‹ Le comte de FrontenacChapitre 134 sur 358 · Lettre citée, p. CXll · texte numérisé non relu

Lettre citée, p. CXll

Là traite et les coureurs de bois 169

Mais tous ces personnages, ecclésiastiques ou civils, ont-ils pour s'intéresser à la traite, exactement les mêmes raisons? Assurément quelques fonctionnaires, comme Perrot, n*ont que le souci de s'enrichir et font servir aux desseins de leur commerce l'autorité dont le roi les a revêtus; d'autres ont besoin de soutenir leur situation, comme Duchesneau, qui pourtant, au dire de son successeur Meullcs, laissa derrière lui 22000 livres de dettes*; peut-être eût-il mieux valu traiter un peu davantage et payer tous ses créanciers. Quand il s'agit de Frontenac et des Jésuites, la question est plus haute; c'est celle même de l'avenir de la colonie, de ses progrès parmi les populations indigènes qui Tenlourent; car, à cette époque, la traite des pelleteries est essentiellement, au Canada, affaire de politique.

La chasse des bétes à fourrure avait établi, dès les débuts de la colonie, des relations entre les Français du Canada et les tribus sauvages parmi lesquelles ils s'étaient fixés; le commerce des pelleteries avait été l'objet principal de la Compagnie des Cent Associés, fondée par Richelieu ; peu à peu, Montréal était devenu, en amont de Québec, le marché central; puis, à mesure que le Canada se développait et que les Français prenaient contact avec des populations plus éloignées, de nouveaux postes de traite avaient été créés à l'ouest même de Montréal. Le fort Frontenac, dont un précédent chapitre a montré l'importance, avait été le premier établissement solide en ce genre. Depuis 1673, d'autres étaient devenus nécessaires, et le gouverneur général songeait à les fonder.

Les Français qui traitaient avec les indigènes avaient vite perdu l'habitude d'attendre ceux-ci dans les villages; ils allaient audevant d'eux, munis d'une pacotille d'objets d'échange, et ne se faisaient pas faute, quand l'occasion s'en offrait, d'acquérir à vil prix, parfois à la faveur d'un meurtre, les pelleteries qu'apportaient les sauvages; ces pratiques, peu faites pour nous concilier l'amitié des indigènes, exposaient la colonie à des représailles sanglantes; il était donc nécessaire de les empêcher par une répression impitoyable, et Frontenac, dans les premières années de son gouvernement, n'y avait point manqué; ce fut d'ailleurs l'idée dominante de toute sa carrière : lorsque, en 1680, il écrivait

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