SUR FRÉDÉRIC SOULIÉ XXXVII
» Il y a vingt-deux ou vingt-trois ans que je connais Frédéric. Nous avons débuté ensemble : seulement, il avait pris l'antériorité sur moi. Une traduction ou plutôt une imitation du Roméo et Juliette de Shakspeare lut son premier ouvrage dramatique; une élégie faite d'après un tableau d'Horace Vernet pour la galerie de M. le duc d'Orléans, et intitulée la Folle de l^aterloo, fut une de ses premières pièces de poésie.
» Frédéric Soulié, plus âgé que moi de cinq ans à peu près, dirigeait alors une scierie mécanique à la Gare, près le Jardin des Plantes. Nous passions une partie de nos soirées ensemble, et essayions, pendant ces soirées, pour la Porte-Saint-Martin, un drame des Puritains d'Ecosse. Le rôle de Balfaur nous avait séduits pour Frederick Lemaître.
» En cherchant, dans la biographie de Michaud, un renseignement sur Charles I«% je tombai sur l'article Christine, et, en le lisant, je m'arrêtai à l'épisode de la mort de Monaldeschi.
» — Pardieu I mon cher, dis-je à Soulié, il y a. là dedans tout un drame.
» •— Je le sais bien, répondit-il.
» — Veux-tu le faire ensemble?
» —Non, je tiens à faire un ouvrage seul. Mon Roméo n'est qu'une traduction, et, par conséquent, est bon pour un début, niais doit être promptement et vigoureusement soutenu. C'est mon avant-garde. Si mon avant-garde, composée de troupes étrangères,