‹ Le comte de FoixChapitre 10 sur 26 · XXIV NOTE · texte numérisé non relu

XXIV NOTE

hélas 1 nous no la pensions pas si proche : il se pencha alors vers M. Massé :

» — Docteur, lui dit-il, entre le malade et le médecin il y a une heure où rien ne saurait plus être caché; parlez-moi sincèrement; la mort va-t-elle bientôt venir ?

» Et, pour détourner la réponse, je m'approchai alors en lui demandant s'il avait froid.

» — Je n'ai pas froid, me répondit-il ; mais je suis un mort.

» Et puis il se fit un silence jusqu'à ce qu'il reprtî la parole pour dire sans émotion, comme un homme qui analyse et qui observe :

» — Voici le commencement de la fin.

» C'était l'invasion de l'agonie. Le malade l'attendait, il l'accueillit doucement.

» — Plus de remède, nous dit-il, je ne prendrai plus rien ; qu'on ôte la bouteille d'eau chaude que j'ai sous mes pieds, ne me tourmentez plus, ne me pressez plus, laissez-moi calme, ne me détournez pas, ne cherchez pas à me distraire lorsque je me recueille pour mourir.

» Ainsi, prêt pour la mort, il demanda tous ceux qui l'avaient soigné durant sa maladie; il appela aussi son domestique; il voulut que tout le monde l'entourât.

» — Tout le monde auprès de moi! disait-il, que je voie tout le monde.

SDR FRiniRTC SOULIÉ XXV

» Et alors, comme le moment était solennel et n'admettait plus le mensonge ni le mystère, on se prit à s'entretenir avec lui de sa mort.

» — Qu'elle est lente 1 disait-il.

» Et on lui répondait :

> — Soyez patient, vous cesserez bientôt de souffrir. » Il ne se lassait pas de nous regarder tous, et de

nous dire affectueusement, mais d'une voix presque éteinte :

1 — Je vous vois, je vous vois encore !

» Et il nous désignait tous par nos noms.

» Il y eut un moment admirable et terrible. Cette agonie, si peu semblable à une lutte, prit un caractère plus violent, et l'asphyxie, on le croyait du moins, allait suffoquer le malade.

» Alors la sœur de Bon-Secours se prit à réciter tout haut les suprêmes prières. Frédéric Soulié les redisait à voix basse, et nous tous, fondant en larmes, nous les répétions avec lui, pour lui et sur lui. Mais l'heure n'était pas arrivée, l'asphyxie cessa de croître et d'envahir. Frédéric Soulié avait Béraud à sa gauche, madame Béraud à sa droite: Béraud lui tenait la main gauche :

> — Mon ami, lui dit le mourant, cette main est déjà inerte, elle ne sent plus celle d'un ami; si vous en voulez une qui réponde à votre étreinte, prenez celle-ci.

» Et il lui tendit la droite, l'autre appartenait déjà è la mort.

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