I. — Li OOHTI M roix
retirer eotnme tu «imiê le deittundet ; mais pa» nn de fions ne quittera leê abordé do cette salle ni les ièsues dn ch&teau , aussi bien pour proléger nôtre droit que pour protéger ta parole contre ce tueur de cadavres à qui one trahison ne coûterait peut-être pas pour sauver ce Français.
— Allet, enfants, reprit Guillaume de Ht*nerve; je vous ai donné ma parole « et nulle puissance au mode ne m*y fera manquer. >
Les hon^mes d*armes et les servants se retiré^ rent, tandis que Manuel disait aux chevaliers :
c Je vous laisse ce corps, messires, il restera là pour vous avertir du crime et vous rappeler vos devoirs.
Gependisntla foule s'écoulait et Ton ententlaîi murmurer de tous côtés contre Othon des me^ maces sourdes auxquelles se mêlait le nom de tdeur deeadavres, qui venait d*être donné au sire de Terride^, et qui lui demeura comme on e verra par là suite de ce récit. Dès que tout ce mowde fut retiré, Othon regardant tous ceux qui Pen touraient d\in œil farouche leur dit amèrement ^
« En vérité, sires chevaliers, je vous dois de grands et sincères remerctments pour la manière dont vous m'avez secondé dans cette ré*bellion de manants et de vassaux levant la voix et le fer contre leur maître et seigneur.
. — Ne parlez (ms ti baa( , jeune homioe « dit Guillaume» qui pouvait ae pormetiare çeit^ ^preih* aioQ vi^à-via d'Otbon^ <|Voiqiie celui-ci (ût un komme de prèa de quarante aua , ear lui-iiié(Q<i en eompuit prèa de soixante et dix ; ne parka paa ai haut , car cea bomroea aont peut-être aaae* près pour voua entendre»
^ Et depuis quand , mewirea les chevaliers de eette contrée n'oseot^la plua parler de cette canaille , comme elle le mérite?
— Depuis que le malheur* Tincendiet la dévastation • le massacre ont passé un terrible et fatal niveau «ur toutes les tètes* Depuis dix ans que ce pays est en proie au glaive exterminateur des croiséiv ces hommes ont vu asse% de nobles barons pendus aux créneaux de leurs chliteaux , comme dea voleurs et des routiers ; ils ont .vu assca de suzerains erf jints , proscrits , et mendiant leur pain jusque dans les cbauxnièrea du dernier d'entre eux , pour avoir appris qu'il n'y a pas de naissance au-^dessus du. malheur et de dpoit au-dessus de la force. Et noua-mémes« à mesure que tombaient tous les chevaliers qui défendaient le pays , à . mesure que les hommes de race noble disparaissaient moissonnés dans les combats, nous leur avons demandé, trop d'aide et de secours pour qu'ils n'aient pas reconnu
toQi ce qu'ils valaient, et beaocoiip d'entre eux aont devenus des soldats assez vaillants et assez dignes de porter la cetnture militaire et tes éperons, -pour qu'ils ne sachent pas que la vertu el le courage appartiennent à rhomme et non pas à la naissance, et que la récompense doit appartenir à qui possède le courage et la vertu.
— Misérable pays , dit Othon avec un sourire de mépris, qui demande sa défense à ses vassaux, et nori plus à ses seignears; à ses esclaves , et non plus à ses maîtres.
— Sire de Terride, garde tes avis méprisants jusqu'à ce que tu aies vu ce pays mieux que tu ne l'as fait depuis quelques jours que tu es arrivé ; garde-les jusqu'au moment où tu auras assisté à l'un de ces terribles combats où il n'y a plus ni grâce ni merci , où le prisonnier esi condamné au supplice, où le blessé est achevé et tué. Quand tu auras souffet, soixante jourç durant,«la faim et la soif, comme je l'ai fait avec des hommes pareils à ceux que tu viens de voir, et que tu leur auras trouvé une constance égale à la tienne, alors, sire de Terride, tu seras moins prompt à les traiter de canaille. Quand ils t'auront suivi et souvent précédé aux combats , quand ils t'auront couvert de leurs corps et sauvé de la lance des Français , comme ils ont fait à
beaucoup d*entre* nous, alors tu ne trouveras plus si insolent de tirer une épée qui t^aura défendu. Parle-nous donc de ton message, ,et hâtetoi , car la nuit s'avance , et ces hommes sont aussi impatients de savoir ce qui regarde le sort de la Languedoc que nous-mêmes. »
Otfaon , qui avait écouté ces paroles d'un air sombre , et la télé basse, parut faire un violent effort sur lui-même , et répondit :
€ Messires , je ne discuterai pas les malheurs qui ont pu faire descendre la noblesse de la Provence à ce degré d'humiliation. Il a fallu dix années pour vous y faire arriver peu à peu , et sans que peut-être aucun de vous ait justement apprécié le chemin qu'il faisait. Mais vous ne vous étonnerez pas que moi , qui me trouve tout à coup jelé au milieu de ce désordre, au milieu de cet abandon de tout droit ei de toute dignité , j'en sois révolté, et qu'il me soit difficile de l'admettre comme un droit. Cependant , je le veux bien accepter comme une nécessité générale.
Mais il est impossible qu'en cette circonstance vous puissiez accorder la vie de sire Guy de Lévis pour venger une femme telle que* celle qu'il a tuée.
— Ma parole est engagée , dit Guillaume de Minerve, et crois-moi , si cette parole n'était pas
venue te coovrir'; mîeax que n*eûl pu faire la meilleure armu^ , tu ne serais pas là debout à discuter devant nous si nous avons laissé d^ra* der notre noblesse , mais tu serais à côté de ce cadavre , aussi glacé « aussi inutile que lui à la défense du pays , pins inutile que le dernier de ces goujats dont tu fais si peu de cas.
-^ Mais j^ai moi-même engagé ma parole viaà-vis du sire Guy de Lévis , car je lui ai dit que lui et les siens auraient la vie sauve.
-<-^i lu le lui as dit avant de connaître aoB crime , ta parole se trouve dégagée. >
Otbon réfléchit un moment , et reprit :
f C'est une chose qui peut être bonne à op^ poser à un accusé par un juge de basse justice , et non par un baron suzerain à un chevalier. J'ai dit que le sire de Lévis aurait la vie sauve , et je ne manquerai pas à ma parole , je vous en préviens. C'est à vous , messires barons, à savoir s'il vous convient de m'y contraindre par la force, car vous êtes nombreux en ce château , où je suis seul.
r^ Mais où tu n'es pas encore le^ maître , dit alors en se levant de nouveau, le vieux comte de Terride , dont l'esprit , tantôt éveillé , tantôt endormi dans une sorte d'idiotisme ^ avait des retours pareils à ceux d'une lampe prèle à
«'éteindre t dont h lueur s'obscureit pres<iiie eompléiement , pour jeter un moment apr^ un plus vif éclat. Le 8ire Guy de Lévi&, dit le vieillard , eat entré dans ce château par un crime et contre la foi jurée , car, d'après notre convention , il ne devait jamais y venir que seul ou accompagné d'un écMyer, Il a menti à sa pairole, et il sera puni à la fois comme traître et comme assassin. »
Otbon, qui avait remarqué le sombre mécontentement que ses paroles avaient excité parmi les chevaliers, se trouva heureux S4tns doute d'avoir occasion de plier devant la volonté gén^ raie sans paraître céder à la crainte d'aucune menace , et il répondit :
c J'ignorais ce crime du sire Guy de Lévia.
Qu'il souffre la mort pour celui-là , c'est jus^ce, puisqu'il aeulieu d'homme noble à homme noble; j'y consens. Je laisse à mon seigneur de donnera son châtiment la couleur qui lui conviendra.; mais je ne puis m'empâcher de vous dire que vous avez fait comme ces imprudents qui démoliraient ime pariiede leurs murailles parce qu'elles ne sont pas menacées , pour réparer les brèches faites aux endroits où on les attaque. Vous cbasserex peut-être les Français de la Languedoc , . sires barons; mais quand ces ennenus seront
exterminée, îi en aura poaasé d\'(tttre$ autour de T08 chàlellenies qui vous presseront d*uae bien plus rude façon.
— Chaque jour a son labeur , dit Guillaume de Minerve en baissant la voix ; et puisque tu parles par comparaison, sire Othon de Terride, je te dirai qu'il faut d*abord éteindre Tincendie de la maison à Taide des valets et des vilains puisque c*est nécessaire , et qu'une fois ce danger passé , il sera temps de penser à y rétablir Tordre.
•^ Messires, je vous souhaite ce pouvoir, dit Othon amèrement ; mais je viens d'un pays où le roi , pour se soutenir contre ses barons normands , en a appelé à ses liourgeois et à ses manants, et qui, lorsqu'il a eu remporté la victoire, a été tratné pa^ cette bourgeoisie, mêlée de pftlres et de nobles dégradés , jusque dans une prairie , à trois milles de Londres, pour y signer, en face d'un peuple armé et mutiné , ce qu'ils appellent la charte du royaume, qui donne aux communes des droits presque égaux à ceux de la noblesse.
— Peut-être ,.dit Guillaume à qui l'âge avait appris à juger les choses plus prudemment, peutêtre est-ce la volonté de Dieu que les faibles soient tirés de cette manière de leur abaissement; mais ce n'esta pas le lieu ni le mpment de discuter
une pareille question. Achève ton méiisage, et nous te donnerons* alors notre réponse pour le comte de Toulouse, i
Othon reprit alors la parole ; mais son récit fut longtemps avant de reprendre ce ton d^exaltation qui avait si vivement impressionné les chevaliers. Othon de Terride , comme on le verra dans la suite de ce récit , avait à un degré assez élevé , les qualités et les vices des hommes de son époque ; quoique né dans un pays où les droits des classes inférieures ont toujours été plus ou moins écrits et respectés, où la bourgeoisie arrivait aisément à la noblesse , même par droit d'élection, où Ton trouve même le privilège de voter rimpôt étendu jusqu'aux serfs, il n*y avait pas vécu assez longtemps pour s^identifier avec ces mœurs. Toute la portion de la vie qui fait l'homme s'était passée pour lui en un pays où l'arrogance des Normands traitait comme des bêtes brutes, non-seulement ceux qui n'étaient pas nobles , mais ceux qui n'étaient pas de leur race ; il avait vu avec mépris ce qu'il appelait la lâcheté du roi Jean , et il apportait dans la Provence ses idées absolues et ce qu'on pourrai^ même appeler le ressentiment de l'injure faite à la noblesse par les entreprises de la bourgeoisie de Londres. '
Voici cependant ce qu'il apprit aux chevalieni et ce dont il noua auffira de donner un résumé à nos lecteurs.
Après le départ de son père, le jeune comte de Fois était demeuré pendant un mois à Rome ; pniê voyant que ses démanches échouaient contre les imrigoes des évéques, malgré tout le bon vouloir dlnnocent 111, il se décida à partir et & aller rejoindre son père et le comte de Foix , qui Tat* tendaient à Gênes; de là il s^éiait embarqué pour Marseille , où il avait été reçu avec de grandes manifestations d'amour et de dévouement ; puis enfin il s'était par un coup liardi , emparé de là Wlte tle Beaucaire , où il tenait enfermé dans la citadelle Lambert de Limou, tandis que lui-même était enfermé dans la fille par t*armée de Mont-
fort, qui Tattaquait exlérieuremenl. Celte position d^assiégeants et d'agsiégés donna liea à des combats de chaque jour, où «se passèrent les faits d*armes les plus éclalants , et qui surtout mirent au jour le courage , la décision , et même , à vrai dire , le génie du jeune comte de Toulouse. Il fut, dans ces circonstances, une des mille preuves que Fart de la guerre est un instinct bien plus encore qu*ime science. Tout en pressant la citadelle par les moyens connus à celte époque, il ne négligeait point de se mettre en garde contre les teniatives.de Simon de Montfort, les repoussait ou les prévenait, Fatlaquait le plus souvent, coupait des convois par des sorties heureuses ; et , quoique lui-même enfermé dans une ville, vivait dans Tabondance, tandis que les Français, maîtres de la campagne ^ manquaient destcboses les plus nécessaires. En effet, il s'était rendu matire de la navigation du Rhône en s*emparant de plusieurs châteaux qui en dominaient le cours.
Montfort tenta tous les moyens de s'emparer de la ville.. . Ce ne fut qu'après plusieurs mois d'un siège inutile, que Montfort, désespéré de ne pouvoir venir à bout de celui qu'il appelait en style normand le petit gars^ se décida à lever ce s^ége en donnant toutefois à sa retraite un faux semblant de traité de paix et de transaction. Il fit
(fffrir par le sire Guy de Lévis, qui était alors avec lui , et par Fentremise de Dragonet , qui était le précepteur du jeune comte , de se retirer lui et 80D armée, et de laisser à Raymond la possession paisible de Beaucaire, à la seule condition de livrer passage à Lambert de Limou et aux chevaliers qui occupaient avec lui la forteresse de cette ville.
En cette occasion le jeune Raymond prouva encore combien il était supérieur à tous ceux qui Tentouraient ; car, au lieu de se laisser égarer par le vain désir de conquérir par la force le château, comme le lui conseillaient tous ses chevaliers , il leur répondit prudemment :
c Messires , il m'est plus important d'avoir cette forteresse en bon éiatque de la prendre démantelée comme il faudrait le faire pour en chasset les Français , qui la défendent ; nous aurons assez d'autres occasions de prouver, si nous ne l'avons déjà pas suffisamment prouvé , que nous savons battre des murs en brèche et monter à l'assaut à travers une pluie de fer et de feu ; car cette guerre ne fait que de commencer, messires , une guerre qui ne peut finir que par l'extermination de Monifort ou la mienne. Assurons-nous donc d'abord d'une retraite sans y dépenser une bonne part de ce qui reste de sang
noble dans nos comtés. Cest mon avis, et au besoin c'est ma volonté. »
Tons les barons obéirent ; car c^était rairaeie que de voir tous ces hommes céder avec une révérence extrême aux volontés de cet enfant^ tandis qu'ils eussent rénsié aux plus prudents conseils de son père. Mais il avait montré , comme nous l'avons dit , tant de résolution et tant d'habileté, que chacun te considérait comme spécialement protégé du ciel ; reconnaissant mieux que nous , dans leur naïve crédulité, la véritable source du génie, en le faisant remonter à Dieu. La volonté du jeune comte prévalut donc, et à peine Dragonet- était-il parti pour aller porter au camp des Français le consentement du jeune Raymond , que le vieux comte de Toulouse sortait en toute hâte de Beaucaire avec Othon de Terride et quelques autres chevaliers , et , prenant la route de Montpellier, de Bé;Eier8 et de Carcassonne, se rendait secrètement aux environs de Toulouse , tandis que le sire de Terride , muni de lettres scellées parle comte, parcourait les châteaux du comté de Foix , dont la situation , au milieu des montagnes, les avait fait échapper aui entreprises des Français.
La réunion à laquelle nous faisons assister notre lecteur était le résultat des soins du sire de
Terride. D'autres, convoquées de même , se lenaient à la même heure dans divers autres endroits , et le lendemain tous les émissaires du comte devaient aller lui apporter la réforme des divers barons à Toulouse même, où il avait dû se jeter et se faire reconnaître.
L'on s'étonnera peut-être , après ce que nous venons de raconter, de voir le sire Guy de Lévis revenu dans le comté de Fois: plus vite que n'avaient pu le faire le comte de Toulouse et les chevaliers qui l'accompagnaient , puisqu'il avait été lui-même le porteur des propositions de Simon au jeune comte ; mais ils le comprendront aisément en apprenant que ces propositions de Mootlort , quoique sincères , avaient eu surtout pour but de dérober au jeune- Raymond le parti que venait de prendre l'armée française ; ainsi , tandis que Dragonet parlementait dans un terrain neutre avec Guy de Lévis, toute l'armée de Simon de Montfqrt reprenait rapidement la route de Toulouse en francbissaqt la montagne Noire , et revenant par le haut pays. Il en résulta que , tandis que le vieux Raymond et ses chevaliers voyageaient de nuit , et par des sentiers détournés, Guy de Lévis put revenir auprès deMontfort de toute la vitesse que permettait à son voyage une route libre et bien gardée, et, qu'aftrès avoir
appris à son seigneur, qui campait aux environs de Toulouse , le succès de sa ruse , il avait pris les devants, et s'était sur-le-champ rendu à Mirepoix, afin d y conclure le mariage pour lequel le vieux sire de Terride lui avait donné sa parole six mois auparavant, dans la persuasion où il était que le pape ne pourrait commettre une injustice pareille à celle dont il avait fait la condition de cette alliance.
Cependant Othon de Terride , qui ignorait encore cette marche rapide de âontfort , avait raconté aux chevaliers son départ de Beaucaire, sa route, ses courses dans les divers châteaux, et il leur disait que le comte leur seigneur les appelait à lui prêter secours à Toulouse , dont il avait sans doute chassé la garnison papale qui occupait le château narbonnais, tandis que Simon de Montfort était arrêté encore devant Beaucaire ; et les chevaliers commençaient à délibérer entre eux sur ce qu'ils devaient faire , lorsque le More Ben-Ouled entra dans la galerie, interrompit hardiment les délibérations et dit d'un ton menaçant :
c Sires chevaliers , nous attendons à la porte ce qu'il vous a plu de décider en faveur de la Languedoc , et nous attendrons tant qu'il vous plaira ; mais nous n'avons pas la même patience
pour ce qui concerne le sîre Guy de Lévis. II n^y a point lanl à délibérer pour livrer un homme à la main qui doit le punir. Il est temps de vous eiplîquer : le voulez vous ou ne le voulez-vous point? >
Guillaume de Minerve, celui-là même qui venait de se montrer si favorable aux prétentions des hommes d'armes , ne put supporter le ton d'arrogance avec lequel cet homme s'exprimait , et lai répondit :^ >
c De par tous les saints du paradis, c'est trop d'audace ! Nous sommes justes et' nous le prouverons à nos hommes libres ou serfs en accueillant leurs réclamations ; mais nous ne leur permettrons jamais de choisir de tels intermédiaires pour nous porter leurs plaintes. Retourne donc leur dire qu'ils choisissent an moins un chrétien pour parler à des chrétiens ; ou si tu tardes tu seras bientôt gisant à côté de cette fille pour laquelle vous demandez vengeance.
— Sire Guillaume de Minerve , dit le More ,
je sais que ton épée est légère à ta main et
pesante à tes ennemis , et toi aussi , Lérida , je
t'ai vu frapper , et vous aussi , Arnaulde Rabas-
tens, Pierre de Cabaret, le plus vaillant des
capitaines de ce pays ; mais aucun de vous , ni
vous tous ensemble ne hnc ferez sortir d'ici
vivant , ni ne m*y garderez mort ; j*ai contre vos cpées une défense plus sûre que cuiras^ et cor* selet ; cette défense , la voici. •
En parlant ainsi , le More tira de dessous sa tunique un long couteau à Vusage des bouchers, en ajoutant :
— Compiex sur le manche tous les entailles qui s'y trouvent ; c'est une pour chaque Français que ce couteau a silencieusement égorgé. Voici mon épée (et il tira et jeta son épée sur la table); comptez sur la lame chaque trait de lime qui en a fait une scie ; c'est un pour chaque Français que j'ai abattu dans la bataille. Et pourtant, avant de m'appartenir , cette épée avait été celle d'un homme quiM'eilt usée jusqu'à la garde s'il eût voulu y inscrire comme n)oi le nombre d'hommes qu'elle avait exterminés. N'y a-t-il aucun de vous qui la reconnaisse?
— Sur mon âme , s'écria Guillaume , dont la voix devint tremblante d'émotion , c'est l'épée de mon seigneur mort, c'est l'épée du vicomte de Béziers.
— Et toi , «dit le More , qui reconnais si bien le fer » ne reconnais-tu pas le bras qui s'est donné la charge de le porter?
— Est-ce toi , Buat , toi l'OEiUSanglant , toi le Couteau-de-Merci , qui es dans ce château ,
caché sous un pareil déguisement ? Depuis tantôt huit mois que nous n'avions eu de nouvelles de chevaliers français surpris dans leurs tentes , dans leurs châteaux , dans leurs lits , et égorgés comme par une main invisible y depuis que nous ne rencontrions plus pendus aux arbres des routes les barons normands avec une croix sanglante ouverte sur la poilrine , nous l'avions cru mort^ et nous te pleurions.
— Merci , Guillaume , répondit Buat ; maisjle jour où le comte de Foix livra son château à Tabbé de Saint-Tibery , j'avais un plus saint de> voir à remplir que celui de Tex terminât ion des Français : j'avais à veiller sur l'espérance de notre comté , sur le fds du noble vicomte, et cette espérance j'ai préféré la confier à un déguisement qu'au château le plus fort, lorsque celui de Foix l'invincible ne pouvait plus lui être un asile imprenable,
— Où donc est-il, ce noble enfant? s'écria
.Guillaume de Minerve , puisqu'à présent nous en
sommes réduits là, que tant d'hommes sont
morts , que les enfants sont notre plus précieuse
espérance ?
— Il est en ce château , passant pour l'enfant d'un jongleur, ramassé par moi sur la ronte. Il dormait ici tout à l'heure sur les $(enoux de l'une
des femmes de la comtesse Signis , et sans doute il est maintenaiit en son berceau.
— Eh bien ! s écria Guillaume de Minerve , qui ne pouvait pardonner au comle de Toulouse de s'être allié jadis aux croisés et d'avoir combattu le vicomte Roger , à défaut du comte de Foix , qui nous a abandonnés pour aller plaider son droit devant des prêtres , à défaut de tes comtes de Toulouse , race cauteleuse et perfide , que cet enfant devienne notre chef, et je me déclare prêt à le suivre , prêt à lui obéir , comme d'autres obéissent au jeune Raymond.
— C'est une proposition vraiment folle, s'écria Othon , de penser d'obéir à un enfant de six ans ; car ce doit être celui que j'ai aperçu tout à l'heure dans cette salle.
— Pour ma part , dit Lérida , je l'approuve , et je m'y soumets.
— Et nous ferons de même ! i s'écrièrent tous les chevaliers.
Othon promena un moment ses regards autour de lui comme s'il avait eu affaire à une assemblée de fous , et ses regards s'arrêtèrent un moment sur le visage de Ben-Ouled ou Buat , où se montrait un air de satisfaction. Le chevalier baissa la tête , et , haussaiii les épaules « il reprit d'un ton froid et dédaigneux :
c Est-ce là, messires , la réponse que je do» apporter au comte de Toulouse?
— Va lui dire que nous nous armerons pour lui , à la condition qu'il se déparlira de ses droits de tuteur comme grand-oncle du jeune vicomte, et que le soin des comtés du jeune Roger sera confié à quelque noble cheyalier de sa suzeraineté.
— A Guillaume de Minerve, par exemple, dit Othon en souriant dédaigneusement ; je te comprends maintenant. C'est un chef commode pour l'ambition d'un châtelain qu'un enfant de six ans.
— Tu n*as pas touché juste , répondit Guillaume ; ce n'est pas moi qui veux être le chef de notre réunion au nom de cet enfant ; mais ce que je ne veux pas , c'est que le comte de Toulouse puisse , comme tuteur , nous donner des ordres en son nom. Que ces chevaliers choisissent donc celui qu'ils jugent le plus digne de les commander, Je plus loyal pour défendre les droits de l'orphelin et empêcher qu'ils ne soient sacrifiés dans quelque déloyale transaction avec les ennemis de la Provence. Porte cette réponse au vieux Raymond, i
On eût dit que cette phrase, sans doute dictée par un prévention générale contre la politique
tortueuse du vieux Raymond , se trouTait avoir une application directe au sire Othon de Terride, car lise mordit les lèvres de dépit, et repartit fièrement :
c Et il est inutile que je lui porte cette réponse, messires ; car je puis vous dire dès ce moment que le comte de Toulouse n'acceptera point votre secours à cette condition. Je vois que rinsubordination ne s'est pas arrêtée aux petits, et que si les manants se font les égaux des châtelains, les châtelains veulent se faire les maîtres de leur seigneur; qu'il en soit donc comme si je ne vous avais rien dit, messires. Ce château vous donnera son hospitalité jusqu'à demain.
— Ce château, reprit le vieux Terride en prenant la parole avec la dignité et la bonne grâce d'un h6te empressé, vous la donnera tant que vous daignerez l'y accepter.
— Jusqu'à l'aube du jour seulement, dit Guillaume de Minerve ; et comme elle ne convient plus à l'héritier du vicomte de Béziers, je lui oftre celle de mon château , et jusqu'à ce qu'il soit arrivé, nous lui offrons tous celle de nos épées et de notre escorie.
— Et je l'accepte pour lui, dit Buat ; et maintenant il me reste à vous demander si le sire Guy '1^ Lévis va nous être livré ?
— Tu peux faller chercher , Buat , dit Gâillaume de Minerve.
— Mon père , reprit vivement Othon , laisse^ rez-vou8 accomplir cetassa88inat dans votre chà-< leau?
— Que justice 8oit faite , dit le vieillard , et que nul ne s*y oppose. Je ne t'aurais pas reconnu à ta voix et à ton visage, Othon, que je t'aurais deviné à ton insolente fierté envers les vassaux et à tes ménagements prudents envers les ennemis dont tu peux craindre ou espérer quelque chose; je t'aurais reconnu à Tart avec lequel tu* as dit cf qui était convenable de dire en faveur du jeune Raymond, et rien de plus. Tu n'as pas oublié oublié le vil savoir du jongleur , dont la langue se plie à tous les tons et captive toutes les. oreilles; mais elle ne pourra rien pour celui qui est entré par trahison en mon château, et, je te le jure, le sire Guy de Lévis périra , à moins que Dieu lui-même ne le sauve.
— Que votre volonté soit faîte , dit Otbon ; mais je reçois une singulière récompense d'avoir abandonné tout ce que je possédais en pays étranger pour revenir dans le mien , et ne pas même y pouvoir obtenir qu'on respecte les joinrs d'un ennemi à qui j'ai engagé ma parole de lui garder la vie sauve. Une faveur bien misérable me sera-
t^ile accordée? c'est que ce supplice soit retardé jusqu'à rheure du lever du soleil ; alors je quitterai ce château où je ne suis rien pas plus que par le passé , et je n'aurai du moins autorisé ce meurtre ni par ma présence ni par mon consenment. •
.Les chevaliers se consultèrent entre eux ; nul n'osa faire une objection à cette demande si simple, et tous répondirent qu'il en serait comme le desirait Olhon de Terride. On chargea Bual d'apprendre aux hommes d'armes la résolution qui venait d'être prise.
Pendant ce temps , le vieux sire d%Terride s'était approché de son tils, et lui avait dit :
f Tu partiras avant l'aurore, n'est-ce pas, Othoo ?
— Oui, mon père, lui dit celui-ci en observant l'effet de ses paroles, je partirai et vous resterez seul en ce château que je viens d'arracher aux mains des Français.
— Je te remercie , si l'on peut remercier un chevalier provençal d'avoir fait son devoir, un fils d'avoir défendu son père ; mais tu partiras avant le jour. >
Olhon regardait son père , dont l'œil fixe et vitreux semblait arrêté à upe idée qui l'absorbait complètement.
< Oui, répoiidit-îl , et vous resterez seul avec lâ comtesse Sigois qui a tellement bâte de tous voir au cercueil. >
Le vieillard prit une farouche expression , et répondit d'une air égaré :
« Il y a place pour les jeunes comme pour les vieux dans le cercueil ; ne t'occupe pas de la comtesse Signis et sois parti avant Faube.
— Je serai parti , mon père , > dit Othon avec une expression peut-être plus cruelle que celle de son père.
Le vieillard sortit, soutenu par Grédo, mais en répétant toujours : i II sera parti demain avant le jour. Cest bien... c'est bien. >
Tous les chevaliers se retirèrent chacun dans l'appartement qui lui fut désigné , et Othon demeura seul dans la vaste galerie. Il resta assez longtemps plongé dans une sorte de rêverie ; il semblait incertain de ce qu'il voulait faire : tantôt il allait vers la porte extérieure, comme pour appeler un homme, tantôt il revenait vers celle par où on avait fait sortir le sir Guy de Lévis, tantôt encore il se dirigeait du côté où était l'appartement de son père ; mais il semblait qu'à chaque endroit un obstacle insurmontable vint l'arrêter; enfin, plus incertain que jamais, et comme désespéré , il s'écria tout haut :
< El pas un hoqme pour m'akler, pas un ami à qui me confier!
— Vou8 vous trompez, Otbon, lui dit une Toix de femme ; vous avez encore ici des amis. >
Et tout aussitôt la comtesse Signis parut à ses yeux.
Mais avant de faire connaître le résultat de leur entretien , il nous faut suivre Guittard de Terride dans son appartement, et raconter la scène qui eut lieu entre lui et Credo.
Le vieux seigneur s'était retiré dans une vaste pièce toute garnie de boisseries , et au fond de laquelle était un énorme lit en chêne ; une seule fenêtre étroite donnait de Tair à cette chambre et elle n'avait d'autre porte apparente que celle par laquelle le vieux comte et Credo y étaient entrés.
Guittard, dès qu'il y fut arrivé, se laissa tomber sur une large chaise en bois, pareille à celle qu'il occupait dans la galerie ; car, malgré sa vieillesse, il n'avait jamais voulu admettre pour lui-même ce luxe de tapis et de sièges garnis de coussins, que les Mores avaient apporté en Espagne et que Signis avait établi dans certains parties du château.
€ Ne voulez-vous pas vous reposer après une si rude journée? lui dit Credo.
— Non « non , dit le vieux Guitlard , car le repos qai m*auend sera assez long pour que je ne perde pas dans le sommeil le peu d*beures qui nie restent à vivre. »
Grédo fit un mouvement pour se retirer, mais le comte le retint, en loi disant :
€ Demeure , j'ai quelque chose à te dire.
— Parlez , messire, repartit Grédo.
• — Attends, reprit le comte, en agitant sa tète comme s'il cherchait quelque chose autour de lui G'est long et terrible , et je ne me souviens pas bien ; mais je Tai décidé pendant qu*il pariait, et cela se fera.
— J'attends , dit Grédo, habitué aux absences de son maître , et le regardant pendant quil murmurait tout bas.
— G'est cela... oui... elle et non pas lui... c'est plus juste... c*est meilleur... i
Il s'arrêta encore une fois , combinant ses pensées qui se présentaient à lui sans ordre , lés rappelant, car elles lui échappaient à tout moment , puis tout à coup il s'écria :
c Tu comprends pourquoi il est revenu ?
— Sans doute, dit Grédo, les malheurs de la Provence l'ont touché et le souvenir du pays a fait taire ses justes ressentiments.
— Ses justes ressentiments! s'écria le vieil-
lard; tu dis tes justes ressentiments? Je lui ai donc fait injure , quand je,i*ai fait déclarer trai- Ure et félon ? Mais tu as donc oublié qu^il était amoureux de Signis. Un fils amoureux de la femme de son père!... M'est-ce pas horrible, n'est pas infâme ? Y a-t-il un châtiment trop terrible pour un pareil forfait? i
Credo eût pu répondre que ce n'était pas le fils qui avait outragé le père y mais le père qui avait enlevé la fiancée du fils. Cependant , en voyant le regard enflammé du vieillard , le tremblement nerveux dont il était saisi, il craignit de rirriter encore davantage en lui rappelant un tort qu^il avait si cruellement expié , et avec le remords duquel il luttait depuis vingt ans ; il se contenta doue de lui dire :
€ Je ne juge point ce que vous avez condamné, messire , .mais, après. vingt ans d'absence , une pareille passion doit être oubliée.
— Fou et aveugle que tu es 1 reprit Guittard; tu ne comprends rien. Il aime encore Signis , il Taime encore ^ c'est pour elle qu'il est revenu. C'est pour elle : et Signis n'eût pas poussé l'audace jusqu'à me reprocher' si insolemment le souvenir de son amour , si elle n'avait su qu'il était là tout prêt à le soutenir contre ma juste
Ce D^était pat la première fois que la eomtesse avait jeté ce reproche k la face de son époux , et Credo le savait mieux que personne ; cependant, cette fois encore , il ne voulut pas contrarier son maître trop ouvertement , et lui dit :
— Gelan^est pas probable, messire, car sa première parole a été pour vous protéger contre le sire Guy de Lévis , le favori de la comtesse , qu*il a arrêté.
— £t qu'il veut sauver maintenant , dit le comte, tu Tas entendu. C'était arrangé d'avance, préparé entre eux , j'en suis sûr. Que lui fait ce Guy de Lévis ; et s'il le protège après avoir essayé de me faire croire qu'il voulait le traiter en ennemi, n'est ce pas pour flatter Signis? 11 l'aime, te dis-je , il l'aime ! et c'est pour elle qu'il est venu. )
Oédo fit un mouvement d'impatience ci reprit :
c Cela n'est pas , messire , et si , par impossible , cela était , à quoi pourrait lui servir un pareil amour?
— A quoi ! dit le vieillard avec un ricannement sinistre ; est-ce que nous vivons dans un temps où il reste la trace d'une loi et d'une croyance ? Les prêtres n'ont-ils pas inventé des f^'xtes pour tout permettre aux uns , aussi bien
que pour tout défendre aux autres? Guy de Montfort n'a-t-il pas enlevé la femme de Robert de Comminges , et , celui-ci vÎTant, ne Ta-t-il pas épousée ? et les évèques n'ont ils pas béni son union ? Lara de Narbonne n'a-t-il pas épousé la fille après avoir répudié la mère? et crois-tu que Signts n'oserait épouser le fils après la mort du père?
— Je ne le crois pas , dit amèrement Grédo.
— Tu ne le crois pas? dit le vieux Guittard en attachant ses regards fixes sur Grédo.
— Non , messire , reprit Grédo avec un accent d'affirmation singulier. Non , la comtesse Signis ne consentirait pas à ce mariage ; et si votre fils a gardé son amour dans le cœur, je puis croire que la comtesse n'en a pas fait autant.
— Pauvre niais! dit le comte, pauvre niais!
Regarde cette chambre , où- jamais elle n>st entrée que le visage pâle et le dégoût sur les lèvres. Vingt fois , cent fois , durant ces longues nuits , où vous autres , qui vous dites les malheureux de ce monde , vous dormiez au moins de fatigue , c'a été des 4uttes horribles entre Signis et moi ; et toujours, toujours, entends-tu? Quand je la menaçais ou que je la priais , elle me répondait avec un sourire de mépris : c Vieillard, pourquoi m*as-tu prise à ton fils que j'aimais? >
Le sire de Terride se leva, comme agité d'un transport furieux , et se mit à parcourir la cham^ bre en s'écriant :
c Ah ! vingt ans de suite , vingt ans , ssms une heure d'oubli, sans un moment de pitié pour le vieillard ! C'était lui , toujours lui ; et mainte • nant ils se retrouveraient... maintenant... non, ça ne sera pas... non , qu'il périsse plutôt !
— Seigneur mon maître , s'écria Credo , vous voulez frapper votre fils , qui revient comme un sauveur, après l'avoir chassé pour votre faute? Ce n'est pas juste. >
Le sire de Terride continua à marcher dans la chambre , allant d'un mur à l'autre, comme pour y trouver quelque chose ; puis il se mit à murmurer d'une voix sourde :
f Lui ai-je dit lui?... Eh bien! lui ou elle... peut-être lui... non , elle !.. »
Sa voix, à chacun de ces mots, devenait de plus en plus sourde, et elle finit par s'éteindre dans un sombre murmure , où de demps en temps Credo pouvait distinguer ces deux mots : Elle!., lui !.. Enfin il finit par retomber sur son siège en disant :
< J'avais pourtant décidé lequel des deux !.. »
Le vieux Guittard parut alors plongé dans rabattement stuDÎde oui s'emimrait de kn après
chaque violent effort , et Credo voulut profiter de cette apathie apparente pour se retirer ; mais le vieux sire de Terride reprit d'une voix triste , et bn ^ laissant aller à pleurer comme un enfant: < Tu t'en vas aussi , Grédo ; car il partira demain lui aussi , et je serai seul , seul entre les mains de cette femme qui me hait , qui m'a tué Tesprit par le désespoir et le corps par Finsomnie. Qui me vengera donc ?
— Mais de qui? > repritCrédo avec impatience. Le visage de Guittard s'alluma tout à coup
d'une nouvelle clarté d'intelligence , et il répondit comme un homme qui vient de trouver la solution d'un problème ou bien la (race de chemin qui doit le conduire au salut.
i D'elle..., oui d'elle; c'est d'elle que tu me vengeras. Écoute, Grédo. Je me rappelle bien maintenant ; tout est combiné et préparé depuis longtemps. Ouvre cette armoire, et regarde, i
Grédo obéit.
€ Qu'y a-t-il sur la première tablette?
— Un poignard à vos armes , et une bourse pleine d'or.
» Ah I ah ! fit le sire de Terride ; je savais bien que tout était préparé et arrêté depuis longtemps.
— Mais quoi donc? dit Grédo, à qui l'aspect
de ce poignard et de celte bourse inspira un terrible soupçon.
— Sa mort..., tii comprends?... demain..., celte nuit peut-êlre, je le sens..., je mourrai; j*en suis sâr... Tu prendras la bourse et le poignard , et tu tueras. . . i
11 s'arrêta encore, Tœil fixe et le corps immobile comme si sa pensée lui manquait ; et Credo lui dit :
< Qui donc? »
Le vieillard fut quelque temps sans répondre.
< Ne m'as-lu pas dit qu'elle ne Taimait plus?
— Je TOUS en suis garant , du Grédo.
— Eb bien ! alors, lui...
— Mais il part tantôt...
— Alors , dil le vieillard , celui que tu voudras; mais ils ne vivront pas tous deux pour s'aimer après moi. Je ne le veux pas. Signis! elle lia pas voulu m'aimer, ni même me plaindre une heure; elle n'aura pas d'amour sur la terre... elle n'en aura paa. . . Tu m'appartiens, Credo. . . Tu m'as juré que ma dernière volonté le serait sacrée ; tu l'as juré sur l'Évangile, avec uneéiote uu cou... Tu tiendras ton serment!...
— Eh ! bien donc, dit Credo, que la comtesse meure ! et ce sera peut-être justice.
— Elle l'aime donc! s'écria le vieillard. >
Credo ne répondît pas.
c Elle Paime donc ? > reprit le vieillard en te levant.
Credo détourna la télé.
c Elle Faime donc? » a'écria encore le vieillard.
Credo voulut encore ae détonrner; mais le vieux comte de Terrrde lui adressa encore sa question , et celte fois d'un air si terrible , si impératif , que Credo repartit d'un ton sombre :
c Non , elle ne Taime pas, parce qu'elle en aime un autre.
Le vieillard laissa échapper un cri terrible, en répétant : c Un autre ! »
Alors , avec une force que la fureur seule pouvait lui donner, il arracha le poignard que Credo avait pris dans Tarnioire, et le levant sur sa poitrine, il lui dit :
€ Alors, tu vas me le nommer !
— Il se nomme Michel , monseigneur. »
Ce nom parut frapper le sire de Terride comme un coup de foudre ; le poignard lui tomba des mains, et il dit d'une voix funèbre, pendaot que le serviteur le plaçait sur son siège :
c La malédiction du Seigneur est sur ma race. Credo. Laisse-moi ! »
Le servant eût voulu rester à ce moment ; mais
le sire de Ternde lui dit d'une voix impéraltve : — Va t'en... si tu ne veux pas mourir... pour
ce que tu m'as dit, si ce n'est pas vrai , et pour
ce que tu ne m'as pas dit depuis longtemps , si
cVst la vérité, i
Credo se retira , et le vieillard demeura seul.
Pendant que cette scène avait lieu entre Credo et son seigneur , d'autres d'un caractère bien différent se passaient dans la galerie du château. Nos lecteurs se rappellent Tinstant où Signis , qui guettait le moment de parler seule à OUion , se présenta à lui et répondit à Texclamation qui lui éiait échappée. Othon avait entendu la comtesse rappeler au comte le souvenir de leur amour. Il avait pu s'imaginer que cette passion était demeurée dans le cœur de la comtesse , quoiqu'il eût de justes raisons de penser le contraire. En la retrouvant si empressée de Tentretenir en secret, cette pensée se représenta à son