, chaleureuse, enthousiaste. De plus, tort grave et qui étonne chez ce calculateur, elle était longue : elle remplit quatre, pages et demie des Mémoires. A tant parler on risquait d'en trop dire. M. de Falloux, bien que très habile aux manœuvres de la langue et de la plume, n'évita pas cet écueil. Que de fois il a regretté la tirade déclamatoire où il consignait son admiratioUj en soulignant le mot, pour le peuple de Paris. - a Sa bravoure, ajoutait-il, a été quelque chose

d'héroïque ; ses instincts, d^anegénérosité, d'une délicatesse qui dépasse celle de beaucoup des corps politiques qui ont dominé la France depnis soixatite ans (il n'exceptait pas la Restauration). On peut dire que les combattants, dans la double ivresse du danger et du triomphe, ont donné tous les exemples sur lesquels* n'ont plus qu'à se régler aujourd'hui les hommes de sang-froid. Ils ont donné à leur victoire un caraetère sacré. Unissons-nous à eux (les insurgés) pour que rien désormais ne le dénature ou ne l'égaré. »

Combien cela était faux! Le peuple n'avait pas eu besoin d'un grand héroïsme pour rester vainqueur, puisque le pouvoir s'était à peine défendu. Il n'y eut qu'un engagement de quelque gravité, et l'honneur en revint aux vaincus, une poignée de fantassins enveloppés par des masses d'insurgés. Quant aux instincts de générosité et de délicatesse que M. de Falloux célébrait avec une admiration soulignée, ils s'étaient traduitstout particulièrement par le pillage des Tuileries, du Palais-Royal, du palais de l'État- Major et l'incendie d'un poste où de braves soldats, qui refusaient de se rendre, avaient été

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brûlés. Les dispositions que l'on put louer dans la population parisienne ne furent pas le fait des combattants et ne se manifestèrent qu'après le triomphe, c'est-à-dire après l'effondrement misérable d'un gouvernement qui, né d'une insurrection, trembla par vice originel devant une émeute que durant deux jours illuî eût été facile d'écraser.

M. de Falloux ne se bornait pas à glorifier les insurgés, ces héros pétris de générosité, de délicatesse, qui avaient donné tous les exemples sur lesquels il fallait se régler; il flagellait les puissances étrangères, qu'il appelait avec un soulignement dédaigneux les impuissances étrangères, et déclamait en prose, avant que Pierre Dupont l'eût rimé, le célèbre refrain :

Les peuples sont pour noua des frères Et les tyruis des enaeinit.

Voici sa Strophe ;

« Dites-vous bien que l'Europe va prendre feu d'un bout à l'autre à la nouvelle des événements de Paris... ; le mouvement actuel, d'ici à six mois, enveloppera soixante millions d'hommes. Nous sommes séparés de toute

agression possible par un boulevard de trois cents lieues^ par un rempart de peuples qui tournent vers nous leurs cœurs et non leurs armes. »

Notons aussi qu'il ne négligeait pas de tracer au clergé son devoir, lequel était de favoriser le mouvement républicain. Il montrait la religion florissante dans « les républiques américaines » ; il rappelait qu'elle avait fait « au moyen âge la splendeur des républiques italiennes», et s'appuyait sur un mot de Chateaubriand pour demander que le principe monarchique cédât le pas au fait républicain.

M. de Falloux, lorsque cette lettre le gêna, prétendit qu'elle n'avait pas été écrite pour la publicité. Allons donci Dans de pareilles circonstances, un politique comme lui écrit-il avec cette abondance et de ce ton oratoire sur de pareils sujets, sans autre but que d'épancher le trop-plein de son admiration dans le sein d'un correspondant intime ? Notez que ce correspondant était le directeur du journal de M. de Falloux, et que celui-ci demandait expressément que l'on fit connaître ses impressions aux amis. Cette lettre était une profession de foi. Le

député royaliste de Segré, dont le mandat avait été déchiré la veille par Tinsurrection, passait aux insurgés et à la République pour être élu représentant du peuple.

Qu'il y eût pour les hommes d'ordre, surtout pour les catholiques militants, des raisons sérieuses d'accepter le fait accompli, de lui donner, sous conditions, un loyal concours, c'est évident. Le langage que tint l'épiscopat en fait foi. Mais M. de Falloux, qui, le 24 février, était encore le serviteur du roi légitime et du drapeau blanc, n'avait pas le droit de crier si vite et avec tant de feu : Vive la République! Dans tous les cas, il ne devait point glorifier les insurgés et manquer à la vérité pour justifier sa très prompte et trop chaleureuse évolution. Les Mémoii'es d'un royaliste disent que d'autres en firent autant et que l'Univers en fît plus. Cela n'est pas vrai. Les situations étaient, d'ailleurs, très différentes. L'Univers, qui n'ad~ mira pas les combattants, qui ne vit pas en eux des modèles sur lesquels il fallait se régler, ne relevait d'aucune royauté. Il fut dans la même voie que les évéques et s'entendit très bien avec M. de Montalemhert, alors chef laïc du parti

catholique. J'ajoute que celui-ci, malgré l'im*^ pétuosité qui le portait aux excès de parole et d'écriture, garda en cette circonstance une grande mesure comme une grande fermeté et jugea sévèrement le langage de M. de Falloux. Le médiocre concetti «ur les puissances étrangères devenues àe^ impuissances \m fit hausser les épaules ; le caractère sacré donné à la vietoiré du peuple le révolta. Il y a trace de ce sentiment dans une lettre de M. de Montalembert, datée du 20 décembre 1851. Trouvant mauvais que M. de Falloux eût blâmé sa vive adhésion au coup d'État, il lui disait : « Vous me laisserez bien vous demander où en étaient la liberté, la vérité et la moralité le 25 février 1848, au lendemain d'une révolution qui vous avait chassé de votre siège législatif, tout comme le coup d'État du 2 décembre, et à laquelle vous avez adhéré avec encore plus d'empressement et de sympathie que je n'en ai témoigné jusqu'à présent à Louis-Napoléon. »

Là campagne électorale commença vite en Anjou. Il y eut réunions, discours, polémique. M. de Falloux paya de sa personne avec grande

ardeur et se maintint sans broncher sur le

terrain de la République. Il prit même le langage du temps, appela les ouvriers des « travailleurs libresn, revendiqua le titre de citoyen et se déclara démocrate convaincu.

Nous sommes au 12 mars 1848; déjà le gouvernement provisoire a donné aux hommes d'ordre, surtout aux catholiques, de sérieuses inquiétudes. M. de Falloux n'y voit qu'une raison de plus d'aller à la République. It veut qu'on soit avec elle parce que l'avenir est à la démocratie. Voici quel langage il tient à Angers dans une réunion électorale :

« S'il y a des choses de l'avenir que j'ignore, il y en a une que je crois savoir, et celle-là je tiens à la dire, parce que je la tiens pour définitive, pour irrévocablement acquise : c'est l'avènement de la démocratie ; c'est là-dessus que nous devons tous prendre notre résolution. Quand bien même les cœurs et les intelligences, par quelque mouvement imprévu, retourneraient encore vers la monarchie, les institutions, les idées et les mœurs demeureraient démocratiques, et le monarque ne serait jamais que le président de la République : hottoronx donc, saluons cet événement... »

Pour un orateur qui, le 24 février au matin, était encore un royaliste du drapeau blanc, c'était bien chaud !

M. de Falloux invoquait ensuite en l'honneur de la révolution de Février la Providence et l'histoire, puis il ajoutait :

« Suivez le peuple depuis la civilisation, c'est-à-dire depuis l'Évangile : au sortir des mains païennes, il s'appelle esclave, puis serf, puis vassal, puis sujet; aujourd'hui il porte et il conserve le nom de travailleur libre. Suivez de même l'histoire du riche : il s'appelle le maître, puis le suzerain, puis le seigneur, et aujourd'hui il s'appelle citoyen. »

Il y a du vrai, sans doute, dans cette thèse du citoyen Falloux ; mais de même que le ton fait la chanson, le milieu où certaines paroles sont dites et le but que poursuit l'orateur en donnent le vrai caractère. Et n'est-il pas évident que, par ce mélange de vrai et de faux, M. de Falloux voulait flatter la révolution et enterrer la royauté ?

Cette fièvre républicaine, qui était surtout une fièvre électorale, le fit errer bien d'autres fois encore. Nul royaliste de la veille ne confondit

au mén^e point la patrie et la république. Avec quel entrain il promettait de mourir (oui mourir ï) au besoin pour le pavillon sous lequel voguait maintenant « le vaisseau de la France », c'est-àdire le pavillon républicain! Il y avait là comme un écho du Chant du départ :

La République nous appelle, Sachons yaincre ou sachons périr ; Un Français doit vivre pour elle.

Pour elle un Français doit mourir !

Un autre royaliste angevin, ancien député comme M. de Falloux, M. le comte Théodore de Quatrebarbes, faisait aussi la campagne électorale en Maine-et-Loire. Homme de principe avant tout et l'honneur même, tenant à sa dignité plus qu'à son élection, il se soumettait au fait accompli mais n'entendait pas l'acclamer. M. de Falloux voyait là quelque chose de naïf et même de puéril. Il le constate à certaine page de ses Mémoires où il montre M. de Quatrebarbes et lui, se préparant à parler aux électeurs. Il faut l'entendre : — « Le mot même de République me répugne à prononcer, disait M. de Quatrebarbes. — Répugner à prononcer le mot quand on subit la chose, répondait M. de Falloux, ne

me parait. pas très raisonnable; car on ne fait pas disparaître ce qu'on passe, sous silence. Cependant ne vous en inquiétez pas; je serai, s'il le faut, un peu plus logique que vous, et je payerai pour nous deux... »

Esprit délié, conscience déliée !

M. de Quatrebarbes dut lui répondre qu'entre subw une chose jugée mauvaise et l'accepter avec élan, avec amour, et travailler à l'afiTermir, la différence est grande.

Il y aurait d'autres remarques à faire sur ce dialogue, mais il faut abréger.

Si M. de Falloux se débarrassa lestement de ses opinions monarchiques, il ne renia point sa foi religieuse; seulement, au lieu de l'affirmer avec vigueur et dans son plein comme le fit M. de Montalembert, il la costuma selon le goût du jour. Le citoyen voulait séduire le trai^ailleur libre. Par exemple, il loua beaucoup les actes libéraux de Pie IX, et blâma sous une forme habile Grégoire XVI, qui dans une encyclique avait semblé condamner plusieurs des franchises les « plus chères des temps modernes »... Cette parole contre l'encyclique M-

rari vos annonçait le catholique libéral. Déjà

30 LB DÛrvri royaliste

M. de Falloux se préparait la jouissance d'être mal avec le Pape comme avec te Roi. Ce fut alors aussi qu'il commença de guerroyer déloyalement contre son évéque.

Toute cette habileté fut sans succès près des chefs du parti républicaio. Elle irrita les uns, amusa les autres et ne dupa personne. M. de Falloux ne gagna rien de ce côté, sauf d'être tenu pour fourhe par divers gens qui, jusqu'alors, s'étaient bornés à le croire trop fin. En revanche, les anciens libéraux dynastiques, universitaires déterminés et ennemis du «partiprêtre », acceptèrent volontiers son alliance. Ne leur amenait-il pas des voix royalistes et cléricales ?

Du moment où M. de Falloux prenait de tels alliés, loin de se fleurir du petit laurier catholique qu'A avait rapporté de Paris, il devait le mettre en poche. Il fît plus. Il déclara que le parti catholique n'avait désormais aucune raison d'être, qu'il fallait briser cette force devenue sans objet. Ni VUnivers ni le comité pour la défense de la liberté religieuse ne l'entendaient ainsi. Nous réclamâmes doucement, car M. de Falloux était encore un « ami j». Il nous répon-

dit dans son journal angevin , sans rien aban* donner de sa thèse, et non sans y mettre une certaine âpreté; mais en même temps il nous demanda tout bas, par lettre particulière, en termes affectueux et plaintifs, de ne pas gêner sa tactique. J'ai cette lettre. C'est d'abord un gémissement sur le défaut de confiance que montrent les réclamations de V Univers y puis c'est l'assurance que le possible a été fait :

« Votre attaque ne peut donc que jeter un peu de trouble dans des rangs déjà fort peu sûrs de la victoire, sans aucun bénéfice pour rien (ces mots sont soulignés dans l'autographe), hommes et principes, de ce que vous voulez servir et de ce que nous ne voulons pas abandonner plus que vous. Elle nous oblige, en outre, à vous répondre, et par conséquent à nous défendre en vous attaquant un peu aussi, car nous ne pouvons pas ou passer condamnation comme nous l'avions fait sur votre première semonce indirecte, ou discuter des noms propres, mettre en jeu des amours -propres ou publier Vadhésion de Vévéque et les lettres confidentielles des curés sur les personnages et en faveur des personnages mêmes que

VOUS croyez peut-être les plus éloignés de vous.» '

Ici venaient les noms de candidats jusqu'alors ennemis de la cause religieuse, que M. de Fallouxy âme confiante et sensible, aimait à croire si bien convertis par la révolution de Février, qu'il ne voulait leur demander aucun engagement.

Il terminait ainsi :

<c Veuillez donc ne pas juger de trop loin, et, par conséquent, trop injustement, cher Monsieur, des difficultés que nous déplorons comme vous, et que nous ne cherchons à combattre autrement que vous que parce que nous sommes sur le terrain même, et que nous en avons étudié les plis avec un immense désir d'en tirer le plus de ressources possible.

a Votre bien dévoué de cœur,

« A. DE FALLOUX

Ainsi, en même temps qu'il condamnait le parti catholique et -agissait contrairement aux règles et instructions de ce parti, M. de Falloux nous écrivait confidentiellement : Ayez con^ fiance^ ne vous arrêtez pas aux apparences ; je

reste avec vous et laissez-moi manoeuvrer eu paix. Qui voulait-il tromper ?

Mais, comparativement, cela n'est rien. Voicî du Falloux plus accentué. Pour nous faire accepter sa liste, il se targuait de V adhésion de l'éifêque en s'excusant de ne pouvoir la publier. Eh bien ! cette adhésion, il ne l'avait pas et n'espérait pas l'avoir ; elle lui avait été refusée. Son affirmation était une fausseté. Mais comment osait-il la risquer ?

C'est qu'il comptait sur le silence de l'évéque, M'' Ângebault, peu porté d'ordinaire aux luttes ardentes. Son calcul fut trompé. M'*" Angebault, qui tenait extrêmement à l'un de ses candidats, M** Régnier, prêtre angevin, devenu évêque d'Angouléme, parla, il fit une autre liste et, dans une circulaire à son clergé, dévoila le vilain rôle que M. de Falloux avait joué. Ce fut une grave polémique. Malgré son assurance et sa souplesse, M. de Falloux n'y brilla point. Il ne sut même pas se contenir et, non content d'avoir trompé l'évéque, il l'injuria.

Le morceau est long. M. de Falloux, qui ne l'avait pas signé, mais qui dut s'en reconnaître l'auteur, y qualifie tout de suite de calomnieuses

les inculpations de la circulaire épiscopale ; puis, faisant l'éloge des membres de son comité, c'est-à-dire de lui-même, il ajoute : a Ils savent que les intentions les plus résolument conciliantes rencontrent cependant sur leur route des rancunes que rien n'apaise, des intelligences que rien n'éclaire. » Après avoir peint de la sorte son évéque, il lui donne avec dédain une leçon de convenance, et l'accuse d'une susceptibilité étroite qui le porte à trahir des confidences, à publier des correspondances intimes, k méconnaître une loi que d'autres, plus droits, trouvent dans leur conscience. Cela dit, il aborde la question :

n Le vénérable chef de ce diocèse, écrit-il, vient, par un manque de défiance qui ne surprend point dans un pasteur et qu'on peut- relever sans nuire à l'autorité qui lui est nécessaire, d'être entraîné dans un piège, où nous serions inexcusables de le suivre. 11 a été conduit à signaler lui-même une partie de son troupeau aux passions ardentes d'une autre portion, à consacrer, pour ainsi dire, de son témoignage auguste àas préjugés, des dénonciations de parti qui ne se retrouvent même plus dans la polé-

mique sérieuse de la presse un peu élevée. C'est une extrémité qu'expliquent les préoccupations de mille natures qui peuvent en ces circonstances critiques dominer même sa charité. Nous osons prédire cependant que son cœur ne tardera pas d'en ressentir non seulement un regret profond^ mais peut-être un véritable remords. »

Craignant, bien à tort, que ces lignes impertinentes n'eussent pas assez clairement accusé M^' Angebault de ne savoir ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait, M. de Falloux, continuant sur le même ton, reprochait au vénérable prélat d'avoir naïvement accueilli de vagues rumeurs et de s'être trop fié à sa mémoire qui avait besoin d'être secourue; enfin il lui disait : J'ai dû exercer contre vous les droits de la vérité.

Voilà comment traitait son évêque ce catholique qui, plus tard, prétendit, avec une indignation de Tartufe, que Louis Veuillot manquait de respect à tout l'épiscopat en se défendant contre M*^ Dupanloup.

Ppurquoi M. de Falloux, qui, d'après sa situa^» t^on et ses principes extérieurs, aurait dû

idre avec l'évéque, manœuvra-t-il contre !taît-il donc tellement républicaia qu'il iilùt point de candidats cléricaux! Non, I Mais le trouble où la Révolution l'avait t son violent désir d'être élu le trompeur les dispositions de son département.

: que, même en Anjou et en Vendée, il pour réussir^ voiler le drapeau religieux e très large part aux révolutionnaires és.Comme l'évéque, moins accommodant, : qu'il y eût un prêtre parmi les candidats ti de l'ordre, M. de Falloux le contrecarra lement le trompa. L'action catholique en t amoindrie, sinon annulée. On le vit iltat. Dans un département où les légia unis aux catholiques devaient empormajorité, sinon la totalité des élections, ent battus. M. de Falloux s'en consola 1 cause essuyait une défaite, mais perlement il était élu ; il arrivait à la queue inqueurs, le treizième, avec douze ou voix de majorité. Il tint la journée pour

>n Comment, dans ses Mémoires, il se celle vilaine affaire? Il n'en dit rien. Il

ne dit rien, non plus, de sa petite campagne contre le parti catholique. Voilà des Mémoires qu'on ne saurait appeler, comme ceux

de Jean-Jacques, des confessions.

Nous craignons d'avoir donné trop de place à cette phase de la vie publique de M. de Falloux : mais nous avons une excuse : tout l'hoinine s'y dessine. Le Falloux que l'on voyait poindre dès 1832 prend ici une forme nette et saisissable.

Royaliste» il jette la monarchie à la mer et, non content de la condamner en fait, la renie en principe; il dit que, si, par imprévu, on revoyait un roi, il n'admettrait pas que celui-cifùt autre chose que le président de la République. C'est bien l'homme qui, rentré dans lo parti légitimiste, mais n'en ayant plus, ou plutôt n'en ayant jamais eu les principes, voudra subordonner la royauté à la révolution.

Catholique, il prend contre l'évéque la direction politique du clergé, il s'élève contre l'organisation de la défense religieuse, il sacrifie l'action de l'Église à ses intérêts, il écarte, au nom des doctrines libérales, les enseignements infaillibles du Pape.

38 h% PÉPUTV BOYALIST^E

Polémiste, il biaise, il équivoque, il outrage, il recourt au mensonge.

Voilà ce qu'il fut alors, et c'est ce qu'il sera jusqu'au bout.

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