‹ Le comte de FrontenacChapitre 132 sur 358 · ET CONTROVERSES · texte numérisé non relu

ET CONTROVERSES

Importance particulière de la traite des pelleteries au Canada; malgré les défenses royales, la plupart des fonctionnaires et des ecclésiastiques font la traite. — Valeur politique de la traite. Traitants et missionnaires. Trafic des spiritueux; il est certainement nuisible aux sauvages, mais la concurrence anglaise oblige Frontenac à Tautoriser, tout en le surveillant. — La cour supprime d'abord les congés : ordonnance de ir>7C et mécontentement de Frontenac. L'abbé Dudouyt, grand vicaire de M*' Laval, vient à Paris. — Hésitations de Colbert. Assemblée consultative au château Saint- Louis de Québec (oct. 1078). Ses délibérations inspirent l'ordonnance royale du 24 mai 1679, contre laquelle l'évéque proteste sans succès : le gouverneur général reste maître des relations de la Nouvelle-France avec les indigènes. — Opposition de l'intendant Diichesneau. Les Montréalais résistent aux ordonnances, et le Conseil Souverain veut diriger la répression, d'accord avec l'intendant; Frontenac l'en empêche. — La cour désavoue partiellement le gouverneur; ordonnance du 2 mai 1681 : amnistie royale pour les coureurs de bois et régime des vingt-cinq congés. Frontenac ébauche cependant l'organisation politique du haut pays.

La traite des pelleteries avait dans la Nouvelle-France, au xvir siècle, une importance très particulière : les pelleteries étaient alors, en effet, le seul fret que le Canada pût envoyer en France, en échange des boissons, des vêlements, des objets fabriqués dont il avait besoin; il n'exportait encore ni grains, ni bois; ses mines étaient à peine connues, et presque aucun colon ne s'occupait régulièrement de pèche; un commerce actif de pelleteries était donc indispensable à la vie du pays. De plus, comme le numéraire était fort rare, quoique les pièces françaises fussent comptées au Canada pour un quart en sus de leur valeur de

France *, chacun se servait des pelleteries comme de monnaie courante', de sorte qu*il n'était pas d'habitant qui n*en eût quelque provision. Si Ton ne fait pas état de cette observation fondamentale, on conclura trop aisément d'une lecture superficielle des textes qu'il n*y avait alors dans la Nouvelle-France que des commerçants en pelleteries; c'est là une illusion très naturelle, contre laquelle il faut d'abord se prémunir; les seuls négociants, au sens strict du mot, étaient ceux qui organisaient autour de nos établissements la chasse des bêtes à fourrures, pour introduire ensuite les peaux dans la colonie, et ceux-là n'étaient certainement qu'une minorité : trop volontiers, on en exagère le nombre, parce qu'on ne prend pas garde que ce petit groupe, nécessairemeut très actif et entreprenant, s'impose plus que tout autre à l'attention des administrateurs, au point de figurer dans les documents à une place prépondérante. A distance de perspective, nous devons rétablir les proportions.

Ce qui est exact, ce que l'on doit retenir des accusations qui remplissent les correspondances du Canada, comme des reproches de la Cour, c'est que presque tous les fonctionnaires de la Nouvelle- France cherchaient dans la traite un supplément de ressources ordinairement très nécessaire; gouverneur, intendant, officiers, missionnaires même, tous traitaient plus ou moins ; on peut en croire La Hontan, qui rapporte avec une impartiale méchanceté tout ce qu'il apprend sur les uns et les autres; il n'arriva qu'un an après le départ de Frontenac et de Duchesneau, mais les habitudes restaient ce qu'elles étaient auparavant : ici, c'est le gouverneur de Trois-Rivières, qui mourrait de faim, s'il n'avait entrepris quelque commerce; là, le gouverneur général U Barre, qui envoyait clandestinement du castor aux Anglais; ailleurs, l'intendant Meulles, trop bienfaisant pour qu'on songe à lai reprocher la traite qu'il faisait discrètement ; quant à Perrot, gouverneur de Montréal, chacun le connaissait pour un des principaux négociants du Canada '. 11 est juste ici de faire une exception pour Tévêque de Québec : sans doute, les revenus de sa charge et les dons du roi lui assuraient, parmi des fonctionnaires à peine payés, une situation très privilégiée, mais on n'en doit

1. Ar. col., C. G. Can., III, 35. — La Potherie, I, 270. — Clément, III», 541.

2. Cf. remarque du P. Lejeune, S. J., dès 1636. Douniol, 11, 341.

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