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qu'à leur travail, qui font de la pensée un instrument d'honnêteté et du théâtre un lieu d'enseignement; qui respectent la poésie et le peuple en même temps; qui pourtant ont de Taudace, mais qui acceptent pleinement la responsabilité de leur audace, car ils n'oublient jamais qu'il y a du magistrat dans l'écrivain et du prêtre dans le poëte.
» Voulant travailler beaucoup, il travaillait vite, comme s'il sentait qu'il devait s'en aller de bonne heure. Son talent, c'était son âme, toujours pleine de la meilleure et de la plus saine énergie; de là lui venait cette force qui se résolvait en vigueur pour les penseurs et en puissance pour la foule. Il vivait par le cœur; c'est par là aussi qu'il est mort. Mais ne le plaignons pas, il a été récompensé, récompensé par vingt triomphes, récompensé par une grande et aimable renommée qui n'irritait personne et qui plaisait à tous. Cher à ceux qui le voyaient tous les jours et à ceux qui ne l'avaient jamais vu, il était aimé et il était populaire, ce qui est encore une des plus douces manières d'être aimé. Cette popularité, il la méritait, car il avait toujours présent à l'esprit ce double but qui contient tout ce qu'il y a de vrai dans le dévouement : être libre et être utile.
» Il est mort comme un sage qui croit, parce qu'il pense; il est mort doucement, dignement, avec le candide sourire d'un jeune homme, avec la dignité bienveillante d'un vieillard. Sans doute, il a dû regretter
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d'être contraint de quitter l'œuvre de civilisation que les écrivains de ce siècle font tous ensemble, et de partir avant l'heure solennelle, et prochaine peut-être, qui appellera toutes les probités et toutes les intelligences au saint travail de l'avenir. Certes, il était propre à ce glorieux travail, lui qui avait dans le cœur tant de compassion et tant d'enthousiasme, et qui se tournait sans cesse vers le peuple, parce que là sont toutes les misères, parce que là aussi sont toutes les grandeurs. Ses amis le savent, ses ouvrages l'attestent, ses succès le prouvent; toute sa vie, Frédéric Soulié a eu les yeux fixés dans une étude sévère sur les clartés de l'intelligence, sur les grandes vérités politiques, sur les grands mystères sociaux. Il vient d'interrompre sa contemplation; il est allé la reprendre ailleurs. Il est allé trouver d'autres clartés, d'autres vérités, d'autres mystères, dans l'ombre profonde de la mort!
» Un dernier mot, messieurs. Que cette foule qui nous entoure et qui veut bien m'écouter avec tant de religieuse attention, que ce peuple généreux, laborieux et pensif, qui ne fait défaut à aucune de ces solennités douloureuses et qui suit les funérailles de ses écrivains comme on suit le convoi d'un ami ; que ce peuple si intelligent et si sérieux le sache bien : quand les philosophes, quand les écrivains, quand les poètes viennent apporter ici, à ce commun abîme de tous les hommes, un des leurs, ils viennent sans trouble, sans ombre, sans inquiétude, pleins d'une foi inexprimable
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dans cette autre vie sans laquelle celle-ci ne serait digne ni du Dieu qui la donne, ni de Thomme qui la reçoit! Les penseurs ne se défient pas de Dieul ils regardent avec sérénité, quelques-uns avec joie, cette fosse qui n'a pas de fond ; ils savent que le corps y trouve une prison, mais que l'âme y trouve des ailes ! » Oh ! les nobles âmes de nos morts regrettés, ces âmes qui, comme celle dont nous pleurons en ce moment le départ, n'ont cherché dans ce monde qu'un but, n'ont eu qu'une inspiration, n'ont voulu qu'une récompense à leurs travaux, la lumière et la liberté; non 1 elles ne tombent pas ici dans un piège ! non ! la mort n'est pas un mensonge! non! elles ne rencontrent pas, dans ces ténèbres, cette captivité effroyable, celte affreuse chaîne qu'on appelle le néant! Elles y continuent, dans un rayonnement plus magnifique, leur vol sublime et leur destinée immortelle. Elles étaient libres dans la poésie, dans l'art, dans l'intelligence, dans la pensée; elles sont libres dans le tombeau !»
Certes, ce sont là de belles paroles, et Frédéric Soulié ne pouvait pas espérer une plus belle oraison funèbre. M. Hugo l'a bien jugé, il l'a bien compris : il à été l'admirable interprète des meilleurs et des plus nobles sentiments; mais aussi comme il a été écouté; dans «quel profond silence, et bientôt avec quels applaudissements unanimes ! Pour notre part, nous ne
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savons pas de plus noble emploi du talent, de l'éloquence et de la popularité d'un grand poëLe que cette façon sympathique avec laquelle il fait une part de sa gloire à celui que la mort a frappé. — Si M. Victor Hugo n'a pas conquis un admirateur de plus dans toute cette foule, qui l'admire du fond de l'àme, il s'est fait de nombreux amis ce jour-là.
Parler après un pareil homme, entreprendre de nouveau cette louange que M. Hugo avait épuisée en quelques paroles, c'était une tâche difficile. — M. le baron Taylor s'est tiré d'affaire avec du sentiment, avec des larmes, avec une douleur bien sentie. Il a parlé comme on parle quand on veut exprimer simplement une émotion sincère.
Puis M. Paul Lacroix {le Bibliophile Jacob), au nom de la Société des gens de lettres, a prononcé le discours qui suit:
« Le comité de la Société des gens de lettres, pour donner plus Q'éclat à ses regrets, plus de solennité à cette triste cérémonie, plus de signification peut-être au dernier hommage qu'il rend aujourd'hui à la mémoire d'un de nos plus illustres confrères; le comité avait espéré que son président pourrait être ici son interprète. M. le comte de Salvandy, absent de Paris, se trouve empêché de remplir une honorable et douloureuse mission, qu'il eût acceptée comme un devoir ; elle lui aurait permis de vous faire entendre quelques-