XXVI NOTE
» Vous Q'imagioerez jao^ais une sérénité pareille à celle qui se répandit doucement sur le visage de celui qui nous quittait. Avant de se retirer d'avec nous, il voulut nous laisser à chacun un souvenir; il donna ;son portrait, sa montre, sa tabatière. Con;ane madame 9érau4 cherchait à lui mettre une bague au doigt en IjVi gisant qu'elle la repi^endrait plus tard.
» — Plus tard?... Oh 1 non, madai?ae, fit-il tout bas, on ne reprend jamais un bijou sur un cadavre, cela porte malheur.
» A rheure de la mort, notre admirable ami semblait trwsfiguré; sa pensée s'élevait, sa langue était lia gangue immortelle de la^ poésie. Il parlait et ne parlait plius qu'en vers. Il adressait des vers ^ tous ceux qui l'entouraient : à ses deux médecins, à, ses amis présents, aux ajrtistes absents qui avaient eu leur part dans ^,es succès; w^ écoutions» nous prêtions l'oreille; nialheureus^ment, le hoquet entrecoupait ses paroles et ne nous permettait pas toujours de les saisir complètement, ie pris un moment la plume et j'écrivis sous sa dictée. J'avais été pendant près de quinze années son secrétaire. Dieu fut assez bon pour me permettre de l'être encore à sa dernière minute.
» Je ne vous donnerai pas ses yers. Bér^ud les a recueillis, et il vous, les redira à tous sur sa tombe.
» Si, à ces derniers instants, quelqu'un était entré paropii nous, il aurait vu nos pauvres courages ébranléS| la force de la pauvre sœur confondue, tout 1q
SUR FRéoéniG soDLiÉ xvm
monde éelatant en sanglots» et le mourant, lui seul, les yeuK levés au ciel, aspirant après le repos dans la paix infinie.
» Il avait une telle foi, un tel rayonnement de confiance sur le visage, que Béraud prit son fils par la main et demanda pour lui la bénédiction du mourant.
» — Enfant, lui dit Frédéric Soulié, tu es appelé bien jeune à voir un sévère spectacle ; aime ton père, aime ta mère, et sois bon pour tous; quand on n'a fait de mal à personne, on meurt tranquille comme je meurs. Regarde!
» Puis il recommanda à Béraud d'aller consoler son père, son père qu'il aimait tant, et qu'il n'avait pu embrasser avant de mourir.
> Encore quelques instants et ses yeux se voilèrent sans qu'il les eût détachés de ceux qui n'étaient qu'une famille autour de lui. Sa tête se renversa, deux larmes s'échappèrent de ses yeux, il n'était plus. Ainsi est mort un homme de bien, qui sera un homme illustre et qui n'a cependant donné que la moindre part de son talent à sa gloire. Ceux qui l'ont connu savent seuls ce qu'il portait encore dans son cœur et dans sa tête; mais c'est là ce' qu'il vous appartient de dire et ce que vous direz mieux que moi. Pour moi, ma tâche est remplie; soyez l'interprète du deuil public; je porterai le mien en secret, moi qui ne suis rien, moi qui ne puis avoir qu'un orgueil et qui le garderai toute ma vie, celui d'avoir aimé Soulié, celui d'avoir vécu au-