FRONTENAC ET DU LHUT
colonie française. C'est un découvreur, au même titre que La Salle.
Il n'est pas utile de discuter ici les assertions du P. Hennepin, qai prétend avoir sauvé du Lhut, tandis que c'est du Lhut au contraire qui profita de son influence sur les Nadouesioux pour obtenir la liberté du Récollet et de ses deux compagnons; les mensonges du P. Hennepin ont été suffisamment établis par Parkman et M. Harrisse ^ Le droit de premier occupant du pays des Nadouesioux appartenait certainement à du Lhut; aussi les plaintes de La Salle contre celui qui était ainsi devenu son concurrent sont-elles fondées plutôt sur une rancune excusable que sur de légitimes raisons; elles sont exprimées surtout dans la lettre du 22 août 1682 * : du Lhut, « pour couvrir sa désertion »>, s'était donné aux sauvages comme un agent de Frontenac, tandis que le gouverneur avait envoyé dans ces pays un sieur Raudin, mort depuis ; il affectait de déclarer son mépris pour les ordonnances, se moquait ouvertement du grand prévôt, et ne craignait pas d'insulter à Montréal, '< où il était redescendu aussi hautement qu'il en était parti », les commissaires du Conseil et le procureur général d'Auteuil. A son retour à Québec, il aurait même été emprisonné par ordre du gouverneur général, « sur des incidents qae M. l'intendant a fait naître ». Et La Salle proteste que, si on accorde à du Lhut les concessions qu'il demande, on ruine sa propre découverte, que d'ailleurs les pays contestés sont sans valeur, parce que les rivières n'y sont pas navigables.
Ces affirmations de La Salle sont au moins téméraires; le voyage même de son rival a prouvé que plusieurs cours d'eau de cette région sont navigables : c'est en canot que du Lhut est venu rejoindre le P. Hennepin. Quant à l'accusation de traiter malgré les ordonnances, on doit croire que du Lhut la méritait; quoiqu'il témoigne dans son mémoire à Seignelay de son respect pour les prescriptions royales, il est clair qu'il n'aurait pu vivre deux ans
i. Parkman, Discovery of the Great West, 228. — Harrisse, op. cit., 145 et 116.— La Salle lui-même a peu de conflance dans le P. Hennepin, dont « le caractère est d'exagérer toute chose » et qui « parle plus conformément à ce qu'il veut qu'à ce qu'il sait » (Lettre de La Salle. Margry, II, 239, 260).
2. Margry, II, 251 ss. — Cette lettre, tout entière autographe, est datée du fort Frontenac; cependant, une autre (/d., id.y 310), datée de Michillimacjônac, 5 octobre, dit que La Salle * retenu par une maladie dangereuse dont il a été travaillé au retour plus de quatre mois, a été empêché de se rendre ^ fort Frontenac ». Est-ce une erreur du premier manuscrit?
LI GOMTS DB PRONTBWAC. 15
et demi parmi les sauvages, ni surtout nouer avec eux des rel tions durables, s'il n'avait eu quelques marchandises à leur offri si même, de temps en temps, il n'avait eu la faculté de renouvel ses provisions dans le bas Canada; il écrivait à Frontenac cor bien il était gêné par les rigueurs des ordonnances, et le priai dans l'intérêt de son œuvre, d'y apporter quelques tempéraments Le gouverneur déféra sans doute à ce désir et c'est ce qui doni carrière aux médisances de l'intendant. La Salle lui-même en pa lant de la mission de Raudin — peut-être le même qui avait tra« le plan du fort Frontenac ', — en ajoutant que le gouvernei envoyait aux indigènes du lac Supérieur des ordres réitérés i faire la paix, avoue l'importance des pays découverts par c Lhut; tout nous autorise donc à supposer que ce dernier fi comme La Salle un agent politique du gouverneur général; à li reviendrait l'honneur d'avoir établi une sorte de protectorat frai çais sur les peuples riverains du lac Supérieur et du haut Mississip comme à La Salle celui d'avoir fondé les premiers postes framja du pays des Illinois. On pourrait objecter l'incarcération ci du Lhut au château Saint-Louis, attribuée par La Salle aux ordre de Frontenac. Mais, si l'on rapproche ce que dit La Salle de « incidents que fit naître l'intendant » à propos de cet emprisoo nement des derniers mots du mémoire à Seignelay, où du Lhi se plaint de Duchesneau, sans ajouter quoi que ce soit contr Frontenac, on sera conduit à penser que l'explorateur fut victim non du gouverneur, mais de l'intendant; on en trouve un preuve meilleure encore dans les extraits de la correspondanc de Frontenac pour 1681 : le gouverneur déclare qu'il a dû protège du Lhut, le faire garder chez lui pour empêcher qu'il ne fût pri par l'intendant; que celui-ci n'a pas voulu l'interroger en sa pré sence, et qu'il s'est alors résolu à le faire passer en France'. 1 est donc certain que la détention de du Lhut fut de pure forme e qu'il bénéficia de l'amnistie royale publiée dès le 11 août 1681 . Québec; il partit pour la France par les vaisseaux de l'année.
Les mémoires que publie Margry * furent présentés par Tex plorateur à Seignelay; l'on peut conclure du texte même de ce