‹ Le comte de Foix (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

SI

^^i% mgkim , dil Qaj de Létis.

— La conletse va éqi» apporter ce ipi*«i faut. 1

Guy ae tanaU; mais on voyait qu'il M répugnait aingulièremeiu de faire cequ^on lui profM»-» sait. Était-ce la transaetioD en elte-méme qui id déplaisait comme un acte déloyal, ou bien ne craignait-il de faire ce pacte honteux que parce qu'il en redoutait le danger? C'est ce que le sire de Terride ne pouvait deviner. Enfin Guy de lA* vis lui dit :

c Est-ce donc là toute ton ambition , et n^e»^ tu rentré en Provence que pour y reprendre ce ebàieau et ces terres? i

Cette question fit sourire Othon qui.répondit:

< Toi-même , si Simon de Hontfbrt triomphe^

comptes-tu borner tes prétentions à cette sel*

gneurie de Terride, et ne penses*tu pas que le

comte' de Foix a fait une résistance assez désa»*

pérée à la croisade pour mériter que le nouveau

eomte>de Toulouse le dépouille de ses tertea ei

eu investisse quelque brave chevalier de sob

année qui ne lui aura pas fait faute sur le champ

de bataiUe ? Ce qui reviendra à chaque de nous,

si son parti triomphe , sera sans doute mesuré è

nos services, et chacun de nous saura les faire

valoir comme il Tentend ; mais ce qu'il est néeea* 1. 11

- lit —

taire d^aMurer, c*ett te pat I cpn reatm an vaincn : j€ m'en sois fait iiii« , je l'en ai feti une autre : je ne puis t'offrtr davantage, i

Guy hésitait encore, lorsque la eomiesse Signis entra aTOC Ermessinde et le jeane enfant que Terride lui avait dit d'amener.

c Pourquoi la comtesse ici, dit Lévîs, et pourquoi cet enfant?

— « Signons d'abord, et ta le saura» ensuite^ dit OckoHi

— Il y a une ruse pour nous perdre en tout eeei^ dit Guy; je ne signerai pas.

-^ Comme lu voudras, dit Othon en se plaçant près de la porte Pépée nue. Mais je te Tai dit une fois, tu ne sortiras d'ici que par ma volonté et aucun de vous n'en sortira qu'après avoir accepté mes conditions.

— Qu'est-ce à dire, s'écrie la comtesae, eatHse une trahison?

*- La peur vous rend tous fous, dit Othon avec iiépris, songez que ni vous ni moi n'avons de temps à perdre en vaines discussions. Si je vou* bis ta vie , sire de Lévis , ne me suffitHl pas de rdMmdoiiner à eeua qui la réclament et qui y comptent. Si la tienne me gênait, Sigais, le secret de Michel prononcé aux oreilles de mon père su^ firait pour qu'elle lût condamnée. Gomprenex

dpnc qne ce que je hîs m'est plrn ntîle 4(o'à yom« et pour que voqs n*en ëoaties |^s , voîei ce que je veux : tu oe partiras pas seul , Guy de Lévis , ta emmèneras ces deux femmes et cet enfant. Dans une heure vous serez au bont du souterrain , el dans une heure je vous en ouvrirai Tissue. IjCS ptages de ma bonne foi sont ce parchemin que tn pourrais montrer aux chevaliers iei assemblés si je manquais à ma promesse , et cet enfant que vous me remettrez à Tissue du château et que vous serez censés avoir enlevé. Ainsi je sortirai seul du château sans qu'on puisse me soupçonner d'avoir aidé à votre fuiie.

. — Et que voulez- vous faire de cet enfant? dit Guy de Lévis.

— Ce me sera un gage contre la vengeance du More Ben-Ouled ; d'ailleurs, telle est ma volonlé : songez qu'il me resie à peine une heure pour pour* voir au salut de Michel.

— Oh ! s'écria Signis , signez , sire Guy... ie Qonnais Othon , un nouveau refus de votre part, el il livrerait Michel à la rage des Provençaux. »

• Ermessinde se taisait, mais on voyait que ee projet de fuite lui souriait autant quk sa mère, et enfin Guy de Lévis se décida à signer.

« Maintenant , dit Terride, songez que noire projet ne peut réussir que par l'exaetitode ^vec

l«|velle nous nous reneontrerwis i Hssue estérieufe ; c^est surtout vous que cela intéressé ; oir il faut que vous ayez gagné au moins une iieure de route sur ceux qui sans doute se mettront à votre poursuite dès qu'ils auront appns votre évasion. A la porte de Fissoe, je vous dirai en quel endroit vous retrouverez Michel. »

Otbon quitta aussitôt la chambre du Paon dont il lira les verrous extérieurs. Puis il s'arrêta un moment et sourit à la grande victoire qu'il venait sans doute de remporter.

Cependant il lui restait à sauver Michel , et comme son intention surtout était de ne pas être compromis aux yeux des chevaliers provençaux^ il choisit le moyen le plus simple pour obtenir le salut de ce jeune homme. Certes, la vie de Michel était de fort peu d^intérêt pour Othon, et, malgré sa promesse k Signis , il n'eût pas hésité à la sacrifier ; mais il comprenait bien que ce ne serait qu'à ce prix que l'enfant lui serait remis , et , à ce qu'il parait , il lui importait également que l'héritier du vicomte de Béziers ne lût ni au pouvoir des Français ni au pouvoir des Provençaux.

Noos avons dit dans un chapitre précédent, qu'au moment où Othon était demeuré seul , il avait hésité soit à se rendre à l'appartement de son père , soit à l'intérieur , soit à la chambre du

Paon. Cette hésitation n^avait d*aulre cause que rincertitude de savoir par où il commencerait Texécution de son projet , jusqu'au moment oà il fut entraîné par la comtesse Signis k se rendre d'abord auprès du sire Guy de Lévis. Ce plan de conduite vis-à-yis de ce Français était arrêté d'avance , et il se serait aisément exécuté entre le sire Guy prisonnier, et Oihon, sans le meurtre de Guillelmète ; mais ce meurtre , tout en créant un obstacle à son succès , avait fourni à Othon le moyen de faire enlever le jeune Adhémar de Béziers sans qu'on pût le soupçonner d'y avoir pris part. Ce fut donc pour assurer le succès de son projet qu*Othon se rendit immédiatement dans l'appartement de son père presque au moment où Credo venait de le quitter.

vu

Lorsque Othon entra dans la chambre de son père, il ie trouya assis, r«il fixé sur lefM>ignard qu'il a? ail laissé tomber quand Grédo avait pro- Doneé le nom de Michel. On eût dil qu'il ne s'apercevait pas de l'entrée de son fils ; car il ne bougea pas an bruit que fit celui-^i. Othon , que l'heure pressait, ne respecta point cette profonde préoccupation ; et, s'avauçant vers le vieux sire de Terride, il lui dit d'une voix assez hante pour rarracher à la pensée qui le dominait :

c Mon père , je vous apporte le suprême adieu de voire fils, i

Le vieilUffd leregardad'unair tout à fait^ égaré , et repartit :

4 Ne l'appelle pas ainsi ; ne loi donne pas ce nom ; ei puisqu'il doit mourir ^ qu'il meure inconnu. >

A cette parole , Oihon se recula , et , malgré lui, il porta la main sur son épée comme s'il eût craint quelque attaque soudaine. Le vieux sire de Terride se leva , et reprit en s'approchant d'Othon :

c Tu le frapperas , toi; tu me vengeras , toi... Ne l'épargne pas. Crois-moi , écrase le serpent ou il te déchirera comme il m'a déchiré, i

Othon crut comprendre qu'en ce moment il se passait dans la folie de son père une de ces étranges contradictions où la pensée est préoccupée d'une personne que l'œil ne reconnaît pas ; ainsi Otbon ne doutait pas que ce ne fût de sa mort que lut parlait son père. Jamais une grande affection n'avait régné entre eux, même avant le jour où la passion les avait désunis ; cependant il faut dire que le fils était revenu bien décidé à oublier les griefs qu'il avait contre son père , et que, malgré l'accueil qu'il avait reçu, il n'avait p» songé à s'en armer contre lui,- et il avait mis «ur le compte de la lolie les étranges paroles qui demandaient son prochain départ. Cependant à ce moment , où il crut se voir sacrifié à un ressentiment qui avait survécu à toutes les autres

{NMsiofts, use fuiMtte pentée lai traversa Tesprit, et il nuiniiara en hiinowèroe que ce ne sefait pas une tiîsle chose de voir finir la vie de ce vieil" lard inaiile à lui-même et nuisible encçre à tous les siens. Cette pensée s'évanouit comme un éclatr et Olhon reprit d^une voix impérative :

I Me reconnaissez-vous , mon père , et ne savez-vous pas que c'est à moi , votre fils , que vous parlez?

— Je le sais , Othon , reprit le vieillard d*une vmx sombre et avec un rire amer , et c'est parce que je te connais que je te dis qa*il doit mourir, et c'est parce que je te connais que je suis sAr qu'il mourra ; tu es brave et fier, Othon , ou tu n'as pas tenu ce que promettait ta jeunesse, mais ta n'as jamais été si brave et si résolu que lui , et tant qu'il sera vivant tu ne pourras dormir en paix dans ce château et te croire le maître de mon héritage. >

Othon écoutait son père avec une extrême sorprise ; car il reconnaissait que la confusion qju'il avait cru deviner dans les idées de son père n'existait pas ; seulement le vieillard lui parlait de choses qu'il ne pouvait comprendre. Le comte Gttittard de Terride vit sans doute cet étonnement ^ car il reprit aussitôt :

f Pourquoi me regardes-tu ainsi, Olhon?

— ISO — •

On dirait fua lu ne me comprmidft pes. Gapen* jdiipi m dois savoir loel , Un ; ne Tas-ln pas appelé

mon fils Y >

Un éclair soudain sembla illuminer louti coup robscorilé où se perdait le jeune Terride, el il dit alors à «m père , d'une voix basse et inlerro* •liative :

— Michel , n'est-ce pas?

— Est-ce que tu Tignorais? > repartit le vieillard eo se reculant.

Othon ne répondit pas à cette question : car déjà d'autres pensées le préoccupaient ; déjà la pensée de perdre Michel s'était emparée de lui , et déjà il calculait comment il pourrait le livrer à la vengeance du vieux sire de Terride , lorsqu'il avait promis de le réunir à hi comtesse Signis, et que c'était par cette réunion seule qu'il poo*vait obtenir qu'on lui remit le jeune orphelin de Béziers. Emporté par ses réflexions, Othon se se demandait déjà comment son père pouvait lui prédireque Michel le troublerait dansla possession de son héritage , et comment il se faisait qu'il en eût disposé pour sa fille ou le sire de Guy de Lévis sans en rien réserver pour ce fils inconnu. D'ailleurs , quel était ce Michel qui se révélait ainsi à lui après vingt ans , mais qui devait dtm né cependant avant que lui-même n'eût quitté Le

chàlMia il« MNi père? Ainsi voUit de ifuetlHNitMi questions qa'il ne poat ail résoudre Teeiîve peiMéa d^thon , tandis que celle de son père retombé dans sa torpenr, semblait avoir complètement oublié ce qui venait de se passer à Tlnstanl même» Espérant arraeber k son père quelques mots qui pussent Téclairer et le déterminer , il rappela de nouveau à haute voix, et loi dit :

ff Mon père c'est d(hic la mort de votre fils que vous voulez ? >

Hais déjà Tesprit du vieux sire de Terride s'était laissé emporter à d'autres idées ; car il se fflûl à murmurer en regardant la terre de son œil . fi»e et morne.

f Tous les deux ! ils Font aimée tous les deusl tous les deux mourront. Viens, çà, Credo, ramasse le poignard et la bourse , et va-t'en faire josike ; ils doivent dormir l'un et l'autre , car il n'y a que les vieillards outragés et méprisés qui ne dorment pas ; allons » prends vile le poî* gnard. >

Othon, espérant qu'en cédant à la parole de son père, il l'exciterait à continuer , ramassa l'arme iMale et répondit :

<— Et puis après , seigneur?

•*- Credo, reprit le vieux comte, tu sais main* tenant un secret que personne ne sait au monde,

|IM wAm» lui qui se demli Tapf roadtft qM.pÉr noB lesiMBem qvî était là à c6té de k bonne ei du poigiiard; tu ne dirai pas ee seerel iOtiMm ^ puisqu'il doit vif re lui , psisqu*]! n'aimè plut la eomtesse , et que la comtesse ne Taime plus. »

Otbon écoutait avec une étrange anxiété ciette vague parole où sVxprimaient d*une façon si incertaine les pensées encore plus vagues du vieiU brd. L^expression de )a figure de Guiitard devenait de plus en plus triste et mélancolique ; îi reprit sa pbce, et, penchant sa tète sur ses mains, il se laissa aller à dire d*une voix lanm^ante :

< J'ai été un père bien malheureux , Grédo ; le fils , rhéritier légitime de mon nom , a osé me disputer celle que j*aimais , et celui que j^avaîs destiné à le remplacer me Ta ravie. >

Gomme nous Tavons montré à nos lecteurs, lorsque le vieillard se prenait à accuser Othon de sa propre faute, Grédo n'essayait point, de lui répondre, trouvant inutile de Tirrit^ ; mais le jeune Terride ne voulut pas accepter si facilement Taecusation , et il )*epartit d*une voix sévère : < c Vous avez été on père injuste , messire ; c'est vous qui avez volé sa fiancée à votre fils; c^est vous qui l'avez injustement accusé de félonie pour lui ravir son héritage ; et lorsque vous avez voulu donner vos châteaux à l'enfant de quelque cou-

paMe amoar. Dieu a voula, poor tous panir, qve le préféré accomplit le crime que Tooa aviez ▼oulo prévenir en frappani Tinnocent »

Encore une fois la pensée du vieillard échappa à Olban, au moment où il croyait Tobtenir par la menace , comme un moment avant par Tobéia^ aance ; le vieux Guiltard se mit à regarder son fils «ans colère , et lui dit :

€ Est-ce vrai , Othon , et Credo ne m'a-t-il pas trompé? Ils s'aiment tous deux , et ils mlii* sultent, et ils vivent encore quand tu es ici dans ce cbàieau ! •

Un sourire de satisfaction et un regard de joie parurent sur le visage du vieux Terride ; il s*é^ cria , comme quelqu'un qui vient de trouver un aliment qui doit tout résoudre : >

f Mais ils t'insultent aussi, toi, car tu Taimes, cette femme ; elle t'a fait des serments , et elle t'a oublié , comme elle m'a méprisé ; si ce n'est pas pour moi, c^est pour toi que tu les tueras tous les deux, n'est-ce pas? et tous les deux doivent mourir, elle surtout , elle ! »

Un fois encore Tesprit de Guittard s'égara dans celte pensée de jalousie effrénée qui le dévorait, et il continua :

t Elle et lui ; car , si elle vivait , je te Tai dit ,

Credo, elle deviendrait l'épouse d'Othon ; il I. U

Taîme cette femme, qui ne Taimm^it pasl BKe esl êi belle , et je T» tant aimée, moi ! i '

Puis il se leva tout à coup , et s^écria dana un aecèa de Foreur indicible :

c 11 faut qu'ils meurent tous , tous , Othon comme les autres !

— Eh bien ! dit celui-ci , voulant profiter de ce moment d'égarement pour obtenir ce quMI désirait, donnez-moi un ordre écrit de votre main , et je vons réponds que dans une heure . vous n'aurez plus è en redouter aucun.

— Non , non , dit sourdement le vieillard en riant cruellement ; non , non ! Mon Dieu , il y a des heures où je suis fou et où j'oublie ce que j'ai arrêté dans ma volonté ; non « tu vas aller chercher Michel , tu loi diras de venir ici , et je lui remettrai ce testament qui est là , et qui loi assure mon héritage; tu comprends, Credo, cob* linoa le vieillard, avec un tremblement furieux : l'un sera armé des droits de sa naissance et l'autre des droits de ma volonté ; tu comprends , tous les deux amoureux de Signis , touf les deux avides, tous les deux jaloux, ils se déchireront l'un l'autre ; ils se tueront, car, lorsque des frères se battent , c'est pour se tuer ! ... Va me chercher Michel.. é )

Le vieillard s'éuit approché de Tarmoire oU'-

verte où ie tesUinani. devait se Mrouver sans doute. Othon suivait son père avec anxiété; car à cette époque , si les meilleurs droits étaient contestés par la force, les plus mauvais y trouvaient un appui, et Othon, malgré les précautions qu'il venait de prendre pour son avenir , ne se souciait point de laisser créer contre lui oette prétention ; mais le vieillard ferma brusqueneal Tarmoire, et Othon, qui avait espéré un moment pouvoir s'emparer de ce testament, laissa échap* per un geste d'impatience.

f Va me chercher Michel , dit le vieillard en se retournant, et justice sera faite. >

Othon hésita uo moment, mais il s'éloigna presque aussitôt, comme s'il eût craint de ne pas avoir le courage d'accomplir assez vite la pensée qui lui était venue.

Pour quitter l'appartement de soa père, il lin fallait traverser la galerie où nous avons fait passer les premières scènes de ce livre; les flambeaux s'étaient peu à peu éteints , de façon qu'Othon se trouva dans une profonde obscupté. *" Cependant il avait une connaissance assez exacte des lieux pour se retrouver aisément , lorsqu'on franchissant la balustrade il entendit auprès de lui un profond soupir et une sorte de mur* mure.

Olhon eut peur, et ce mouTement d*effroi daii^ un bomme d*un paireil courage eût prouvé, .à quiconque eût pu en ôlre témoin, combien devait ôtre borrible la pensée qui l^occupail; Quand Feaprit de Tbomme médite de sinistres projets, protégé par la nuit et le silence qui Tenveloppe, il lui semble que la moindre lueur, que le moindre bruit qui trouble ce silence et éclaire cette obscurité pénètre aussi dans sa pensée et la devine. Otbon s'arrêta tout à coup comme saisi par une force surhumaine et il se mit à écouter. Il n'entendit rien d'abord ; mais au moment môme où il se décidait à quitter la galerie, un nouveau soupir, un murmure mieux articulé se firent encore entendre. L'effroi de Terride fut moins grand , car il se rappela la remarque que Signis avait faite, il se rappela qu'elle prétendait avoir vu remuer le cadavre de Guillelmète.

Cette fille n'élait-elle point morte en effet. Otbon se pencha vers le sol et ayant trouvé le corps, il sentit en effet que Guillelmète s'agitait pour se débarrasser de la robe de Bomieu qui la recouvrait. Par un étrange prodige , la blessure que lui avait faite par hasard l'épée d'Othon avait déterminé une perte de sang qui avait suspendu l'asphyxie , qui avait donné à Guillelmète l'ap-

parence de la mort et qui était le résultat de la strangulation. Dans un premier mouvement d'humanité, Othon releva Guillelmèie et la plaça sur une pile de coussins. Il allait même appeler du secours lorsqu^il pensa que cet incident nouveau pouvait devenir un obstacle à Texécntion de son projet. Peut-être le retour de Guillelmète pou* vait-il changer les dispositions des hommes d'armes ; peut-être n'exigeraient-ils plus la mort de Guy de Lévis, et ouvriraient-ils sa prison. En ce cas , le pacte conclu entre le chevalier français et le seigneur provençal existait toujours ; mais le jeune Adhémar de Béziers lui échappait, et était-il bien assuré qùeSignis, accusée d'avoir voulu l'enlever, n'en rejetât pas le projet sur lui-même?

A mesure que ces objections se présentaient à l'esprit d'Othon , il se résolvait davantage à taire cet événement et à suivre le nouveau dessein qu'il avait formé. Mais à peine s'était^il arrêté à cette résolution, que de nouvelles objections se présentèrent à lui : Michel ne pouvait-il, en passant par cette galerie pour se rendre chez le vieux sire de Terride, entendre ces soupirs étouffés, appeler Manuel, son fils, ses amis, et demander la liberté de Lévis ^ qu'on lui accorderait peut^ être, car en ce monde on punit bien plus souvent le résultat du crime que son intention.

Gelie £tto de race serve , et ron a pu voir qael cas OtboD faisait do Texistenoe des indrridiis de 4sette classe , cette Olle avait été déjà an obstacle à Texéculion da premier plan de Terrtde ; et lorsqu'il Favait modifié , il retrouvait encore cet obstacle, bien involontaire sans doute, mais qui n'en était pas moins irritant.

Otbon tenait encore le poignard qu^il avait râpasse dans la chambre de son père. Qu'était-ce que frapper cette femme morte aux yeux de tons , empêcher de se ranimer une existence presque éteinte quelques instants auparavant ; le poignard fut levé...; mais presque au même instant Othon entendit un nouveau bruit près de lui.

11 écouta pour deviner de quel côté on venait, et , à la lourdeur traînante du pas , au murmure inarticulé qui <brtait de la bouche de celai qui a'avapçait, Qthon reconnut son père.

% Elle dort , disait-il tout bas; elle dort main^ teuant... bien! bien! >

On eût dit que Tenfer envoyait à Terride des expédients plus affreux les uns que les autres à mesure que de nouvelles diffiouUés se dressaient devant lui. Il saisit comme une inspiration cette parole de §on père, et lui répondit:

c Oui, monseigneur, elle dort ici...

— Où donc? > lit le vieillard.

OthoB «^approcha de lui, le eonduisit pfès du lit oo était GaîUelmète, et posa sa maiU' aar le aeîo dé cette jeone fille.

c C'est elle ! dit le vieux sire de Terride.

— Oui, répondit OthoD...; c'est la comtesse Siguis que vous cherchez... Et Michel ?a venir, Michel que vous avez aussi condamné... i

Le vieillard tressaillit. Othon lui mit dans la oiain le poignard dont Grédo avait refusé de le frapper, et , sans s'occuper de ce qui pourrait arriver de celte horrible position, il s'éloigna rapidement et quitta la galerie.

U n'y avait plus de doute pour lui sur les projets de son père ; il voulait punir les coupables. Cette pensée du vieillard qui s'égarait au moindre chue d'une discussion, se redressait constante et entière dès qu'un moment de solitude lui permetlait de la ramener à lui. D'horribles événements, d'épouvantables crimes pouvaient naître des rencontres que Terride avait préparées ; mais H pouvait profiter des désordres qu'elles occasionseraient sans avoir l'air d' j prendre part « et le reste importait peu au froid et cruel ambilîeifx qui avait posé Tespoir de sa fortune sur la rtline d'un enfant. Car ce n'était pas à d'autres fins qu'il voulait enlever l'héritier du vicomte de Bé* ziers, en ayant soin toutefois que ce rapt retom-

bftt ou sur Signis onsar le sire Guy de IjCtîs laîméme. Mais il nous faut revenir aux événeiiients de cette nuit teirible, événements qui eurent sur les événements publics une influence que nul de ceux qui y prirent part ne pouvait prévoir.

A une vingtaine de pas de la porte de la galerie , Othon , aux premières lueurs du jour qui commençait à paraître , aperçut un groupe d'hommes d*armes parmi lesquels se trouvaient Grédo , Manuel , ses fils et le More Ben-Ouled ; il s'approcha d'eux , et s'adressant à Credo il lui dit :

c Credo , va chercher dans la salle où il est enfermé avec des hommes d'armes du sire de Lévis ce jeune homme qu'on nomme Miehel.

•— Que lui voulez-vous? lui dit Ben-Ouled.

— Va le chercher « Credo, reprit Othon avee une dédaigneuse humilité , je t'en prie ; quant à ce que je lui veux , je le lui dirai tout haut et devant vous, mes maîtres. Va vite. Credo... car voici le jour qui vient , et je vous l'ai dit , je se veux point assister à ce que vous appelez votre justice. »

Credo s'éloigna et Manuel reprit :

< D'après ce que nous a dit Credo , messire, vo* trepère touche à sa fin. Pourquoi quitter cechà* teau qui peut-être le vôtre ce soir ou demain?

— Tq n'étais pas au service de mon père , Blaauel , lui dit Oihon , lorsque j'ai quitté ce pays , sans cela tu saurais qu'alors corome aujourd'hui rien ne pouvait m'empécher d'accomplir ce que j'avais résolu.

— Folie, dit le More Ben-Ouled. Hélas I j'ai .vu revenir dans ce pays un chevalier aussi brave

qu'un homme puisse Tètre sous le ciel , aussi fort de coBur que de bras ; il avait aussi une volonté de fer , et cette volonté aveugle et imptacable n'a fait que le conduire à sa perte et à la perte de la province qu'il voulait défendre.

. — Tu veux parler du sire de Saissac , sans doute, dit Othon; car le comte de Foix m'a raconté souvent cette épouvantable histoire ; mais ne t'alarme pas pour moi , Buat , on ne* me verra jamais combattre au milieu de nos ennemis pour les trahir comme il l'a fait.

— Ne dis pas un mot contre lui , sire de Terride ; car il fut à la fois un héros et un martyr.

— Dieu sauve la province de pareils défenseurs! dit Othon. Mais voici Michel; écoutesdonc bien , mes maîtres , ajouta Othpn avec mépris ; écoutez bien ce que je vais lui dire , puisque vous êtes devenus les juges de vos seigneurs. >

Michel s'approcha, et Othon le considéra

avec UQ« carîevwe «ttention. Hieliel était un pâle e^ benu jeune homme; son grand œil bleo avaii une langueur charmante; ses cheveux blonds .encadraient une figure douce et suave; une intelligence élevée et calme brillait sur son front ; et quoique nulle faiblesse ne parût dans son attitude , cependant , à cette époque où les appa-> resces de la force étaient la première beauté et la première recommandation d*un homme, on eût pu accuser Michel d avoir Tair effémitté.

( Voici donc mon frère , se dit Othon , celui à qui mon père destine ce terrible héritage qu'il n'a su défendre. En vérité , ce n'est pas la peine de l'envoyer au danger qui le menace. » Cependant celte pensée s'effaça devant le regard froid e^ dédaigneux du jeune homme , qui lui dit :

c Pourquoi m'as-tu fait demander, sire de Terride, et quel ordre pkitr^il au futur suzerain de ee château de me donner ?

^^ Je n'ai point d'ordre à te donner, dit Othon froidement ; mais j'ai à te transmettre ceux de mon père. >

Credo écouta d'un air curieux, et Michel sourit avec dédain :

< Les ordres de ton père, sire de Terride , et en quoi suis-je tenu de les respecter ?

-^ Je l'ignore , dit Othon ; mait moi , pour

qui c'est un devoir d'obéir, je fais ee qu'il m'a comtoandé*. Mon père t'ordonne de te rendre immédiatement près de loi.

— Pourquoi ?

— Je ne lui ai pas demandé, messire. JeirOus l'ai dit, j'obéis à mou père. C'est un respect que je comprends que vous n'ayez jamais appris.

Michel devint plus pflle encore et jeta à Otlion un regard terrible.

€ Nous nous reverrons , sire Othon de Ter^ ride 1

— Où vous voudrez, mattreMichel sans nom.

— Eh bien, lui dit Michel, puisque vous sortez de ce château , attendez-moi sur la route de Gasteinaudary, je vous y aurai bientôt rejoint,

— Vous n'êtes pas encore libre , maître , lui dit Othon, à moins que ces braves gens ne veuil* lent vous délivrer, car ils sont les matlresici, ou bien que mon père ne vous ouvre les portes de ce château ; mais je ne puis courir la chance de vous attendre trop longtemps. Ce sera pour une autre foin.

— Eh bien ! je vous aurai rejoint plutôt que vous ne pensez, dit Michel, car je vais, de ce pas, demander ma libre sortie de ce chÀleau au comte, qui en est encore le maître. »

Il fît un pas pour s'éloigner; mais Credo ,

emporté malgré lai par ce qu*il eavah • s*écria : t Arrêtez , messire > n^allez pas près da tire de Terride.

— Pourquoi t;e1a ? i dit Michel froidement.

Grédo baissa la tète, et murmura «ourdement :

< Allez donc , c^est probablement le ciel qui le veut. •

Un instant après , Otbon franchissait la dernière poterne du château, et Michel entrait dans la galerie, encore obscure, malgré les premières lueurs de Taube.

Cependant le jour s'était levé, et il s'était déjà passé près d'une demi -heure depuis que Othon avait quitté le château de Terride^ lorsqu^il arriva à Tissue qu'il avait promis d'ouvrir au sire Guy de Lévis. Les prisonniers l'attendaient depuis longtemps, et lorsque Guy vit s'ouvrir la porte, il s'avança vers de Terride, en lui disant :

c Je commençais à craindre que quelque obstacle ne vous eût empêché de quitter le chÀleaa.

— Le temps ne vous a pas paru plus long qu'à moi, dit de Terride ; et maintenant remettez-moi l'enfant que je vous ai confié , et que Dieu nous guide chacun dans notre voie ! »

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