‹ Le comte de FoixChapitre 14 sur 26 · XXX NOTE · texte numérisé non relu

XXX NOTE

Uon doDt il était chef. On raconte que bien souvent il désertait le bureau avec tous ses jeunes confrères; le chef se montrait furieux, mais Soulié envoyait quelques vers spirituels et charmants, et tout le monde était pardonné.

On comprend combien cette imagination ardente devait se trouver à Tétroit dans les monotones labeurs de la bureaucratie. Aussi, à peine âgé de vingt-deux ans, Frédéric quitta-t-il l'administration pour demander à rindustrie un peu de liberté. Il dirigea un vaste établissement de scierie pour tous les bois riches destinés à l'ameublement. Mais bientôt la Muse l'entraîna vers de plus hautes régions. Il rêva d'abord les gloires du théâtre, et ce fut au milieu de ses préoccupations industrielles qu'il écrivit, sous la puissante inspiration de Shakspeare , son Roméo et Juliette, On sait ce qui se passa à propos de la représentation de cette pièce, qui avait été accueillie avec une certaine opposition par le publie. L'un des plus célèbres critiques du temps adressa au poète, sous forme de lettre publique, des compliments de condoléance. Il disait à peu près en substance à Frédéric Soulié qu'il regrettait. vivement de l'avoir vu tomber. — L'auteur (nous ne garantissons pas les termes) lui répondit spirituellement dans le même journal : ,« Il est possible que je sois tombé; vous savez que cela peut arriver à tout le monde; mais je n'accepte pas vos compliments de condoléance, car il me serait très-dur de tomber dans vos bras. >

SDR FRÉDÉBIC SOULlé XXXI

A purtir de cette époque, Frédéric Soulié fut acquis aux lettres saas retour, et c'est de cette époque que date la vaste série de ses productions, qui ont captivé si longtemps Tattention publique.

c Uy a toujours plusieurs hooimes dans un homme, • disait Montaigne : ceia est vrai surtout de Téerivain; il n'en est pas un chez lequel il ne soit facile d'observer et de distinguer plus ou moins nettement les diverses couches intellectuelles dont Tensemble constitue l'individualité littéraire. Chez Frédéric Soulié, deux grandes divisions frappent d'abord : le romancier et l'auteur dramatique, poètes et penseurs t»u8 les deux. Mais chacune de ces divisions se subdivise a son tour, et l'étude, même rapide, des divers aspects de ce talent si vigoureux fait naître des réflexions douloureuses sur le désordre social qui a succédé dans notre pays à nos grandes révolutions, désordre qui amènera sans doute une réaction que nous ne verroiis pas.

Jeté dans la vie commune comme nous tous, sans direction, sans but, sans vocation arrêtée, Frédéric Soulié a d'abord été artisan, puis il s'est réveillé poëte, il a fait un chef-d'œuvre; et puis II a fallu vivre, et de cette vie pénible, laborieuse, qui exige tant, qui use vite et qui dévore tout. Il s'est fait journaliste : il a écrit dans la Pandore^ dans le Corsaire , dans fArtéste, dans le Journal général de France-; puis bientôt les Débats, la Presse^ la Qmtidienne^ le Messager, le Siècle', (mi publié ses romans, pendant que les principaux

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