Leltre de 1682. Margry, II
chef des Sauteurs, Oumamins, et lui avait annoncé le désir d*Onontio que la paix, longtemps troublée, fût rétablie entre sa nation et les Nadouesioux, ainsi qu'entre ce dernier peuple et les Assinibouels, habitants de Touest des Lacs. Au moment où il éerit à Frontenac, il est sur le point de partir par le Sud pour rextrémité du lae Supérieur, afin d'assister aux conférences entre Sauteurs et Nadouesioux, et d'autres Français, passant au nord du lac, iront avertir les Assinibouels de ne pas continuer leurs partis de guerre; du Lhut attend les meilleurs effets de cette double expédition ; la tranquillité du pays permettra la renaissance du commerce, et « le fond du lac est, au rapport des sauvages, une pépinière de castors » ; dès que les ordres du gouverneur seront arrivés, du Lhut enverra quelques Sauteurs au Canada, pour qu'ils puissent s'assurer des volontés d'Onontio; il leur adjoindra des Français pour leur donner confiance, car Oumamins estime cette escorte nécessaire; les Pères Jésuites sont-ils de cet avis? du Lhut l'ignore, « ne leur ayant point demandé, et même n'étant pas dans la pensée de le faire », mais il compte que Frontenac voudra bien lui adresser de prochaines instructions.
Cette lettre n'est pas moins instructive sur la diplomatie de du Lhut que sur ses découvertes; le plus fin courtisan n'eût pas trouvé, pour amadouer Frontenac, un langage plus heureux et plus habile; du Lhut indique combien Tautorité du gouverneur ajoutera de valeur à ses propres démarches; il montre ce que la politique et le commerce du bas Canada peuvent gagner aux relations nouvelles avec les peuples de Touest; il laisse entendre que des compagnons sûrs descendront sur Montréal avec les sauvages, et que, dans les meilleurs termes avec les Jésuites, il n'est pourtant pas leur prisonnier. Tout concourt donc à lui assurer la bienveillance du gouverneur général, et les accusations de l'intendant font assez sentir que son plan réussit : pendant Tété de 1679, Duchesneau sollicitait Frontenac d'organiser une expédition militaire contre les coureurs de bois dont du Lhut était le chef; or, précisément à cette époque, le gouverneur venait de recevoir la lettre de du Lhut; il avait pu se convaincre de rinlérêt qu'il y avait à lui laisser continuer ses découvertes; il n'accueillit donc pas la proposition de l'intendant, et s'en expliqua dans sa lettre à Colbert du 6 novembre 1679, où tout en blâmant du Lhut de n'observer point exactement les ordonnances, il fait
FRONTENAC ET DU tHUT 223
ressortir réloignement des régions où les coureurs sont occupés, et le danger politique d'une expédition qui les jetterait aux bras des Anglais.
L*intendani alors chercha, selon son ordinaire, des motifs de profit personnel à la conduite de Frontenac : du Lhut a toujours été son correspondant, dit-il, et sous prétexte de surveiller les menées anglaises, le gouverneur n'a fait, à Montréal, qu'échanger des cargaisons avec les gens de son associé *. L'intendant interprète méchamment les faits; il lui en coûterait de rendre justice à Frontenac, mais il ne parait pas douteux qu'une entente, dès l'été de 1679, ne soit intervenue entre du Lhut et le gouverneur général. A ce moment, La Salle était fort loin, dans le pays des Miamis ou des Illinois ; nul ne supposait que ses découvertes ultérieures devaient le mettre en conflit avec du Lhut : celui-ci parlait de rivalités possibles avec les Anglais de la baie d'Hudson ou les Européens « habitués du côté de la Californie » ; La Salle savait que le Mississipi, qu'il voulait descendre, se jette dans le golfe du Mexique; entre les deux expéditions, il ne paraissait pas qu'une rencontre fût à craindre, et Frontenac ne croyait point faire tort à l'une en accordant à l'autre les mêmes encouragements. Mais la campagne de 1680 et le voyage du P. Hennepin chez les Sioux vont rapprocher les deux groupes d'explorateurs.
Comme il l'annonçait à Frontenac au mois d'avril 1679, du Lhut partit du Saut au printemps, pour le pays des Nadouesioux *. Le 2 juillet, il faisait planter les armes du roi dans le grand village des Nadouesioux appelé Izatys, et, quelque temps après, six vingts lieues plus loin, chez deux autres nations également inconnues des Français, les Songastikons et les Houetbatons. D'après la meilleure des cartes contemporaines du Canada, celle de Franquelin ', ces peuples habitaient le plateau lacustre du haut Mississipi, à l'ouest et au nord-ouest du lac Supérieur; la continuité des lignes d'eau, fleuves et lacs, que cette carte indique, entre le Mississipi et la baie d'Hudson est la preuve que, sur ce sol sans hauteurs, où la direction des rivières est incertaine et la transition à peine sensible entre le lac et l'eau courante, les contemporains n'avaient pas encore exactement établi
1> Lettres citées de Frontenac et Duchesneau. Ar. col., G. G. Can., Y.